BIXTI EUSKADI...

Publié le par Alain

landesecureuil

La ''Maïtena''.

 

                     Caressés par une légère et chaude brise de printemps, les grands pins des landes bruissent doucement. Vendredi soir. Parking de la Maïténa, une auberge basque, bâtiment de bois tout en longueur, cerné sur trois cotés par la forêt landaise, à quelques kilomètres de Saint-Geours de Marennes, au niveau de l'embranchement de la N.10 vers Bordeaux et de la D.124 vers Dax et Agen!

                    Je rentre de Bilbao. Je suis fatigué. Un repas tranquille dans une ambiance paisible sera le bienvenu! Chez le vieil Aguirre, que fréquentent surtout les forestiers, une excellente cuisine euskarienne est à l'honneur...

                     ...« Un café? ». D'un geste machinal Aguirre essuie une tache imaginaire sur le comptoir! J'acquiesce! Après une salade basque, un axoa (achoa) d'Espelette et des muxuk (mouchous) aux amandes, un ''petit noir'' sera bienvenu pour aider à la digestion!

                      En buvant le liquide bien chaud, je remarque un pan de mur couvert de photos. Des clichés magnifiques quoique anciens, d'animaux de la forêt! Chevreuils surpris des herbes à la gueule, laie avec une bande de marcassins, renards à l'affût, lièvres au gite, oiseaux divers, et des écureuils,... de très nombreux écureuils, sautant sur les branches ou, à demi cachée par un tronc, une petite frimousse rousse curieuse qui observe... La vie animale en instantané. On s'attendrait à les voir bouger! Images vivantes, œuvres d'un amoureux de la faune sauvage!

                     « Jolies, n'est-ce pas? » La question vient d'Aguirre! « C'est le fils du précédent propriétaire qui a pris ces photos! Pas eu le cœur de les enlever... Ce gamin adorait la vie sauvage avec un faible pour l'urxaïntxa... ». (Prononcer: ourtchaïntcha: écureuil). « Le fils de votre prédécesseur? Ces photos sont anciennes? » « Oui! Entre six et sept ans... » « C'est incroyable! On les dirait faites d'hier! ».

                      « Aetza était doué... Je l'ai connu à quinze ans! Il avait deux passions, photographier les animaux de la forêt, conduire un camion! Il voulait devenir routier. » Un silence: « Regardez! » Il me désigne un tableau. On y voit un garçon souriant, cheveux châtains bouclés, malicieux yeux marrons, menton volontaire! En toile de fond un gros semi-remorque vert.

                       Aguirre esquisse un sourire. Son regard s'échappe, se fixe sur le vide: « Je me souviens du jour où il a obtenu son permis P.L. Il est revenu rayonnant de Bayonne en agitant le papier rose à bout de bras! Quelques jours plus tard il devenait chauffeur chez R... à Bordeaux. ».

                      « Ses débuts ne furent pas faciles. Les écoles de chauffeurs routiers n'existaient pas! On apprenait sur le tas. Comme tous les novices, Aetza vécu pas mal de galères. Toutes fois, à chaque week-end, à chaque congé, il venait se ressourcer dans la forêt. La chasse photographique le reposait des fatigues de la route... ».

                       « Puis le malheur frappa! Aetza commençait sa troisième année de route. Un jour d'avril il se rendit à Reims pour un chargement complet à livrer à Hendaye. Marchandise de valeur qui n'arriva jamais à destination! »

                       Aguirre se tut un instant! « Le transport d'alcool est soumis, en France, à une réglementation stricte. Sur un trajet des contrôles obligatoires sont prévus. C'est comme ça qu'on apprit qu'il était passé à Bordeaux. Après... après les gendarmes perdirent sa trace! Disparu le camion, disparues les marchandises, disparu le chauffeur! ».

                      « On ne trouva aucun indices! La maréchaussée conclut qu'Aetza avait détourné le chargement, peut-être vers l'Espagne et qu'il en avait certainement tiré un bon pactole. Pour ses parents ce furent des jours terribles. Impossible d'accepter cette conclusion. Pour eux leur fils était une victime, non un voleur! Si la ''Maïtena'' ne fut pas fermée, c'est que ma femme et moi, nous vînmes aider nos amis! ».

                    « Deux ans! Il fallut deux ans avant que des ramasseurs de champignons trouvent, dans une petite clairière, l'épave d'un camion soigneusement dissimulé par des branchages. Pneus crevés, enfoncé jusqu'aux essieux dans le sol ameublit par les intempéries, glaces éclatées, c'est un écureuil sautant sur la cabine rouillée qui attira l'attention des promeneurs! ».

                      « Les gendarmes découvrirent, sur la couchette, la dépouille macabre d'Aetza. Moments très durs pour des parents qui, malgré tout, furent un peu réconfortés par des funérailles officielles et par l'innocence reconnue de leur fils! »

                      « Ce sont des policiers espagnols qui permirent l'arrestation des assassins... ». Un silence! « Le camion est toujours dans la clairière! Mais les chasseurs, les randonneurs qui s'aventurent par là, racontent tous la même histoire. En passant devant la cabine ils aperçoivent souvent un gros écureuil roux agrippé au volant, regardant à travers le pare-brise cassé, comme s'il conduisait! »...

                       ... « Voilà ce qui se dit par ici!... » Aguirre se plonge dans un long silence que je n'ose rompre! « Mais vous savez, dans notre ''Païs vasco'' (Pays basque) on raconte tant de choses... tant de choses! ».

 

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Mifa 23/02/2010 18:39


Bonjour,
ceci posté avant votre dernier article car hors-sujet : une vidéo que j'ai trouvée intéressante pour entendre et lire en même temps du tibétain (mais chanté)et avec la traduction en anglais en
dessous.
http://leblogdemifa.over-blog.fr/pages/Divers_liens_et_documents-2429597.html
Amitiés


caro 19/02/2010 17:32


Et voilà comment je peux en arriver aux larmes... ce genre d'histoire me touche toujours autant... Et à la place des parents, j'aurais été réconfortée d'une certaine manière de savoir dans quelles
circonstances mon fils avait disparu...


pimprenelle 16/02/2010 23:26


Merci de ton gentil message sur ma note sur la pimprenelle. J'attends une histoire......amitiés.


ventdamont 12/02/2010 13:33


je constate que tu as bien récupéré
de ce foutu virus pour nous livrer
une histoire si triste !
amitiès


Ydel 10/02/2010 08:03


oui, le regard des animaux...