ANDREA ET LE VESUVE!

Publié le par Alain



Echelle... mobile!
                                   
                       Y a-t-il une malédiction héréditaire au niveau de la maladresse? En 1946 Andréa vit le jour dans la maison familiale de Cunéo.  Il poussa son premier cri à l'instant ou son père, ayant raté une marche, poussait le sien en se cassant la jambe au bas de l'escalier! Osmose parentale?
                        Son père était un homme rêveur et distrait. Maladresses et bévues faisaient partie de son quotidien!... Jusqu'à ses douze ans son fils n'eut guère à en souffrir même si, devant quelques bêtises d'enfant, sa mère disait: « E bene come suo padre! » (Tu es bien comme ton père!)
                       Enfant de choeur auprès de Don Grégorio, il ne fit pas plus de sottises que ses copains! Puis un jour!... Sortant de l'église dans un matin frais, le Padre  éprouva le besoin de se couvrir: « Andréa, cours à la sacristie et rapporte-moi mon écharpe.. » Le mur du fond de la petite pièce était en entier occupé par une armoire de bois. Meuble sans style mais datant du XVIéme siècle, pour cela entretenu avec soin. Ouvrir, attraper l'écharpe et refermer la porte à la volée ne prit qu'un instant.
                       Le zèle coinça le vêtement dans la porte, pour vaincre cette résistance inattendue Andréa tira... Déchirure irrémédiable de l'écharpe, chute bruyante de l'armoire...  Don Grégorio devant le désastre, oublia sa retenue ecclésiastique: « Andréa, se uno le permette di fare, tu e suo padre ridurrete l'inferno in ceneri! » (... si on vous laisse faire, toi et ton père, vous réduirez l'enfer en cendres!) Phrase anodine qui marqua la mémoire d'Andréa!
                        Deux années passèrent. Don Piéro remplaça Don Grégorio! Le nouveau Padre, pinceau en main était souvent sur une échelle! Il rénovait une statue quand Andréa ouvrit (un peu brusquement!) les portes de la nef. L'escabeau vacilla, tomba à grand bruit! Don Piéro était jeune, il ne chuta point, se rétablit, prit un contact pédestre brutal avec le sol... Il jeta un regard noir au jeune garçon qui s'écria: « Padre! C'est pas moi qui ai fait tomber l'échelle! Giuro! » (Je le jure!)...
                        Le camion blanc sort de l'usine de Turin. Les bandes rouges sur le pare-choc indiquent qu'il s'agit d'un transport d'entreprise. Au volant Andréa, seul, craintif, anxieux, pâle d'appréhension, les yeux inquiets sautant du pare-brise aux rétroviseurs et vice-versa...  ''...toi et ton père réduirez l'enfer en cendre!''  Leitmotiv rédhibitoire!
                        Bureau de la direction, trois jours plus tôt: « Abbastanza sciocchezze! (Assez de sottises!) J'ai besoin d'un livreur pour ces salons de jardin et vous ne faites pas plus de stupidités que vos collègues. » « Patron, il y a toujours eu quelqu'un avec moi! » Malgré ses vingt-deux ans, Andréa a l'allure d'un grand adolescent maladroit et inquiet. Cheveux noirs, bouclés sur un visage encore enfantin qu'une fine moustache noire tente de viriliser...
                        Discussion close... le patron a toujours raison. Le camion emporte quinze salons d'été vers Modena, Perugia et Avellino.
                        La première livraison chez un revendeur à Modena se passe bien. Pas de casse, pas de bobos... Andréa ose un sourire! Qui s'agrandit sur l'autoroute de Perugia ou plusieurs véhicules se sont télescopés... la joie ne vient pas du malheur de ses confrères mais du soulagement de ne pas être impliqué dans le froissements des tôles.
                        La capitale de l'Ombrie ne recèle aucun piège. Un client ''non-bricoleur'' désire que le salon soit livré monté. Travail  exécuté il ne reste aucune vis, aucun écrou en trop et rien ne s'écroule aux essais!
                         Le moral passe au beau-fixe: « ...réduire l'enfer en cendres! » et puis quoi encore?  D'ailleurs l'enfer il s'en approche! Avellino c'est la Campanie, province du prince des volcans: le ''Monte Vesuvio''.  Province riche, vergers, vignobles, sous un soleil qui ne fait jamais défaut...
                         Il n'y a qu'un léger problème, le Vésuve a parfois des tressaillements imprévisibles. La terre répercute ces mouvements par de faibles tremblements de courte durée! Les autochtones n'y prêtent même plus attention.
                         La dernière  livraison... Une grande propriété, une charmante vieille dame, cheveux blancs, de noir vêtue: « Pouvez-vous monter le salon sous la tonnelle? » Andréa acquiesce. La tonnelle, carcasse de lattes de bois, recouverte de vigne vierge, est encadrée par des reproductions de vieux lampadaires parisiens.
                         Les meubles assemblés la vieille dame a un service à demander: « Jeune homme! Vous voyez ce câble électrique qui pend? Si potrebbe nascondere in vigna, si prega? » (Pourriez-vous le dissimuler dans la vigne? S'il-vous-plait!)
                         Juché sur un escabeau, Andréa, serviable, s'active. Le Vésuve aussi! Le sol se met à trembler. L'échelle glisse, tombe, Andréa se raccroche à la tonnelle qui ne résiste pas, entraîne le câble qui attire un lampadaire dont la hampe de bois se brise sur sa tête!
                          La vielle dame inquiète s'agenouille, lui soutient la nuque, il n'y a pas de sang! A première vue plus de peur que de mal. Groggy Andréa marmonne...
                        « Che dirvi, il mio ragazzo? » (Que dites-vous mon garçon?) La voix reste faible mais devient intelligible: « Padre! C'est pas moi qui ai fait tomber l'échelle... Je le jure! »...   
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Deborah 09/06/2008 10:19

Bonjour Alain,
Je te souhaite une tres belle semaine!
Deborah

Naturella 04/06/2008 21:46

Encore une belle histoire et pleine de tendresse en plus ... Merci Alain ! et gros bisous
Naturella

rsylvie 03/06/2008 15:31

beaujour alain
t'es sur qu'il aurait pas eu une fille à la place d'un fils ?
(explication dans le 61 ....)

c'est bien amusant ton histoire, il ne manque que les bruits de fond.. et l'accent du sud !
pauvre andréa !
bon aprés midi
bisou

senioretjournal 03/06/2008 08:20

Bonjour Alain,
attachant!
Ne sommes nous pas tous à un moment ou un autre aussi maldroits que votre Andréa. Mais en avons nous la gentillesse?
Bonne et douce journée
Bernadette

Laurence 03/06/2008 00:06

Toujours un plaisir de faire un tour dans ton camion! Biz