OLD ENGLAND

Publié le par Alain

emferry.jpg

Angleterre où Ecosse.

 

             Aller livrer en Angleterre nous arrive rarement. Dommage! C'est un pays agréable ou la police est discrète et polie.

              En débarquant à Newhaven ce mardi à six heures je me rends au bureau des douanes. Je sors les documents de la sacoche....et, catastrophe, pas de porte-feuille, j'ai du le laisser au terminal de Dieppe en prenant le billet d'embarquement! Sans papiers d'identité pas question d'entrer en Grande-Bretagne.
              Par chance le douanier présent parle parfaitement français et comme il y a peu de monde il accepte de téléphoner. Il revient et me rassure: « Vos papiers ont été retrouvés, ils vont être confiés à un routier, dans quatre heures ils seront ici. »
             Nous sommes seuls dans le bureau et une idée saugrenue me vient en tête, ( j'en ai rarement d'autres!) et je m'adresse au douanier: « Il fut une époque, il y a longtemps, ou français et écossais avaient la double nationalité. Cette loi n'est plus valable en France mais je crois que le ''bill'' anglais n'a pas été abrogé. En tant qu'écossais,comme je livre à Glasgow, ai-je le droit de rejoindre mon pays? » Pour moi c'est une plaisanterie. Le préposé anglais la prend au sérieux: « Je vais me renseigner, Monsieur! »
             En attendant je vais prendre un bon petit déjeuner. Tout en dégustant les oeufs miroirs et les saucisses je pense à mon premier voyage sur les terres de '' Her Graceful Majesté!'' (Sa Gracieuse Majesté!)
             Janvier, livraison à Kingston Upon Hull. De Newhaven. pour rejoindre la route de Londres il faut prendre une courte mais très forte montée. Inattention? Stress de conduire à gauche? J'attaque la côte en troisième, le moteur me fait comprendre qu'il n'aime pas, en voulant passer en seconde je cale. Derrière mon camion se forme une longue file de voitures. Les conducteurs attendent, flegmatiques, que je reparte. Pas un coup de klaxon ne se fait entendre. Calme et discrétion! Imaginez la même chose dans la montée de Fourviére quand le tunnel n'existait pas....
             A l'usine de Kingston le chef de quai, qui massacre le français avec le même enthousiasme que moi l'anglais, me demande d'aider au déchargement car une partie de son personnel est victime de la grippe. Je me mets à porter les sacs de farine de poisson. Travail fini je suis en sueur et je sens mauvais. Je joue de malchance: les douches sont hors service à cause du gel, je me résigne à repartir pas bien reluisant.
             En passant sur les quais j'aperçois un pavillon noir-jaune-rouge. Un bateau belge: qui dit belge dit français au moins au niveau de la langue. J'interpelle un marin et demande à parler au commandant. Celui-ci, un homme grand et fort, m'invite à monter à bord. Ancien marin je connais le rituel, en passant la coupée je me tourne vers le pavillon et salue d'un signe de tête. Le geste plait! J'explique au ''Pacha'' ce qui m'arrive et lui demande l'autorisation d'utiliser les douches du bâtiment.
              Le commandant éclate de rire et me dit: « Effectivement vous ne sentez pas la rose mon garçon! Requête accordée. »
              Lavé, remis à neuf, je vais remercier le commandant. En bavardant j'apprends qu'il n'est pas belge mais hollandais. Son bateau est un remorqueur de haute mer. Il se prépare à convoyer un ponton pour une société pétrolière à travers la mer du Nord.
             Je suis intéressé et comme je lui ai dit que j'avais servi dans la ''Royale'', le ''Pacha'' se fait un plaisir de m'expliquer son travail. A midi il m'invite à partager la table du bord. Le repas est bon et copieux. Il faut pourtant partir, je dois prendre le ferry de Plymouth pour Roscoff. Un grand merci à tous, mais ou est exactement Plymouth! Je n'ai pas la carte adéquate.
              Kingston va alors assister à ce spectacle: dans un port britannique, le commandant hollandais d'un remorqueur belge indique, sur des cartes marines, son itinéraire à un routier français! Surprises du transport international!
              Le ferry venant de Dieppe vient d'arriver. Je retourne au bureau des douanes. J'y trouve mes papiers. Celui qui les a apportés est déjà parti. Je montre ma carte d'identité et mon permis de conduire au douanier. Il me dit: « Vous pouvez y aller, à propos, la loi dont vous me parliez n'est plus valide depuis une trentaine d'années. » « C'est dommage! » « N'ayez pas de regrets, même si elle avait eu court je n'aurai pas pu vous laisser passer. »« Pourquoi? » « Sans documents prouvant que vous étiez français, comment aurai-je pu vous déclarer écossais? »
             Implacable logique britannique. Goodbye the Scoland, i remain French! (Adieu Ecosse, je reste Français!) Pourtant je me serais bien vu en kilt!
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Caro 27/06/2009 14:34

Voilà aussi ce qui m'a attiré dans ce métier: des rencontres fortuites pour certaines mais qui restent indélébiles ou durables pour d'autres et non moins inoubliables!
Moi aussi je n'utilise que 38 muscles de mon visage et c'est bien suffisant et c'est pour ça que je n'ai jamais eu besoin de me badigeonner le visage avec des pseudo-crêmes anti je sais pas quoi...Hihihi...
Biz du Pays d'Auge
Caro

papa de Lili 19/10/2007 14:34

Alain, Parcheu, Planeth: Un humoriste a dit: "on mobilise 130 muscles pour faire la gueule et seulement 38 pour sourire.." Méditerranéen, donc ennemi de l'effort inutile, je ne pouvais choisir que la deuxième solution!
Maki: Merci de votre visite mais aujourd'hui, cernés par les portables, épiés par les satellites, soumis à la rentabilité forcée, je ne sais pas si les routiers se sentent hommes libres pour l'aventure....

Maky 18/10/2007 18:26

Excellent narrateur, beau métier malgré ses contraintes...un des seuls qu'on pourrait encore appeler "L'aventure"
Bravo de la part d'un ancien "Constructeur de Semi"

Caroline 18/10/2007 16:10

Merci pour le lien, j'ai rajouté aussi ton blog à ma liste.

Le Parcheminé 17/10/2007 11:08

Ta façon de raconter est impayable, j'adore !
Ceci dit, j'ai comme qui dirait l'impression que toute la gentillesse que tu as recueillis sur la route équivaut au moins à celle que tu dégages.
Les gens sont sympathiques avec les gens sympathiques.
A bientôt.