PAOLO EN DE KINDEREN*

Publié le par Alain

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Le jour ou j'avais perdu Paolo!


        Chaque fois qu'ils en ont l'occasion, c'est-à-dire à peu près tous les dimanches, Paolo et Giuseppe, inconditionnels de l'Inter de Milan, me traînent au San-Siro! Paolo n'ayant pas de voiture ma Dauphine est mise à contribution. Aller au stade ne pose pas de problème car nous y arrivons toujours de bonne heure. Je n'aime pas les retours quand tout le monde repart en même temps!
         Lancia, Alfa Roméo et Ferrari concourent à ancrer dans l'âme italienne la certitude: « On peut aller en voiture aussi vite qu'en avion! » Quand aux touristes, après quelques jours, ils agréent à cette réflexion de l'acteur comique Toto: « Qui le automobili non vanno alla benzina ma al corno! » (Chez nous les voitures ne marchent pas à l'essence mais au klaxon!)
         La ''macchina'' (l'automobile) est, pour un italien, plus importante que ses chaussures car: ''quiconque a des souliers et pas de voiture est obligé d'aller à pied, tandis que celui qui a une voiture n'a pas besoin de marcher!''**
        En revenant du stade ma Dauphine a un soudain soubresaut, émet un râle mécanique profond et décide qu'elle a assez parcouru de kilomètres! Pour rentrer à Monza, je vais mettre mes chaussures à contribution!
         Lundi, trois heures du matin! En route! Paolo pour aller à Bergen-op-Zoom, moi, avec deux clients, je dois me rendre d'abord chez PUM Plastiques à Reims, ensuite à Bréda. Nous nous retrouverons pour chargement chez Unilever dans la banlieue de Den Haag (La Haye)
         Je connais cet entrepôt batave, j'y suis venu dans une circonstance mémorable. Ce jour là les Pays-Bas subissaient une forte tempête: froid et neige en abondance. Pour que nous puissions accéder aux hangars, le gardien, un chauffeur allemand et moi avions dû jouer de la pelle pour dégager l'entrée!
         Il y avait peu de personnel, les intempéries s'opposant aux déplacements. Pour le déchargement le directeur, gros homme roux aux yeux bleus saillants, ainsi que quelques bureaucrates vinrent nous aider! Les ''mains blanches'' se montrèrent efficaces. Sans résultats! La tempête nous bloqua tous durant vingt-quatre heures.
        Heureusement la cafétéria était bien fournie: thé, café, chocolat et petits biscuits à volonté. Petit souvenir agréable que je retrouve à la vue de la grille d'entrée! Ce que je ne retrouve pas par contre c'est Paolo. Je m'adresse au gardien: « Hebt u een andere vrachwagen zoals mien gezien? » (Avez-vous vu un autre camion comme le mien?) « Niet! »
         Ou est passé mon copain? Il devrait être là depuis une heure au moins. Je me sens un peu inquiet, la banlieue de Den Haag est un vrai labyrinthe à la signalisation... aléatoire, s'y perdre est facile. Comment le joindre? (La C.B existe mais n'est pas encore entrée dans les moeurs) Je décide de décrocher mon tracteur et de partir à sa recherche!
         Sans vraie conviction je roule au hasard, plus pour me donner l'illusion d'agir qu'avec un véritable espoir de réussir! Après un quart d'heure d'errance je décide de stopper cette quête inutile. C'est en faisant demi-tour que, du coin de l'oeil, j'aperçois le Fiat rouge et noir.
        Je m'empresse de me garer à proximité, quittant ma cabine j'entends, venant d'un terrain vague des cris, des rires.... Je m'avance et stupéfait, vois une bande d'une vingtaine de gamins qui jouent au foot-ball avec, au milieu d'eux, courant, sautant, couvert de poussière et de sueur, Paolo.
        Quand je l'appelle il s'arrête net, regarde, surpris, autour de lui comme s'il sortait d'un rêve! « Paolo! Bon sang qu'est-ce que tu fais? Nous devons charger... » « Quelle heure est-il? » « Onze heures! » « Porca miséria! Je ne me suis pas rendu compte du temps passé! » Les enfants se sont arrêtés de jouer, Paolo lève la main, montre le ballon: « Houdt! » (Gardez le!) « Ciao! bambini », « Kaarvel! Bedankt heer! » (Au revoir, merci monsieur! » Ils ont l'air d'avoir de la peine ces gosses.
        « Faisons vite! » Tiens donc, il est bien temps. Remorques à quai, nous pouvons bavarder. « En venant, j'ai écrasé le ballon de ces gamins! Tu comprends, je devais en acheter un autre! » Un silence: « Il fallait bien l'essayer... Après!... Après tu as vu... »
         Je reconnais là le copain avec qui je m'entends bien. Pas très grave, on se passera de quelques heures de sommeil et notre client de Piacenza sera livré à temps.
         De retour à Monza, Giuseppe confirme, la Dauphine est à mettre à la ferraille. Petit pincement au coeur, durant quelques années elle m'a fidèlement servie!
         La conclusion viendra de Paolo: « Compri rapidamente un'altra macchina... » (Achète rapidement une autre voiture...) et, me montrant ses baskets maltraitées par la partie de foot: « Le mie scarpe sono rovinate... » (Mes chaussures sont fichues..)


*Paolo et les gamins.

** D'après G.Guareschi

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Caro 28/06/2009 21:22

Paolo en bon italien qu'il est n'a pas vu le temps passer en jouant au football? Normal c'est une culture le football en Italie! Mais ce qui ressort, c'est son grand coeur: il a remplacé le ballon qu'il avait écrasé car il sait ce qu'est la déception de perdre l'objet aussi fédérateur qu'un ballon de foot!
En tous cas, encore une belle histoire!
Biz du Pays d'Auge
Caro

Stéphane 16/06/2008 21:54

D'abord prompt rétablissement et ensuite bravo pour ces anecdotes soupoudrées d'allemenand et d'italien, j'ai l'impression à la fois de voyager géographiquement mais aussi dans le temps.

Le Parcheminé 14/05/2008 11:39

Comment ne pas s'attacher à ces deux personnages ? J'aime de plus en plus l'émotion et l'amitié que tu fais passer dans tes textes.

Alain Maigne 07/05/2008 00:03

Les Alfa Roméo, Lancia et Ferrari devaient faire un peu d'ombrage à la Dauphine. Cela me rappelle celle d'un de mes vieux copains profs de math qui allait au lycée avec sa vieille 2CV alors que la plupart de ses élèves (fils... à papa) avaient des BMW, Mercédés ... et Alfa Roméo.
Alain, pour le 1er mai, nous avons défilé pour ceux qui ne pouvaient pas : c'est cela aussi la solidarité ! Très amicalement

louis 06/05/2008 20:38

aH!!!!!!!!!!!!! enfin !
J'ai tout mon temps. Texte sur word en pièce jointe sur mon mail :louis.esparza@orange.fr
On se lache.