LE TIERCE SELON CHARLEMAGNE

Publié le par Alain

 

diane2.jpgQui gagne quoi?

 
Je viens de rencontrer par hasard un ancien copain: Toussaint Napoléon Charlemagne M'Boué dit Charlot. Nous étions ensemble chez le Vieux. Après son énième P.V. pour des broutilles, (trop d'heures de conduite, remorque trop chargée, vitesse un peu trop élevée, etc..) Charlot estima que les pandores devenaient tatillons et qu'un retour à la palabre ancestrale s'imposait. Il acheta trois vieux camions puis avec deux amis, direction le Sénègal via l'Espagne, Gibraltar, le Maroc, et la Mauritanie. Le voyage dura quatre mois durant lesquels il subit maintes galères: crevaisons, pannes diverses, ensablement, etc...! Un bahut rendit l'âme et termina la route tiré par les autres! Au terme du périple les trois épaves furent mises entre les mains de professionnels inconnus chez nous, les "Marabouts-Mécaniciens". Il y eut des incantations, des coups de marteau, des danses, des soudures au chalumeau, des moteurs démontés et des coqs sacrifiés, des chants et des boites de vitesses en morceaux, des gris-gris agités, des coups de pinceaux et un grand festin! Après quoi devenu propriétaire de deux camions flambant presque neufs, Charlot créa son entreprise de transport loin des tracasseries administratives et gendarmesques.
C'est un défaut commun qui souda notre amitié. Nous faisions très sérieusement notre travail sans jamais nous prendre au sérieux! Quand le samedi nous réunissait à « la boite », nos fous-rires (le rire tonitruant de Charlot surtout!) et nos facéties (mes déplorables jeux de mots en particulier!) semaient la pagaille au bureau ou à l'atelier au point que le chef de garage disait que: « depuis que je connais ces deux là, je ne peux plus boire un café-crème...!). Allusion délicate à la couleur des intéressés qui s'en fichaient et trouvaient ça plutôt drôle!

Nos retrouvailles ne pouvaient se contenter d'un simple "Bonjour" sur le trottoir. Un Bar-PMU se trouvait à proximité, nous nous y rendîmes de façon à être assis pour fêter l'évènement.Nous entrâmes dans une atmosphère de cathédrale! Quatre ou cinq clients au comptoir qui parlent à voix basse, et une quinzaine d'autres attablés, plongés en silence dans les pronostics du tiercé.
A peine installé, le dos tourné à la salle, Charlot pointa son pouce par dessus son épaule: « Qu'est-ce que c'est que ces zombies? » « Des joueurs de tiercé! » Je lis l'incrédulité dans son regard: « C'est pas possible! Souviens-toi! Le tiercé dominical à trois francs (0,5€) à faire avant midi c'était l'amusement, les réunions entre copains, les tickets à plier dans un sens puis dans l'autre et on s'y trompait souvent, les encoches à faire à la pince spéciale qui cassait toujours au moment crucial, les cris, les rires...! On ne gagnait pas mais c'était convivial, en un mot on avait le pronostic bas et le verbe haut!... » Il médite un instant: « Pourtant j'ai gagné un tiercé dans l'ordre une fois! ».Sourire! «  Je faisais mes premières armes chez les frères Cabassol à Manosque. Petit camion, petites tournées et repos le dimanche. En 1963 la fièvre touristique n'avait pas atteint ce qui était encore les « Basses Alpes » et Manosque, coté distraction du
dimanche, ce n'était pas Luna-Park!
Le matin voyait la gens féminine se rendre à la grand Messe de dix heures et demi et les mécréants masculins aller au café de Gilberte pour boire le pastis, faire une partie de boules et jouer au tiercé! Je suivais le mouvement. Ce dimanche de Juin, paisible, assis à la terrasse, à l'ombre des platanes, je fus interpellé par Amédée, brave garçon un peu simplet qui servait d'extra au restaurant où je déjeunais: « Bonjour Mr. M'Boué! ». « Salut Médée! Qu'est-ce que tu fais là? ». « Je viens faire des tiercés pour des clients, vous voulez en faire un Mr. M'Boué? J'ai encore un ticket! ». « On le fait ensemble alors Médée... et puis restons simples, appelle-moi Charlemagne! » Quelques minutes de discutions pour choisir trois chevaux et Amédée parti remplir sa mission! Comme il s'agissait, je crois, du Prix de Diane, il y avait de nombreux parieurs.
 Pour trouver un peu de fraîcheur et faire une sieste tranquille je passais l'après-midi au bord de la Durance, bavardant sur le tard avec quelques pêcheurs. Je rentrais dîner ayant totalement oublié le tiercé du matin. Amédée se précipita sur moi! « Mr. M'Boué! Charlemagne! On a gagné! On a gagné! Dans l'ordre! Le tiercé...! ». J'étais le plus agé, je me devais de rester le plus serein! « Nous avons gagné?...Dans l'ordre?....Eh bien! Nous saurons de combien nous sommes plus riches tout de suite après les informations! Un peu de patience Médée, je suis bien content pour toi! ». Et je pensais: pour moi aussi.
Je ne sais plus quel présentateur annonça les résultats et rapports du tiercé! Zitronne? Darget? Peu importe! Amédée et moi avions bien choisi nos chevaux et plusieurs milliers de parieurs aussi: la fortune des gagnants s'élevait à la somme fabuleuse de 36 francs, (6€). La déception d'Amédée était visible, je cachai la mienne en jouant les grands seigneurs: « On ne réussit pas à tous les coups. Garde le ticket pour toi, Amédée, ça ira pour les pourboires que je ne t'ai jamais donnés. »
 Voilà, conclut Charlot, comment je ne suis pas devenu millionnaire! ». Je termine l'histoire en disant: « C'est alors que tu es venu chez Le Vieux? » « Oui, dit Charlot, j'ai suivi le cours de la Durance! » Il ajoute: « On dîne ensemble se soir? ».
 Sans attendre une réponse qu'il devine positive, il se lève en disant: « Allez viens, on va jouer!... » Je lui emboîte le pas et incrédule: « Tu va faire un tiercé? » Il me toise d'un oeil rieur: « Non!.. Un Loto!... ».
 

 

 

 

 

 

 
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sprite 19/07/2008 00:40

(le commentaire precedent appartient aussi a l'histoire precedente... mais le systeme n'acceptait pas le recopiage de l'image, a chaque fois disant que les characteres etaient faux

sprite 19/07/2008 00:39

Je decouvre peu a peu votre blog, et j'ai beaucoup aime cette histoire, surtout que je vis exilee en angleterre depuis plus de trente ans! mais ces bonbons la, je ne les connais pas.
Vous ecrivez extremement bien! c'est un delice