DES OEUFS POUR LE ROUTIER!

Publié le par Alain

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On ''ferme''... Non!

 

                 Montpellier. Juillet. Samedi matin. Dans la cour des Transports Colombe René* s'occupe de son camion. En silence! Lui, le bavard impénitent toujours la blague au coin des lèvres, est étrangement muet! Un pli soucieux marque son front...

« Mais qu'est ce que tu as? ». Williams* s'inquiète. René semble sortir d'un rêve. « C'est l'héritage... » « Héritage? » « De mon oncle! Une ferme. En Charentes... ». « Et alors! C'est plutôt bien? » « Tu me vois dans une ferme? Jouer ''Routier et Paysan''! »...

                 Sainte-Sévère, joli petit bourg à proximité de Cognac. Prés herbeux où paissent des moutons, de petites haies végétales, paysage de bocages verdoyants. « S'il-vous-plait! La ferme de Monsieur B......? » « Ha! La ferme du Bon Dieu!... Prenez la route de Lencourty puis le petit chemin sur la droite. Pouvez pas la manquer, c'est la seule! »

                Une grosse bâtisse isolée, couverte de lierre, précédée d'une cour où somnole un gros chien roux! René et Williams s'approchent de l'entrée: « La ferme du Bon Dieu!... On va visiter? Le notaire ne devrait pas tarder.». Le chien, un placide labrador au museau blanchit par l'âge, vient les renifler en remuant la queue.

                   Williams caresse la bonne tête du chien: « Les toutous c'est comme les agents des impôts, y en a pas s'il n'y pas d'os à ronger. Quelqu'un habite ici... Tu étais au courant? ». « Non! Voilà le notaire, il va nous expliquer... ».

                  « Monsieur René! »... Le tabellion, petit, rondouillard, tout sourire, jovial descend de sa rutilante voiture. Un homme l'accompagne. Sourire aimable de requin affamé. « Je vous présente Monsieur G... Il envisage d'acheter la ferme! ». Le chien avance sa truffe pour flairer les arrivants! Le regard du notaire se durcit: « Encore là ce sale cabot? » , il fait mine de donner un coup de pied à l'animal. Williams se renfrogne.

                   « Faisons le tour du propriétaire. Ensuite nous visiterons la maison! » Les quatre hommes font le tour de la bâtisse... Sur l'arrière, une autre cour, une grange. Contenus par un grillage des poules, des canards... Séparé de la cour par une barrière en rondins, une assez grande prairie où broutent et paissent quatre vieux chevaux, deux ânes miteux, une vache efflanquée...

                    Le notaire laisse éclater sa colère: « Ces bestiaux ne devraient plus être ici! Elle le sait. Je l'avais prévenue... » Il se tourne vers René: « Pas d'inquiétude! Au besoin les gendarmes se chargeront de la faire partir! » Surpris René répond: « Je ne suis pas inquiet, mais c'est qui ''elle''? ». « Allons à la ferme! Je vais vous expliquer! »...

                    Une grande pièce à poutres apparentes occupe tout le bas de la maison. Buffet, table, chaises. Un âtre immense! Tout est luisant de propreté. Le notaire pose sa sacoche sur la table, en tire des documents: « Les papiers concernant l'héritage! La promesse de vente pour Monsieur G... » René s'énerve: « Je vous ai demandé: c'est qui elle? »

                   « Votre oncle était un original. Porte ouverte a tous les gueux, à tous les affamés. La ferme ne rapportait pas beaucoup. Il y a épuisé sa fortune!. » Une moue désapprobatrice. «  L'année dernière il a accueillit Mélie, une femme d'un certain âge. Elle sauvait de l'abattoir les vieux chevaux ou les bêtes devenues inutiles. Votre oncle lui a permis de les mettre dans sa prairie! ».

                  Williams déclare: « Je l'aime bien l'oncle, moi! ». René reste impassible.

