Partager l'article ! SIX PETITS COCHONS!: Week-end... particulier! ...
Week-end... particulier!
''Il y a plus de choses dans le ciel et sur la Terre Horatio, que n'en rêve...''.
Unique pensée qui me vient en tête devant l'incroyable scène qui s'est déroulée devant mes yeux, sous les frondaisons du Schwarzwald Natürparck . (Parc naturel de la Forêt Noire)... Mais il vaudrait mieux peut-être, pour éclairer cette réflexion, que je commence par... le commencement!
Vendredi, dix-huit heures. Je viens, après pas mal d'avatars retardateurs, d'arriver chez mon client. Gsod!, un chemin de terre en impasse, un joli chalet, une petite scierie entourée par les majestueux arbres de la Forêt-Noire! Je viens y livrer des grumes de pins des landes.
« Sie kommen sehr spät an... (Vous arrivez bien tard!) Je suis seul mais... wenn sie mir helfen (si vous m'aidez) on peut décharger à deux! ». Deux heures plus tard, avec l'aide de mon client, grand gaillard sympathique, le camion est vide! « Freut mich fertig! » (Content d'avoir fini!).
Bon! Mais me voilà bloqué en Allemagne jusqu'au lundi. Les fonds sont en baisse, ce coin de forêt agréable. Il y a la place de garer le camion entre une haie et le chemin. Je demande: « Est-ce que je peux passer le week-end ici? » « Oui! Bien sur! Vous ne serez pas le premier! Sie werden ruhig hier! » (Vous serez au calme ici!). Ce brave homme me montre le vestiaire des ouvriers. Une douche, un lavabo! « Vous pourrez faire un peu de toilette! ». Confort total!
Samedi. La matinée est bien avancée quand je quitte ma cabine. Un café pour finir de me réveiller! Grand beau temps chaud qu'une petite brise vient tempérer! Reposé, décontracté je me lance dans une ballade en forêt! Ce repos en pleine nature ne sera pas désagréable.
Après-midi! Assis dans l'herbe à l'ombre du camion, le dos appuyé contre un pneu, je lis distraitement ''L'art d'être grand-père''! Un gamin s'approche, douze, treize ans. Mince, presque fluet, châtain, visage attrayant, des yeux bleus foncés attentifs.
« Bonjour! ». Il ne répond pas, s'assied. Un instant de silence puis il me montre le livre. Je le lui tend. Il refuse de la tête. Désigne encore le volume. Je comprend, il veut que je lise: « C'est en français! Tu ne vas pas comprendre! ». Je me mets à lire, un sourire éclaire son visage! Joie visible. Non! Il ne comprend pas, mais le rythme et la musicalité des vers semblent le combler de bonheur.
« Hans! Oder bist du? » (Ou es-tu?). Depuis une demi-heure je joue le lecteur. J'ai soif, je voudrais m'arrêter mais il y a tant de plaisir sur son visage... L'arrivée de son père est bienvenue. « Il ne vous a pas trop ennuyé? » « Non! » Le garçon se lève! « Hans n'est pas comme les autres... Les docteurs le disent attardé... Er spricht nicht! Er mag hören! (Il ne parle pas! Il aime écouter!) ». Les yeux bleus me fixent, souriants... Un petit geste en s'éloignant...
La soirée apporte un peu de fraîcheur. Portière ouverte, j'écoute la radio en sourdine! Un son bizarre m'attire derrière la semi. Près de la haie Hans a ramassé une boule de piquants: un hérisson! Surpris je l'entends pousser de petits cris inarticulés, modulés. Sorte de langage musical. L'animal se déplie, son fin museau renifle les paumes qui le soutiennent, sans aucuns signes de peur!
Hans en souriant me tend le hérisson. D'un doigt précautionneux je caresse la tête soyeuse qui ne se dérobe pas. Son petit oeil semble me dire: ''tu es avec mon ami, alors je n'ai pas peur de toi!'' Le gamin le pose dans l'herbe. La minuscule bestiole nous jette un regard puis, sans se presser, disparaît dans la haie! Un frôlement sur ma main! Hans se sauve vers sa maison.
Le Dimanche promet d'être beau et chaud! Installé au soleil je déguste mon café du matin. « Wir gehem zum tempel (Nous allons au temple), voulez vous venir avec nous? ». Le père de Hans m'interpelle. Je remercie. Toute la famille s'éloigne...
Vers dix-huit heures Hans vient me trouver. En souriant il me fait signe de venir, se dirige vers la forêt! Sous-bois touffu! Le jeune garçon suit une sente presque invisible, tourne la tête, s'assure de ma présence. Une vingtaine de minutes de marche, une trouée dans les arbres! Hans s'assied, un geste: faire de même...
Il se met à ''parler'', deux, trois minutes! Bruits de branches cassées, écrasées, les fourrés s'écartent... une grosse bête brune émerge des buissons: une laie suivie par ses marcassins! J'ai un mouvement de retrait, l'enfant tend ses mains, paumes ouvertes vers l'animal... qui vient y poser sa tête tandis que le babil continu.
Les doigts fourragent dans le pelage rêche des joues de laie qui semble y trouver plaisir. Ses grognements font écho aux petits cris de Hans. Un marcassin s'approche de moi, je pose ma main sur son dos. Il a un sursaut mais ne se dérobe pas à la caresse. J'ignore combien de temps dura cette rencontre...
Je ne sais pas comment la laie et les marcassins se sont retirés! Les taillis se sont refermés sur eux! Un signe, il est temps de rentrer. Arrivé au camion, Hans pose sa main sur mon bras, me regarde les yeux brillants, un geste, il se dirige vers le chalet de ses parents.
J'ai la sensation d'avoir vécu un moment magique... Le soir tombe. Je lève les yeux vers le ciel, les premières étoiles s'allument... ''Il y plus de choses dans le ciel et sur la terre, Horatio...''
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