SARABANDE... DE NUIT!

Publié le par Alain

sabbat

Et vous! Comment sabbat?

 

              


            Voorhaven, le port d'Oostende. Jeudi soir! Grève des ferrys pour Ramsgate! Assis devant un repas moules-frites, pays oblige, René, Lucas un chauffeur français d'une société allemande et moi, nous ne sommes pas ravis. Ce contre-temps va nous faire passer le week-end au pays du ''Sunday Closed'' (Fermé le dimanche)...

                Il n'y a pas au monde d'autre nation ou l'on s'ennuie le dimanche avec autant d'aristocratique distinction et de flegme! Comme le dit Daninos: « Si l'Angleterre n'a pas été envahie depuis 1066, c'est que les étrangers redoutent d'y passer le dimanche! »...

                  Nous dinons en bavardant. René, qui a hérité d'une ferme léguée par un grand-oncle, se demande s'il va devenir paysan! Nomade à Montpellier ou sédentaire en Charentes? Lucas se lance dans la relation de son dernier voyage...

                 Des lampadaires éthiques... Le lourd camion-remorque traverse le petit village allemand endormi. A la sortie du bourg la route longe quelques champs avant de s'enfoncer dans une forêt de sapins noirs!

                 En levant les yeux on n'aperçoit, entre la cime des arbres, qu'une bande de ciel plus claire. Une couche nuageuse masque les étoiles. Seule la pleine lune dispense une lumière blafarde qui n'éclaire pas! 

                Je jette un œil au controlographe. Ne pas dépasser la limite du temps de conduite autorisé. Infraction que la ''Polizei'' fait payer cher. Un sentier s'ouvre entre les sapins, laisse un petit espace ou garer la ''charrette''. Le silence de la forêt succède au bruit du moteur!

               Nuit de juin nuageuse mais tiède. Je décide d'aller fumer en faisant quelques pas dans ce bois de sapins qui me rappelle mes forêts de Savoie. Promenade nonchalante. Je bourre ma pipe avec de l'amsterdamer acheté la veille en Hollande, sa vente n'étant pas autorisée en France.

               Avec les premières volutes de fumée s'élève le parfum de miel typique de ce tabac... Je respire en souriant, une espèce d'euphorie s'empare de moi. Je ne me sens pas fatigué. J'avance en fredonnant entre mes dents...

              Une chouette traverse le sentier: « Bonsoir! » La chouette me répond poliment: « Bonsoir à vous! » avant de disparaître dans les arbres. Un hérisson marche à ma rencontre, il s'écarte en disant: « Excusez-moi! ». Les animaux sont très bien élevés dans ces bois!.

             Une clairière marque la fin du sentier. Au centre, un grand arbre mort branches desséchées, tordues, se découpant en noir sur le ciel laiteux! Je m'adosse au tronc rugueux... Des chauves-souris volent en cercle, des êtres incertains hantent les buissons!

            Une étrange musique dissonante et pourtant agréable s'élève venant de je ne sais où! Dans le ciel des sorcières en robes noires, assises sur des balais, ont remplacées les chauves-souris...

            Au sein de la clairière des gnomes difformes, pieds fourchus, ailes rouges, dansent en poussant des cris inarticulés. Dans l'herbe un grand serpent, yeux de feu, écailles verdâtres, se glisse avec un sifflement continu...

           Je suis tétanisé, une peur sourde m'étreint! Je me sens glisser le long de l'arbre pour me dissimuler entre ses racines! Ma main serre fortement le fourneau de ma pipe! Le serpent se dresse entouré par des harpies déchainées... Les nabots précipitent leur sarabande... la musique s'accélère!...

           Soudain au loin résonne le chant d'un coq! En un instant tout disparaît. L'agitation fait place au silence. Mes yeux fatigués se ferment... Il fait un grand soleil quand je me réveille! J'ai la bouche sèche et un horrible mal au crâne. Pour aller livrer je suis passablement en retard! La clairière est paisible, rien ne subsiste de la nuit, seule une trace ondulante dans la poussière du chemin pourrait donner à penser que peut-être...

           Le bahut rangé au quai de la fabrique chimique TCI d'Eschborn, je me rends auprès de Frantz, un chimiste de l'usine que je connais. « Konnen sie mir sagen, was das paket tabak enthält? » (Peux-tu me dire ce que contient ce paquet de tabac?). J'ai la réponse peu de temps après. « Assez de drogue pour assommer un ours... »

           Lucas s'interrompt un instant: « Je comprends pourquoi, quand je partais, j'ai vu, dans le rétroviseur le marchand de tabac me courir après avec de grands gestes... » « Tu ne t'es pas arrêté? » « Pourquoi! J'avais payé... et puis il y avait de la circulation. » Il réfléchit un instant: « Quand même, assister à une nuit de sabbat pour le prix d'un paquet de tabac! Satan doit trouver que ce n'est pas cher payé!... ».

 

 

 

 

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La Môme du 75 11/04/2010 08:28


Si nous étions encore dans les années 50 tu ferais un tabac dans les veillées ..... Bisous


caro 01/04/2010 14:56


Quelle aventure!!! Comme d'hab, je suis attendrie par les hypothétiques personnages que tu rencontres dans les forêts...ce qui m'inquiète quand même un peu, c'est que je suis capable d'imaginer
sensiblement la même chose en traversant une forêt ou bien d'imaginer des histoires que les arbres tordus que je peux remarquer dans un paysage peuvent se raconter en me voyant les admirer...et
celà...sans fumer ce tabac mystérieux dont tu nous a fait part...hihihi...Mais peut-être faut il que je fasse sécher la ciboulette qui pousse dans ma jardinière pour tester car jusqu'à maintenant,
je ne la mettais que dans l'omelette et je n'ai jamais pu remarquer tout effet secondaire...
En tous cas, encore une fois, je me suis régalée avec cette histoire, j'aime sa chute!
Biz du Pays d'Auge
Caro


Jean 26/03/2010 21:56


Un p'tit salut en passant...
jean


YDEL 24/03/2010 18:37


On ecouterait bien vos histoires à la veillée...tout pres d'un grand feu de bois !!!
merci !


Papa de Lili 21/03/2010 21:17


@ Pimprenelle: Merci! Tu sais il y a toujours quelque chose de magique dans les chats!
@ Crabillou: Si, si! J'ai bien reconnu quelqu'un! Mais on n'en parlera pas sur ce blog...
@ Coumarine: Pour un homme primaire, au métier primaire, être reconnu comme un conteur, c'est son bâton de maréchal!