LA NUIT DE NAGY!

Publié le par Alain

Explications?

                               Vous le savez, le moral n'était pas au mieux, alors je me suis éloigné. Le physique s'en est mêlé. Durement. Un moment j'ai cru qu'il était temps pour moi de lâcher la rampe... Mais, une fois encore dans ma vie, ''ça repart''. Vos encouragements, vos paroles de soutient m'ont été d'un très grand secours. Une telle confiance, une telle amitié m'obligeaient a rester avec vous! Avec plaisir!

 

Une nuit en Alsace...


                    Nagy est hongrois. En 1956, les chars soviétiques le poussèrent brutalement sur les routes de l'exil... Il était professeur de philosophie à l'Université de Budapest. Le français étant la langue universelle de la philo, il termina son périple au pays des droits de l'homme! Son physique n'était pas celui d'un enseignant. Juchée sur un torse puissant à deux mètre dix du sol une tête ronde aux pommettes hautes, visage slave aux cheveux blonds, yeux bleus, lèvres pleines sous une moustache fournie...

                          Le ''rideau de fer'', un instant relevé, se referma devant sa famille!Histoire hélas banale à cette époque! Ses parents, sa femme, sa fille restèrent prisonniers de la politique! Ses diplômes n'étant pas reconnus en France, Nagy devint routier...

                         Une heure du matin! Le lourd camion-remorque s'insinue sur un parking de la forêt d'Altkirch que les alsaciens appellent ''la Forêt Enchantée''. Nagy coupe le moteur, étire ses muscles douloureux. En ce début d'automne frais, un rhume sauvage vient d'avoir raison de sa volonté! Forte fièvre, migraine, nez bouché, gorge brûlante, yeux irrités, l'obligent à l'arrêt!

                          Tenter de combattre la fatigue, descendre, faire quelques pas! Bien que froide, la nuit est splendide, trouée d'étoiles. Nagy s'adosse au camion, lève les yeux vers le ciel! Un astre plus scintillant que les autres attire son regard! La fièvre embrume ses idées: « Si j'étais Gepetto, je te demanderais, Fée Bleue, de me permettre d'embrasser ma fille! » Il a un sourire triste: « Mais je ne suis pas... ». Un bruit à l'arrière de la remorque: une femme en bleu s'avance, cheveux d'argent, ailes diaphanes tremblant dans son dos...

                          « Monsieur, s'il-vous-plait... » L'illusion se dissipe, place à la réalité. Pas de Fée, juste une vieille dame, en robe bleue, dont les cheveux blancs brillent sous la lune! Les ailes ne sont que les pans flottants d'une écharpe de soie! « Monsieur! Pouvez vous m'aider? J'ai une roue à plat sur ma voiture... ».

                          Malgré la lassitude, la fièvre, la migraine qui lui taraude le crâne, Nagy ne songe pas à refuser... « Merci! Ne faites pas trop de bruit, ma petite fille dort à l'arrière... ». Changer une roue de voiture ne pose guère de problèmes à un routier. Mais il est en sueur quand il a fini.

                         La vieille dame tend la main vers son sac: « Je voudrais vous remercier... ». Nagy proteste énergiquement: « Il ne saurait en être question... ». Un silence puis: « Peut-être auriez-vous des cachets d'aspirine? » « Pas d'aspirine, des anti-grippe! Pas plus de deux cachets avant de dormir! Soignez-vous jeune homme! Au revoir... » Elle ajoute, sans raisons apparentes: «  Que le ciel vous aide aussi!».

                       Assis sur la couchette Nagy, épuisé, avale rapidement les comprimés. Se coucher, dormir, tout faire pour être en forme au réveil. Brusquement une vive lumière envahit la cabine, des astres multicolores tourbillonnent devant ses yeux... Vertige! Sensation de tomber en tournoyant dans un abysse sans fond... La lumière s'estompe. Un brouillard grisâtre se substitue aux étoiles!

                       La chute se ralentit, s'arrête. Nagy a l'impression d'être assis sur un siège rigide. Petit à petit son regard perce le brouillard qui se dissipe. Des ombres, des couleurs vives! Il reconnaît les fleurs qui ornent la bouilloire ou sa femme tient au chaud l'eau pour le thé! Puis la cuisinière à bois, la table avec sa toile cirée à carreaux rouges et blancs...

                       Il se retrouve dans la cuisine de son petit logement de fonctionnaire à Budapest. Odeur de goulasch qui mijote. Il bredouille: « Dé! Dé en vagyak otthon! » (Mais! Mais je suis à la maison!). Des silhouettes devant lui: « Apa! Anya! » (Papa! Maman!). Une jolie jeune femme: « Katalin! Enyèm dràgàn! » (… ma chérie!)... Une minuscule bombe aux longs cheveux blonds attachés par un gros nœud de rubans rouges se précipite sur ses genoux: « Apa! Apa... ».

                      « Hajna! Enyèm kicsi làny... » (Anna! Ma petite fille...) Nagy serre contre lui sa femme et cette enfant qui lui manque tellement. Il caresse les cheveux blonds, sa grande main fait tomber le gros nœud à ses pieds... Instants de bonheur! Ephémères... Le brouillard réapparait, s'épaissit! Tout s'efface dans un néant fiévreux...

                        …A travers les rideaux le pâle soleil de Septembre éclaire la cabine. Nagy se réveille, sans fièvre, sans migraine, nez dégagé autorisant une libre respiration... Le mal est parti! Il y a, au fond de lui, la sensation d'un grand bien être, d'un profond bonheur! Le rêve est encore bien présent.

                         Ses yeux parcourent le petit espace qui est son univers! S'arrêtent à une tache insolite, là entre les deux sièges, sur le tapis de sol! Une tache de couleur vive... Un gros nœud de rubans rouges...

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Planeth 07/12/2009 08:28


ouahhhhhhh! j'aime ;0)


rsylvie 03/12/2009 10:35


beaujour alain
je reviendrais faire lecture,,, mais avant tout, un gros bisous pour tout ce chemin traversé et le courage qu'il t'a fallu pour arriver jusqu'à cette nouvelle étape de ta vie... alors heureuse de
pouvoir partager avec toi le temps d'une traversée via les ondes, tes histoires
douce journée à toi et merci d'être revenu nous distraire par tes merveilleux contes


Serge REYNAUD 02/12/2009 21:15


J'arrive après la bagarre, que tu sembles avoir gagnée. Mes félicitations, bon vent, bonne route plutôt, l'artiste !


Francis 30/11/2009 10:48


Voilà une bonne nouvelle, non, deux bonne nouvelle:
Tu vas mieux, et ça me rassure, et une nouvelle histoire, et ça c'est un beau cadeau. Merci ;-)


Edith 29/11/2009 22:02


Quelle belle histoire ! Heureuse de vous savoir de retour...