EEN GOEDE ARTS!

Publié le par Alain

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De service aux urgences...

                           La Hollande est, en Europe, le seul pays qui corresponde à son image d'Epinal. Tout y est! Les canaux, les moulins, les champs de tulipes et... les cyclistes. Par centaines dans ce plat pays!

                          Pays différent dès la douane. Les gabelous belges avaient passé, peut-être pour impressionner le novice que j'étais, le bahut au peigne fin! Lisant dans sa guitoune, le douanier batave ne leva même pas la tête à mon approche. Un négligent signe de la main m'invita simplement à poursuivre ma route! Au cours des voyages j'appris à apprécier ces flamands placides, souriants et serviables!

                        Quatrième voyage. Direction Leeuwarden dans le nord hollandais. Le camion avale sans efforts les routes peu pentues bordées de jolies villas. Grandes baies vitrées sans volets laissant admirer des intérieurs confortables ou foisonnent des plantes vertes. Sur quelques kilomètres je côtoie de pachydermiques péniches glissant paisiblement sur un canal si près de la route que j'ai parfois l'illusion de conduire sur l'eau!

                        Chez mon client un télex m'attend, je dois aller recharger à Meppel! Court trajet, temps maussade. Une petite bruine vient mouiller le pare-brise. Midi! Je quitte la ville au milieu de nombreux cyclistes. Heureusement ils sont disciplinés! Sur le bord de la route, un grand gaillard avec une sacoche noire fait du ''stop''! La pluie m'incite à la clémence, je m'arrête!

                         « Goedendag! Bedankt veel! » (Bonjour! Merci beaucoup!) Celui qui vient de s'installer dans le siège de droite est mince, grand, mouillé, les cheveux blonds en bataille, les yeux très bleus sous des sourcils roux.

                        Je n'ai encore que de très vagues notions de néerlandais mais je comprends le salut. « Bonjour! Sale temps n'est-ce pas? » « Franse?(Français?) Je, un peu parle... Ou vous aller? » « A Meppel! Et vous? » « Un peu devant... Stad (Ville) Steenwijk! Vous peut m'y arrêter? Minj ouders (mes parents) habiter. »

                        Pas facile d'utiliser un manuel de conversation en conduisant! J'apprends pourtant que mon compagnon, étudiant en médecine s'appelle Johan et va passer des vacances chez ses parents

                       « Venir maison... boire café, juste eein moment! »... « Papa! Mama! Deze dienstvaardige vrachwagenchauffeur franse hier heeft geleid! » (Ce serviable routier français m'a conduit jusqu'ici!). « Endrez! Endrez meuzieur! Zoyez le bienfenu... Merzi d'afoir aidé mon fils!». L'accent est nettement germanique, les mots bien français. C'est le père de l'apprenti toubib qui me reçoit ainsi! Avec une légère exubérance quasi française. Dont j'aurai l'explication avec le café!

                       « J'ai été, pendant la guerre, réfugié quatre ans à Lapanouse en Cantal... Appris le français! Bon souvenir! Votre visite me fait plaisir... ». Début de conversation sympathique que je ne peux poursuivre longtemps, le travail ayant des droits... Retour en France! Je m'empresse d'adresser une carte postale à mes hôtes pour les remercier de leur accueil. Une correspondance s'en suivra et, en trois ans, le hasard des voyages me permettra de faire deux ou trois visites à ces gens accueillants. Et puis un jour...

                     « Alain! Quelqu'un pour vous!... ». Devant le bureau, cheveux en bataille, sourire joyeux, Johan venu en visite surprise... « J'ai réussi! Je suis ''doktor''! ». Pas de ''bonjour'', la joie de m'annoncer son succès lui a fait oublier sa politesse... Qui revient très vite devant l'excellente cuisine que ma logeuse nous a confectionné. « Je dois m'absenter un instant. Vous pouvez surveiller ma fille? » Madame Guy, mon hôtesse nous laisse en garde les huit ans de sa petite Suzie.

                    Pendant que nous conversons, la gamine joue dans une pièce attenante. Nous l'entendons chantonner. Cette enfantine musique, le grand soleil du midi, le panier de cerises carmin dans lequel nous piochons sans retenue, tout contribue à entretenir notre bonne humeur.

                   Moment de détente soudain interrompu par l'irruption d'un ''bout de chou'' affolé: « Monsieur Alain! Vite, vite... mademoiselle Pauline va avoir son bébé... Venez vite! » D'un bond le ''doktor'' est debout: « Ou? Montres nous... »

               Nous suivons la gamine jusque dans un coin de la pièce voisine, d'un grand geste de la main elle nous désigne un panier ou une chatte rousse joue la parturiente... « Monsieur, faites quelque chose... » La gamine est inquiète! Johan éclate de rire! Il se tourne vers moi: « Bon! Ne reste pas planté là! Goed breng me warm water en doeken! » (Apportes moi de l'eau chaude et des torchons!)...

                Quand Madame Guy revient, la maisonnée s'est agrandie de huit chatons déjà en train de téter. « C'est le monsieur qui a tout fait! » Suzie montre Johan. « Merci, c'est bien aimable de vous être donné cette peine... ». Le sourire de mon ami s'élargit: « Vous savez, c'est naturel! Un docteur ça peut aussi servir... à ''chat''! ».

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josette 23/05/2010 17:03


bonjour je ne connaissais pas votre blog et suis ravie de ce que je decouvre , je sens que je vais revenir et je vous reference chez moi si je peux car je suis fachée avec l'informatique


Jean 17/05/2010 13:56


Un p'tit bonjour en passant
jean


Nicole 17/05/2010 10:27


Je m'étais promis de lire votre blog depuis le premier article .....c'est fait ! Vos petites chroniques drôles ou émouvantes servies par une écriture légère comme de l'eau de source sont un régal.
S'il vous plait , encore un tit peu !!


kéline 16/05/2010 11:47


Oh que j'ai aimé ta rencontre avec ce jeune homme, sa famille hollandaise et la suite... jusqu'à la venue au monde des chatons.
Bon dimanche, à bientôt


Laurence 11/05/2010 21:39


Comme d'hab, elles sont jolies les histoires de mon routier préféré ! Pleines de tendresse et d'humanité ! Bises