Le notaire renchérit: « Je lui ai dit de partir et d'emmener ses bêtes! Elle n'en a rien fait! »... Des pas dans la cour, un aboie joyeux... « Elle est là! Je vais... » « Laissez la venir! ».

                   Une silhouette passe la porte. Une petite femme fragile, de noir vêtue, cheveux gris, une figure un peu terne, ridée! Un de ces visages dont on dit qu'ils ont vieilli avant l'âge... Un visage sauvé de la banalité par des yeux d'un bleu limpide, lumineux, des yeux d'enfant naïf, confiant, qui ignore la méchanceté!

                  René se tourne vers Monsieur G... « Qu'allez-vous faire de la ferme? » « Un gite rural pour les visiteurs des caves de Cognac! » « Vous voyez ça comment? » « Bétonner la cour pour faire un parking. Démolir la grange, construire une piscine! » « Et la prairie? » « Y mettre un golf miniature avec quelques jeux pour enfants. Pour amuser les familles des touristes! Bien géré on doit en tirer de bons bénéfices! » Le notaire intervient: « Le prix offert par Monsieur G... est très correct! »...

                  « Mélie vous avez un endroit où aller? » « Non! » « Vos animaux peuvent être abattus, vous le savez? » « Oui! » Les yeux bleus sont remplis de détresse! Williams et René échangent un regard! « Désolé Monsieur G... Maitre remballez vos papiers! La ferme n'est plus à vendre! J'irai vous voir pour régler la succession!»...

                  « L'oncle avait sa façon de voir les choses! Mélie je vous garde comme locataire! » « Monsieur je n'ai rien pour vous payer un loyer! » « Oh si, Mélie vous avez... Et je suis un propriétaire sévère! Je veux une douzaine d'œufs tous les six mois! »...

                  La voiture a reprit la route vers Montpellier. Williams interroge: « Tu n'as pas de regrets? La vente de la ferme t'aurai apporté un bon pactole! » Un silence puis René demande: « Tu sais ce que c'était le pactole? » « Euh! Non! » « C'était un fleuve qui charriait de l'or! » « Et alors? » « Alors? L'eau est passée... Il me reste la richesse! ».

 

* Voir ''L'héritier 2''.

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Papa de Lili 24/06/2010 11:29


@ Pichenette: Aix? Fan de chichourle...Ma pôvre!
@ Héléne: On ne le dirait pas mais il y a plein de braves gens...


Hélène 20/06/2010 18:42


c'est un très très joli texte. si c'est une histoire réelle, ça prouve qu'il existe encore des gens "humains" dans notre monde un peu fou ... bonne fin de we,


pichenette 20/06/2010 15:45


Fatche de!!! C'est encore mieux avec une pointe d'"asseng". surtout pour une Marseillaise exilée à Aix!!


Papa de Lili 20/06/2010 13:41


@ Pichenette: Merci de me reconnaître comme un conteur, et quand tu me lis pense à ajouter une pointe d'accent du midi!
@ Sylvie: Des braves gens il y en a partout tu sais...
@ Crabillou: Vraiment vraie!
@ Chris: Ton commentaire est mon titre de gloire, Je ne savais pas quand j'ai commencé ce blog que mes petites histoires seraient tant prisées!


Chris 19/06/2010 22:27


Tu sais pourquoi j'aime venir ici, ici sur ton blog? Eh bien parce que je suis sûre à 100% de m'y sentir bien en lisant tes histoires. J'en ai marre parfois des infos diffusées partout, de la
politique, du foot, de l'argent, de la famine, des injustices, des malheurs...Eh bien ici, je viens me ressourcer. Et comme je n'ai pas ecore lu toutes tes histoires, eh bien quand il n'y en a pas
de nouvelles, je vais lire les anciennes. J'apprécie vraiment beaucoup toutes ces nouvelles. Merci d'être là. Merci de tes histoires. Oui vraiment elles font du bien.