ENTREE LIBRE...

Publié le par Alain

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Il n'y a pas d'eau dans le gaz!

 

                                A vingt-quatre ans Fabien était persuadé de faire le meilleur métier du monde dans la plus belle région du monde!

                                Typiquement méridional, grand, mince, brun, ce niçois avait, aux dires de la secrétaire de son patron: « Les plus beaux yeux noirs de la Côte... ».

                                A Draguignan, aux Transports G..., Fabien trouva le job idéal! Livrer du gaz propane en citerne! Var, Alpes Maritimes, Basses-Alpes, il pouvait travailler dans sa région, au grand air et sans fatigue excessive! Il compensait le risque éventuel d'explosion par une prudence due au respect profond qu'il éprouvait pour sa personne!

                               Depuis deux ans Fabien remplissait les cuves de dix à douze clients par jour. Tournées à peu près régulières. Gai, souriant, serviable, il était devenu l'ami de la plupart de ses clients.

                              Les cuves de gaz sont généralement implantées à distance des habitations, dissimulées par des haies. Celle du Colonel Summer-Welch ne faisait pas exception.

La première livraison chez le Colonel, à Juan-les-Pins, fut un brin folklorique. Au coup de sonnette deux magnifiques Tosa-inu, museaux noirs et pelages de feu, s'approchèrent de la porte grillagée, sans montrer de signes d'agressivité.

                             « Gauche, Droite! Come here! (Ici!) ». L'homme qui vient de parler est grand, sec, chauve et arbore, sur un visage un rien couperosé, une moustache blanche fournie dont la forme fut mise à la mode dans l'armée britannique durant la conquête des Indes!

                            « What do you want, soldier? » (Que désirez-vous, soldat?) Comme certains niçois habitués aux touristes, Fabien maitrise la langue de Shakespeare: « I come to deliver you the gas propane, Sir! » (Je viens vous livrer le propane, Monsieur!)

                           « Well! Entrez! Appelez-moi Colonel! N'ayez pas peur! Gauche et Droite sont de ''nice goods dogs'' ( des chiens gentils ). Quand je vous aurais présenté ils joueront volontiers avec vous! »... Fabien fut reniflé des pieds à la tête, suivit, épié, durant toute la livraison... qui se termina, comme l'avait prévu le Colonel, par une partie de ''rapporte le bâton'' qui laissa les chiens fatigués et le livreur en sueur!

                         Au fil des mois Fabien effectua plusieurs livraisons chez le Colonel. A chaque passage, Gauche et Droite l'accueillaient avec forces démonstrations de joie. Entre l'homme et les chiens se tissaient de véritables liens.

                        « These pooches adopted you! (Ces cabots vous ont adoptés...) », pendant que la cuve de gaz se remplissait, l'ancien militaire venait bavarder, égrenant des anecdotes liées à son métier militaire... « Gauche et Droite? C'est en souvenir d'un adjudant français de la Légion, pour ses jeunes recrues c'était le principal de sa conversation...! »

                         Sauf si le cuve est accessible à partir de voies publiques les chauffeurs ne doivent pas pénétrer dans les propriétés en l'absence d'habitants! Mais quand, le temps aidant, la confiance s'est établie entre clients et livreurs cette consigne est parfois oubliée...

                        Le Colonel avait toujours été présent quand Fabien livrait. Ce jour de Juillet pourtant, à midi, le coup de sonnette n'attira que Gauche et Droite. Queues frétillantes, jappant, sautant les deux chiens accueillirent leur ami avec moult démonstrations de joie!

                        La décision fut rapide! Passer le tuyau de remplissage à travers la clôture, ouvrir le portail, entrer, refermer, quelques caresses aux chiens, tirer et brancher le tuyau à la cuve, tout cela ne prit que deux minutes! Les choses se gâtèrent quand Fabien voulut aller au camion pour mettre la pompe en route!

                       Arrivé au portail il ne trouva pas des chiens amicaux mais deux mâtins grognant, babines retroussées sur des canines menaçantes... Impossible de sortir! Dès qu'il s'éloignait de la porte, Droite et Gauche redevenaient les molosses gentils habituels...

                      Quand le Colonel revint vers dix-sept heures, il trouva un livreur résigné, assis sur le perron, encadré par deux chiens câlins, toutes langues dehors!

                « Fabien! By God! I had forgotten to warn you! (J'avais oublié de vous prévenir!)... » « Me prévenir de quoi, Colonel? » « Mes chiens sont dressés pour ne laisser sortir personne quand je ne suis pas là! On fait comme ça dans le Sussex! » Un sourire étire sa moustache: « Empêcher le cambrioleur d'entrer, c'est bien! L'empêcher de sortir c'est mieux! La police peut l'arrêter... ». Typiquement britannique!

                     « Allez! Venez mon garçon... Je vous offre le thé... avec un doigt de whisky!... » Il est vingt heures quand Fabien range le camion au parking, Monsieur G..., blouse grise et béret noir, est là: « La journée a été bonne? ». Il est surpris de voir son chauffeur éclater de rire et de s'entendre répondre: « No comments! Patron, no comments! ».

 

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Edith 25/10/2009 17:59


Je n'ai jamais réussià dresser mes chiens, je n'ai pas vraiment essayé, à vrai dire... Très bien raconté, comme d'habitude.


Mifa 24/10/2009 00:38


On en apprend tous les jours sur les mœurs canines...Oui, un grand sourire !


Anna de Sandre 22/10/2009 23:00


Excellent! et ce qui prouve que ces chiens étaient sacrément bien dressés !


rsylvie 20/10/2009 09:11


beaujour alain
j'ai un époux qui a eu, exactement la meme découverte, avec 2 BASROUGEs chez un client !
oups !
une histoire charmante,,,, avec un soupson de wisky !
douce journée à toi
bises


pimprenelle 17/10/2009 18:54


Mais quelle histoire ! J'aime te lire. Tes histoires sont toujours captivantes. Bonne fin d'après-midi.