COARAZE!

Publié le par Alain

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*Attention! Ca tourne...

 

 

                Le terme ''chauffeur-routier'' recouvre bien des métiers! Tous sont soumis à des contraintes variées. Mais au niveau fatigue certains sont plus pénibles que d'autres.

En particulier la livraison en messagerie régionale. Petits camions, longues journées! Les routiers longues distances, conducteurs de ''gros-culs'', ont tendance à se moquer gentiment des ''chauffeurs de trottinettes''... Et pourtant...

                Cinq heures! Saint-Laurent-du-Var. Dans l'entrepôt, sous la lumière crue des néons, Antoine charge son camion. Pas simple! Caser au mieux des colis de formes et de poids divers dans l'ordre de la tournée. Un vrai puzzle à mémoriser: un carton pour tel client, les brouettes pour un autre, des barres d'acier pour un troisième, etc, etc... Comme disent certain chauffeurs: « Un vrai jeu! Oui! mais un jeu de c... » Six heures! Départ vers le premier destinataire, le plus lointain, à Bercelonnette! Trajet prévu pour arriver vers neuf heures à l'ouverture du client!

                 Il est bougon ce matin Antoine! Il n'a pas son bahut habituel mais un vieux Berliet de remplacement. Bruyant, sans direction assistée, boite de vitesses capricieuse et amortisseurs rigides, pas agréable à conduire sur les routes sinueuses des Basses-Alpes! Ses reins de cinquante-cinq ans, dont trente de grande route, s'accommodent mal de cet inconfort. De quoi regretter la suspension du Mercédes!...

                 ...Vacances et repos! Dans le jardin ensoleillé de ses parents à Levens, Denis étire les vingt-six ans de sa grande carcasse! Oublié le camion, oubliée la route... Pour les quinze jours à venir une seule chose lui semble digne d'intérêt: les bons petits plats de sa mère! Et l'après-midi la partie de boules au village...

                 Antoine a pris le chemin du retour. Client après client la journée s'avance. La fatigue se fait sentir. Dernière livraison à Coaraze, le village du soleil! Longue montée vers le bourg. Sur sa droite le camion côtoie un ravin qui se creuse en précipice au fur et à mesure que la chaussée s'élève.

                Avant-dernier virage, épingle très très serrée sur la gauche! Le rayon de braquage du vieux Berliet ne permet pas de le négocier en une fois. Sa direction directe ne facilite pas la manœuvre. Antoine s'engage, stoppe, contrebraque, recule, ignorant le ravin qui s'ouvre, béant, dans son dos! Repart en tirant dur le volant... Sur l'embrayage le pied gauche n'a pas tremblé! Le bahut reprend sa course en avant.

                A dix-huit heures, Monsieur le Curé réceptionne avec plaisir le vélo noir avec sacoches que lui tend Antoine. Pour celui-ci, journée finie, retour à la maison. Avec le virage en épingle dans le sens descente... Le camion s'engage, tourne, s'arrête, pare-brise quasi au-dessus du précipice! Maintenant reculer en contrebraquant...

               Mais au volant Antoine est immobile, tétanisé par le vertige. Une pensée: quitter la cabine! Vite! Frein à main! Descendu, réflexe de routier, caler la roue arrière! Jambes tremblantes, il s'éloigne du fossé dont le fond est déjà dans l'ombre!...

              Reprendre son sang-froid! Le camion ne peut pas rester au milieu du virage! Trouver quelqu'un pour le sortir de là! Antoine se lance sur la route... Une villa, un homme qui jardine: « Monsieur! Vous savez conduire un camion? » Le jardinier regarde, surpris, son interpellateur: « Non! Pourquoi? ». Explication rapide. «A Levens! Un routier!... J'ai joué aux boules avec lui. Il est peut-être encore au café! Je vais donner un coup de fil! »...

              Vingt minutes plus tard Denis retrouve Antoine près du camion. Sa nature heureuse lui fait trouver la chose amusante: « Mon collègue, dans le cas présent, une paire d'ailes et un pilote auraient pu aussi être utile! » Un silence! « Allez! Remettons ce bahut sur le droit chemin! ». Manœuvre rapidement exécutée.

              « O.K! Je te rends ta cabine, fin des soucis! » « Tu peux pas repartir comme ça! Merci c'est pas assez pour le soulagement que j'éprouve!... Je te propose un bon repas! » « Pourquoi pas! » « Ce soir! Au ''Moulins de Mougins''! Vingt-et-une heures! D'accord? »...

              Attablés devant un apéritif dans ce restaurant renommé, les deux routiers font connaissance... Le serveur s'approche menus en main! Denis déclare: « Je te préviens, j'ai bon appétit et je suis gourmand... » « Pas de problèmes! »...

Commande passée Denis demande: « Tu as toujours eu le vertige? » « Oui! Normalement pour un routier c'est pas grave! » Antoine a un sourire: « Toi aussi peut-être... On sait jamais! » « Ca m'étonnerait! »... « On va vérifier! » « Comment? ».

               Le garçon apporte le premier plat! Antoine s'adresse au serveur: « Vous pouvez remporter la commande de Monsieur... Il ne mangera rien ce soir! ».

Denis s'insurge: « Comment ça je ne mangerai rien? Non mais ça va pas? J'ai faim... » Devant le visage ahuri de son confrère, Antoine éclate de rire: « Tu vois! Je te l'avais dit... Regarde ton assiette! Toi aussi tu as eu ''peur du vide!'' ».

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pichenette 02/07/2010 01:38


On aurait pu avoir une mauvaise chute d'Antoine, on a eu une bonne chute d'Alain!


Profette 08/06/2010 10:38


Coucou, PapadeliliCoucou ! ;-)
(pour info, tu as dû une fois signer ce nom pour rigoler et le logiciel te met automatiquement ce nom en première proposition lorsque tu commentes ici ou ailleurs. Il te suffit normalement de le
modifier une fois et ce sera bon...)

Comme toujours, tu nous fais partager des moments forts de cette vie, moi j'ai eu le pied qui a tremblé en lisant la montée !!!

Bisous tendres.


Edith 07/06/2010 15:41


Le Moulin de Mougins ! Mazette ! Antoine est un seigneur...


kéline 07/06/2010 08:56


Ouf, tout est bien qui finit bien !!!
Ces gros bahuts ne se conduisent pas aussi facilement qu'ils en ont l'air si le chauffeur a le vertige. J'ai vu une fois une émission sur les routes afghanes et vertige ou pas, il y a vraiment des
épreuves où il faut aux chauffeurs beaucoup de cou..rage.
Bonne journée !


Jean 04/06/2010 13:39


Bonjour
Je suis bien d'accord avec toi....
Et il y a de quoi s'inquiéter...
Bon week-end
jean