TOUS POUR UN...!

Publié le par Alain


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Tous pour traduire....!


        Un mardi matin entre sept heure et dix heure....

        Hanovre. Les entrepôts grisâtres de Grundig. Hans, la trentaine, engoncé dans sa canadienne, les petits matins de Juin étant encore frais, surveille le chargement de nombreux cartons étiquetés: ''hoch'', ''niedrig'', ''zerbrechlich'' (haut, bas,fragile). Semi chargé, cartons soigneusement calés, Hans ferme les portes et un douanier en vert appose les scellés: « Aufzumachen nur hat den zentralen Zoll von Mailand » (N'ouvrir qu'à la douane centrale de Milan). Le Scania rouge entame son périple...
         Le gardien de l'usine Disdell de Waregem lève la barrière de sortie devant le Volvo qui s'avance: « Alors Léon, tu es sur le départ? » « Oui! Plein de résidus sans valeur! Je me demande pourquoi on transporte ça! » Léon, un gros chauffeur au crâne dégarni, a un haussement d'épaules. « T'es chargé pour ou? » « Pour l'Italie... Milan. » «  A t'revoir min garchon! » Un dernier signe de la main, l'Italie est au bout du chemin...
        Morcenx. Je charge des barils de résine de pin pour une fabrique de chewing-gum de Rho près de Milan. Le client me tend un telex expédié par ''Papa'': Rentrer au plus vite, le Magirus doit passer en révision générale. Allons revoir Monza...
        Johan, un hollandais typique: grand, roux, barbu et flegmatique. Son Daf perdu dans le dédale des rues de l'immense usine Alcan, cherche à gagner une issue qui se dérobe. Il interpelle un ouvrier: « Of is de output als hij je bevalt? » (Ou est la sortie, s'il-te-plait?) « Elk recht en aan de  linkerkant! » (Tout droit et à gauche!) Passée le portail Johan soupire pour lui-même: « A tourner en rond j'ai allongé la distance entre Vlissingen et Milan! ».
        Ecco! Un petit lutin facétieux vient de poser quatre pions sur l'échiquier du hasard. Le cinquième va bientôt sortir de son armoire un uniforme frais repassé et ne se doute pas de la nuit qui l'attend.
       Dix-sept heure! Chaude fin d'après-midi. Quatre routiers, à la terrasse du café faisant face aux portes fermées de la douane centrale, espèrent encore donner leurs documents aux transitaires!
       Je connais Léon, nos routes s'étant souvent croisées. Quand à Johan, qui est visiblement un ami de Hans, Jeff.* me l'a un jour présenté! L'attente s'est prolongée pour rien! Il est temps de songer à se restaurer et le problème va venir de Léon: « Assez de macaronis! J'ai envie des frites! ».
        Les baraques à frites ne courent pas les rues de Milan! « Je sais ou il y a, déclare Léon, un bon restaurant grec...Via Santa Margherita! » Je voudrais émettre une réserve, le quartier est plutôt isolé et pas trop bien fréquenté. Pas le temps! Léon a déjà entrainé Johan et Hans, je me résous à suivre le mouvement. Nous parquons pas très loin du restaurant. A ma demande et par prudence les bahuts sont serrés les uns contre les autres!
        Léon a eu ses frites! Dessert et gelati (glaces), café, le repas se prolonge... Désagréable surprise en sortant. Après un instant de stupéfaction incrédule, Hans s'écrie: « Mein L.K.W! Oder mein L.K.W ist? » (Mon camion! Ou est mon camion?) Il faut nous rendre à l'évidence: le semi allemand et son chargement ont disparus. Le seul dont le chargement ai de la valeur...
        Dans un petit bureau du poste central de police le ''caporale dei carabiniéri'' Cesare vient de prendre son service. Uniforme impeccable, casquette conquérante, il se prépare à une nuit paisible! Il y a peu de dépôts de plaintes la nuit.
       Tranquillité finie avec l'irruption, dans son univers feutré, de quatre individus agités, parlant tous ensembles dans des idiomes différents. Après quelques instants bruyants le ''caporale'' décide d'interrompre cette cacophonie ou il ne comprend rien! « Silenzio! Non parlate tutti allo stesso tempo! » (Silence! Ne parlez pas tous en même temps!)
      Je décide d'intervenir. En quelques mots je mets le ''capo'' au courant du vol!  « Bene! Il n'y a plus qu'a faire la déclaration! ». Il attire vers lui une vieille Underwood qui fut neuve au siècle dernier. Et, s'adressant à Hans, demande: « Come si chiama? » (Quel est votre nom?). Sans réponse de l'interressé qui ne parle pas italien!
     J'interpelle Léon: « Tu parles allemand? » « Non! Mais Johan oui... Moi je parle flamand! » Je tiens la solution: « ''Capo'' je vais traduire vos demandes en français pour Léon, qui traduira en flamand pour Johan qui traduira en allemand pour Hans! »
      Les questions montent l'échelle et les réponses descendent...Inévitables erreurs, lapsus et fous-rires qui en rèsultent... Deux heures plus tard la déclaration de vol est terminée... Le ''caporale'' a desserré sa cravate, ouvert son col, il a le front rouge, couvert de sueur, les doigts, l'Underwood étant ce qu'elle est, tachés d'encre!
      Quand nous partons il me donne, avec un soupir, une dernière phrase à traduire: « Si trovera l'autocarro, li trovano sempre.... ma svuotano! » (On retrouvera le camion, on les retrouve toujours... mais vides!)
      Demain il y aura, sur quelques marchés de Milan, des téléviseurs neufs en solde!



*Voir ''Flamand et danois''


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Caro 28/06/2009 21:10

J'espère ne jamais avoir cette désagréable surprise...On m'a déjà volé du gasoil et ça m'a rendue dingue alors je n'imagine même pas me retrouver sans bahut! (je croise les doigts)
Biz du Pays d'Auge
Caro

Le Parcheminé 14/05/2008 11:34

Ha ça, les envies de frites, ça ne pardonne pas. Excellent texte une fois de plus.

Laurence 01/05/2008 12:28

Décidément, j'aime bien ton style de narrateur et j'aime ces histoires de "road"...Merci.

Maky 01/05/2008 00:57

Eh oui...comme je l'ai déjà narré !
J'ai donné aussi, mais sans humour...
Merci de ce moment.
Amitié

louis 29/04/2008 14:51

Qu'ajouter à tous ces éloges ?
C'est toujours un grand plaisir que de voyager avec toi.
Tu n'as pas envi d'écrire une fiction "chez Roger" ?
Amitié