VAN BOMMEL IN VIERZON!

Publié le par Alain

Superstition?

     

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         « Anton! Wat doe je? » (..que fais-tu?) L'interrogation vient du seuil du garage, il y a comme de l'impatience dans la voix! Perché entre le tracteur et la semi, les mains noires de graisse, un grand gaillard blond, mince au visage avenant, répond: « J'essaye de mettre en route cette ''vuil méchanica'' (saleté de mécanique) de ''thermo-king'' » « Do snel! (fais vite) il faut aller charger les fleurs... »
        Ces mots sont échangés dans un garage de Zederik à quelques dizaines de mètres du Marché aux Fleurs de Bommel. « Si le thermo ne fonctionne pas, inutile de charger les fleurs... » « Je sens qu'il ne marchera pas! Un Vendredi 13...Depuis Jules César, les Ides de Mars ont mauvaise réputation. Een vrijdag dertien Maart, kan alles gebeuren! » (Un Vendredi 13 Mars tout peut arriver!) « Ne sois pas bêtement superstitieux Karel! Le moteur est vieux, c'est tout. Je vais le faire ronronner comme un gros chat! » Là, Anton se vante, ces moteurs thermiques étant particulièrement bruyants.
       Peu après, Anton et son camion sont aux entrepôts de la Dorpsstraat. Au-delà de l'aire de chargement, des milliers de fleurs en bouquets s'alignent dans les allées, arc-en-ciel, incomparable palette... Harmonie de parfums et de couleurs!
       Les cartons de tulipes, de jacinthes, de roses s'empilent dans le frigo. Le thermo tourne, la température devant rester entre quatre et six degrés. Plus froid les fleurs se fanent, plus chaud elles pourrissent.
       Le responsable des expéditions lui remet les documents: «  Sorry! Pas de Nice cette fois. Tu vas à Vierzon... » A huit heures le camion pointe son nez vers le sud... Les kilomètres défilent: Bréda, Lille, peu après Paris une petite pause repas, Orléans ou Anton, à dix-neuf heures, s'engage sur la N.20! Une légère brume commence à se lever! La visibilité diminue. Après dix heures de route, la lassitude se fait sentir.
       A partir de Salbris jusqu'à Vierzon la N.20 n'est qu'une longue ligne droite. Vingt et une heure trente! La nuit a avalée le camion. Le halo des phares se reflète sur le bitume. Pas d'autres lumières, la circulation est nulle, de quoi être étonné, cet axe étant d'habitude ass
ez fréquenté. Au loin on ne perçoit aucune lueurs, même les étoiles sont masquées par la brume!
      La forêt solognote borde la route en continu. Murailles d'arbres, noires et hostiles, au-dessus desquelles le ciel dessine une bande plus claire! Sensation intense de solitude...
      Anton tends la main vers ses cigarettes. Il a l'impression d'agir au ralenti. Fatigue? Devant ses yeux des boules rouges, bleues, vertes éclatent comme de minuscules feux d'artifices! Le prochain parking sera le bienvenu... C'est un terre-plein qui se présente! Il précède un portail grillagé qui s'ouvre sur une allée menant à une grande bâtisse. Au-dessus du portail une vieille enseigne délavée: ''Maison de Retraite''.
      Face au silence de la forêt, Anton prend conscience du bruit insupportable du t
hermo-king! Il s'inquiète du trouble qu'il risque de causer. Justement une silhouette traverse la pelouse! C'est une femme habillée de blanc avec une cape bleue sur les épaules. Anton l'interpelle: « Madame! Madame!... » La femme s'approche, il remarque qu'un voile couvre en partie ses cheveux gris. Un voile orné d'une croix rouge. Une infirmière!
       « Madame! Je ne reste que le temps de me reposer un peu!... » L'infirmière le dévisage en souriant: « Votre mécanique ne nous dérange pas! Par contre, vous, jeune homme vous êtes fatigué! Venez avec moi, mes pensionnaires sont en train de prendre leurs boissons du soir. Vous ne refuserez pas une tasse de cacao bien chaud! »
      Proposer un chocolat chaud à un néerlandais c'est offrir un mille-feuilles à un gourmand!
      Anton pénètre dans un salon à la tapisserie fanée. Une vingtaine de grands-mères y papotent devant des tasses de tisane où de thé. « Mesdames! Ce garçon est un camionn
eur de passage. Il va se reposer quelques instants... » Les vieilles dames l'ont installé dans un confortable fauteuil à haut dossier, devant une tasse de chocolat fumante! « Parlez-nous de votre travail... Parlez-nous de dehors... Nous ne recevons plus beaucoup de monde! » Il est devenu le centre d'intérêt!
      Dans cette atmosphère amicale Anton, pourtant peu bavard, se laisse aller à narrer quelques anecdotes qui semblent ravir ses auditrices, leur tirant des risées joyeuses!
      L'infirmière réapparaît: « Mesdames! Il est l'heure de prendre congé..
. » Un instant d'agitation silencieuse. De tout coté fusent: « Bonsoir jeune homme! Adieu! Bonne nuit... »
      « Ne vous inquiétez pas! Le bruit du moteur ne nous gênera pas!... » La porte s'est refermée. Le froid a pris possession de la nuit. Anton se hâte vers sa couchette.
      Six heures du matin. Un coup d'oeil vers la maison de retraite. Volets tirés, rien ne bouge. Le camion prend la route. A peine quatre kilomètres, voici les faubourgs de Vierzon, Anton se croyait plus loin! Un croisement! Immédia tement après un grand parking vierge de tous camions et un relais ouvert.
      Quand il entre dans la salle il n'y a qu'un gros homme avec un tablier bleu qui descend les chaises de dessus les tables. « Bonjour! » « Bonjour! Qu'est-ce que je vous sers? » « Un grand café crème! Si j'avais su votre parking si proche je serai venu dormir ici! » Le cafetier sourit: « Vous vous êtes garé à la maison de retraite! Beaucoup s'y arrêtent, la nuit la forêt semble interminable! » « Oui! J'ai craint de réveiller les gens avec le ''thermo''! » « Votre café! Vous ne risquiez pas de gêner qui que se soit... » « Tout le monde n'est pas sourd! » « Non bien sur! Mais la maison de retraite, ça fait bien vingt ans qu'elle est fermée... »
      Anton baisse son regard vers sa tasse et murmure: « Een vrijdag dertien Maart, kan alles
gebeuren! » ( Un Vendredi 13 Mars, tout peut arriver!)

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Commenter cet article

phyll 23/04/2010 15:58


superbe récit digne de "la 4eme dimenssion" !!!


Christian JULIA 21/06/2008 12:32

je me doutais que tu réagirais !!!
bon Wend

Deborah 21/06/2008 11:29

La superstition proviendrait elle uniquement de l'ignorance ou de certaines constatations étranges??...
BIses Alain
Deborah

Cath la Cigale 20/06/2008 09:10

Ah ouais didon, tu vois pas que ce charmant garçon ait rencontré des mémés vampires ou mort-vivants....
Wow c'est Thriller ton histoire lol !!!
Au fait, tu as eu un prix... si si si, sur mon blog !!!
Amitiés * Cath

Francis 19/06/2008 17:20

Ca fout les miquettes ton histoire, heureusement qu'elles étaient gentilles les mémés. Content de te savoir revenu en forme :-)