LES TEMPS NOUVEAUX...

Publié le par Alain

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Changement d'herbage...

réjouit les veaux. Changement de fournisseur d'accès réjouit mon fiston! Et me prive de mes amis pour presque un mois! Nous sommes passé d'Orange à SFR. Enfin il paraît que ça marche mieux, dixit fiston, comme c'est lui le spécialiste je le crois!...

 

Hier et demain...

 

                     Quai N°1, port de Marseille. Des dizaines de tonnes d'oranges, de dattes, de figues sèches sont chargées dans les camions au milieu de rires, jurons, cris ''avé l'assent''

                    Le coordinateur de quai, un gros homme surnommé César, propulse sa bedaine vers un camion: « Pitchoun, tu as fini? » « Oui! » « Sauve-toi, j'ai besoin de la place.. » Le ''pitchoun'' c'est Alex, vingt-trois ans, routier depuis peu avec, pour l'instant, un chargement d'oranges pour les Halles. Jeune mais pas tout à fait un débutant...

                   A seize ans, lycéen, désireux de se faire un peu d'argent de poche pendant les vacances scolaires il s'adressa à son oncle qui livrait deux fois par semaine les halles de Paris en fruits et légumes: « Tonton prends moi comme rippeur! ».

                  Dur travail! Trajets de nuit. Le rippeur sommeille. Vers une heure du matin, aux halles, rue Rambuteau, a lui le déchargement. Tout à la main. Monter dans la semi, tirer les cagettes en les faisant glisser(ripper) avec un long crochet de fer, descendre de la caisse (les palettes sont encore rares et les transpalettes quasi inexistants!), livrer le transitaire, enfin recharger les emballages vides. Le chauffeur en profite pour dormir!

                 Trois, quatre heures d'un boulot intensif. Alex à toutefois le temps d'observer autour de lui. Après quelques livraisons il commence à connaître certains habitués du quartier.

                 Les noceurs qui viennent à ''La Tête d'Or'' où ''Au chien qui fume'' pour terminer leur virée nocturne devant un pied de cochon grillé!. Mado, la vieille clocharde forte en gueule, qui traîne sa fortune dans une poussette d'enfant. Le marquis de S..... insomniaque, toujours de noir vêtu qui promène son caniche. D'une politesse surannée il salue un ''fort des halles'': « Bonsoir Le Quelliec! »

                  Le Quelliec, une masse d'os et de muscles, capable de porter sans broncher un quintal de viande, attend la venue du Marquis: « Bonsoir Mr. le Marquis. Est-ce que je peux?.... » « Bien sur, Le Quelliec, le temps de ma ''gratinée''..... » La laisse du caniche change de main. Tandis que Mr. le Marquis va déguster une soupe à l'oignon, Le Quelliec s'offre une pause et radieux va promener le toutou.

                  Cet homme fort, ce colosse, rêve d'avoir un chien, ce que son épouse refuse absolument. La ballade avec le caniche du marquis est une petite compensation. Petit monde qu'en sept ans, au fil des voyages, Alex a appris à connaître et aimer!...

                   ...Dernière livraison dans cet univers particulier. Le départ des halles vers Rungis est proche. Le camion s'insinue dans un espace libre. Deux hommes recrutés pour livrer les agrumes...

                   Alex en profite pour se détendre un peu. Une cigarette, quelques pas, son regard se pose sur la foule disparate qui s'agite. Marchands des quatre saisons, épiciers, bouchers, restaurateurs qui viennent s'approvisionner. Noctambules, désireux de prendre un petit déjeuner gourmand! Dans cette multitude bigarrée, mouvante, bruyante, des habitués déambulent plus calmement.

                   Tirant la poussette qui contient tout son viatique, Mado se fraye, en grommelant, un chemin entre les cageots vides jetés en vrac sur la chaussée!

Mado c'est une figure des halles. Habillée d'un manteau qui connut ses heures de luxe, visage ridé, cheveux gris sous un chapeau aux fleurs aujourd'hui fanées, nul ne se souvient depuis combien de temps elle hante le pavé du marché: quinze ans, vingt ans, plus peut-être!

                    Elle ne se sent pas bien ce soir la vieille clocharde. Elle tire péniblement son chargement! Alex remarque son visage pâle, son pas hésitant... « Mado! Ça va? » La vielle femme lève vers lui un regard flou: « Oui mon p'tiot, oui... Merci! ». Puis, telle une poupée désarticulée, elle s'affaisse sur le carreau! Le chapeau roule vers le caniveau!

                  Alex se précipite: « Appelez les pompiers... Vite! » Des passants, des badauds s'approchent. Alex protège la malade avec son pull retiré à la hâte... Le grand Le Quelliec s'agenouille, sa grosse main soulève la tête de la vieille femme!

                  Le car de Police-Secours est le premier sur les lieux. Un brigadier se penche, regarde, secoue la tête: « C'est fini! Il n'y a plus rien à faire... Elle est morte! ». Le Quelliec, Alex, se redressent, un peu en retrait le marquis de S.... esquisse un signe de croix!

                 Les pompiers ont emmenés le corps sans vie. Les badauds se sont dispersés. Le Quelliec regarde Alex: « C'est peut-être aussi bien! Elle n'aurait pas supporté... les halles à Rungis. Ici c'était son univers! »...

                 Les oranges livrées, Alex reprend la route. Le camion déboite. Dans le rétroviseur il aperçoit la poussette de Mado, abandonnée, à demi écroulée contre le trottoirs. Dans quelques heures les balayeurs feront disparaître ce vestige d'hier! De Mado il ne restera qu'un souvenir. Qui s'estompera dans le temps. Une époque vient de se clore... Demain ouvrent les pavillons de Rungis!

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louis 28/05/2010 23:31


Je reviens vieux ! ( rando en Espagne + virus qui m'a bouffé quelques nouvelles)
Bientôt de nouvelles aventures...
Merci de ton attention. (comme BBKmel, tu me croyais mort ?)


Ydel 27/05/2010 19:34


vivement votre retour !


Jean 27/05/2010 13:21


Un p'tit salut en passant
Jean


louis 25/05/2010 14:11


Alain !!! Avec ton histoire de primeurs tu devrais être chez Orange !!!


kéline 25/05/2010 13:47


Bonjour
Bien triste épisode du déménagement des Halles à Rungis mais Mado n'aurait pas pu suivre c'est vrai...En tous cas, tu décris bien Alex comme un jeune homme attachant, courageux et généreux
je ne résiste pas à l'idée de citer R Masson : " Le marché des fruits et légumes, merveilles de la nature, qui se tenait la nuit, sous les étoiles, au centre historique de la plus belle ville du
monde, dépassait de loin une question de commerce. Il était un lieu de bonheur, puissant et vaste, puisqu'il rendait heureux un nombre sans fin de personnes et beaucoup de larmes allaient couler à
l'idée qu'il ne serait plus.
bonne semaine
Amitiés