LES BONBONS

Publié le par Alain

Souvenirs trés jeunes  

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              J'avais quatre ans. Et il y avait cette année-là une guerre terrible. Mon père et ma mère étaient parti la faire et comme beaucoup d'autres ils n'en reviendraient pas. Mon âge me permettait d'ignorer tout cela. Je vivais avec mes grands-parents prés d'Aubagne dans une grande bastide qu'on appelait « La Villa » pour faire bien!
                     La Villa était en retrait de la route et son entrée se situait sur un chemin qui menait à une petite colline couverte de pins nommée « la butte aux cigales ». Elles y étaient très nombreuses et y faisaient beaucoup de bruit. On trouvait là un jeu de boules et j'y accompagnais souvent mon grand-père. Pendant qu'il se disputait avec les autres joueurs, (mais c'était pour de rire!) moi je chassais les jolies demoiselles aux ailes diaprées.

               Puis tout ça nous fut interdit. Une sentinelle fit son apparition au bout du chemin. En montant la garde elle passait devant notre portail.

           Ma grand-mère m'avait bien interdit de m'en approcher mais j'étais par trop curieux. Je voulais voir l'uniforme vert, les bottes luisantes, le casque et surtout le fusil, accroché à son épaule et qui excitait à la fois ma curiosité et ma peur.
                C'était souvent le même soldat qui faisait les cent pas devant notre entrée, je voyais qu'il était âgé car, quand il enlevait son casque, (et il l'enlevait régulièrement: le soleil tape dur chez nous!) ses cheveux étaient blancs comme ceux de mon grand-père. Parfois il me parlait dans une langue que je ne comprenais pas, il avait alors un sourire triste et il semblait très gentil. Un jour, il m'a montré, à travers la grille du portail, une photo, on y voyait une assez grosse dame et deux petits garçons qui souriaient. Puis il a poussé un gros soupir, rangé la photo, m'a caressé les cheveux et m'a donné une barre de chocolat dans son papier d'aluminium. J'étais poli, j'ai dit « Merci Monsieur » et je suis allé porter le chocolat à ma grand-mère.
              Je me suis fait gronder pour être allé voir le soldat mais quand j'ai parlé à ma grand-mère des deux petits garçons qui avaient l'air si sages elle m'a répondu d'un ton très dur: « C'est de la graine de boches! », et elle a jeté la barre de chocolat à la poubelle.
             Je ne comprenais pas, jamais ma grand-mère n'avait eu un mot méchant pour personne, tout le monde disait qu'elle était charitable avec tous et quand un vagabond avait faim, le curé du village l'envoyait chez nous! Mais moi j'ai surtout regretté le chocolat.Puis le temps a passé, le vieux soldat est parti et un très jeune l'a remplacé. Ma grand-mère ne m'a pas interdit d'aller le voir.
             Lui aussi me parlait dans une langue que je ne comprenait pas, mais son uniforme était kaki, il n'avait pas de casque mais un calot. Il riait très fort et me montrait des photos ou on le voyait à cheval au milieu de grands troupeaux de boeufs avec des jeunes gens comme lui, coiffés de grands chapeaux comme je n'en avais jamais vu! (Avec les westerns à venir j'en verrai d'autres!)
              Dans sa conversation deux mots revenaient souvent: Texas et chewing-gum, le Texas il me faudrait attendre encore un peu avant de savoir de quoi il s'agissait mais le soldat me fit cadeau d'un paquet de chewing-gum.
              Toujours poli je dis « Merci Monsieur », je reçu une solide tape sur l'épaule avec un grand éclat de rire et j'allais porter mes friandises à ma grand-mère. En voyant les petites barres vertes ma grand-mère de s'écrier: « Tu ne vas pas manger ça malheureux, tu va te coller les boyaux! » et hop! à la poubelle les chewing-gums.
             Voilà comment, à une époque ou les sucreries étaient rares, je ne pu goûter ni au chocolat allemand, ni au chewing-gum américain. Heureusement pour moi arrivèrent les Anglais qui, placés entre l'est et l'ouest, apportèrent des bonbons appelés « toffies ». Ils eurent l'heur de plaire à ma grand-mère et contribuèrent généreusement à mes premières caries.
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bonbons en gros 12/09/2012 10:51

ça fait du bien de vous lire.

Caro 26/06/2009 21:53

Je plonge littéralement dans tes récits, ils sont passionnants et celui-ci évoque la dernière guerre que ma mère a vécu adolescente... ce sont des souvenirs un peu comme celui-là que j'ai déjà entendu et qui me touchent beaucoup!
Biz du Pays d'Auge
Caro