Dimanche 30 mai 2010 7 30 /05 /Mai /2010 22:17

coaraze.jpg  

*Attention! Ca tourne...

 

 

                Le terme ''chauffeur-routier'' recouvre bien des métiers! Tous sont soumis à des contraintes variées. Mais au niveau fatigue certains sont plus pénibles que d'autres.

En particulier la livraison en messagerie régionale. Petits camions, longues journées! Les routiers longues distances, conducteurs de ''gros-culs'', ont tendance à se moquer gentiment des ''chauffeurs de trottinettes''... Et pourtant...

                Cinq heures! Saint-Laurent-du-Var. Dans l'entrepôt, sous la lumière crue des néons, Antoine charge son camion. Pas simple! Caser au mieux des colis de formes et de poids divers dans l'ordre de la tournée. Un vrai puzzle à mémoriser: un carton pour tel client, les brouettes pour un autre, des barres d'acier pour un troisième, etc, etc... Comme disent certain chauffeurs: « Un vrai jeu! Oui! mais un jeu de c... » Six heures! Départ vers le premier destinataire, le plus lointain, à Bercelonnette! Trajet prévu pour arriver vers neuf heures à l'ouverture du client!

                 Il est bougon ce matin Antoine! Il n'a pas son bahut habituel mais un vieux Berliet de remplacement. Bruyant, sans direction assistée, boite de vitesses capricieuse et amortisseurs rigides, pas agréable à conduire sur les routes sinueuses des Basses-Alpes! Ses reins de cinquante-cinq ans, dont trente de grande route, s'accommodent mal de cet inconfort. De quoi regretter la suspension du Mercédes!...

                 ...Vacances et repos! Dans le jardin ensoleillé de ses parents à Levens, Denis étire les vingt-six ans de sa grande carcasse! Oublié le camion, oubliée la route... Pour les quinze jours à venir une seule chose lui semble digne d'intérêt: les bons petits plats de sa mère! Et l'après-midi la partie de boules au village...

                 Antoine a pris le chemin du retour. Client après client la journée s'avance. La fatigue se fait sentir. Dernière livraison à Coaraze, le village du soleil! Longue montée vers le bourg. Sur sa droite le camion côtoie un ravin qui se creuse en précipice au fur et à mesure que la chaussée s'élève.

                Avant-dernier virage, épingle très très serrée sur la gauche! Le rayon de braquage du vieux Berliet ne permet pas de le négocier en une fois. Sa direction directe ne facilite pas la manœuvre. Antoine s'engage, stoppe, contrebraque, recule, ignorant le ravin qui s'ouvre, béant, dans son dos! Repart en tirant dur le volant... Sur l'embrayage le pied gauche n'a pas tremblé! Le bahut reprend sa course en avant.

                A dix-huit heures, Monsieur le Curé réceptionne avec plaisir le vélo noir avec sacoches que lui tend Antoine. Pour celui-ci, journée finie, retour à la maison. Avec le virage en épingle dans le sens descente... Le camion s'engage, tourne, s'arrête, pare-brise quasi au-dessus du précipice! Maintenant reculer en contrebraquant...

               Mais au volant Antoine est immobile, tétanisé par le vertige. Une pensée: quitter la cabine! Vite! Frein à main! Descendu, réflexe de routier, caler la roue arrière! Jambes tremblantes, il s'éloigne du fossé dont le fond est déjà dans l'ombre!...

              Reprendre son sang-froid! Le camion ne peut pas rester au milieu du virage! Trouver quelqu'un pour le sortir de là! Antoine se lance sur la route... Une villa, un homme qui jardine: « Monsieur! Vous savez conduire un camion? » Le jardinier regarde, surpris, son interpellateur: « Non! Pourquoi? ». Explication rapide. «A Levens! Un routier!... J'ai joué aux boules avec lui. Il est peut-être encore au café! Je vais donner un coup de fil! »...

              Vingt minutes plus tard Denis retrouve Antoine près du camion. Sa nature heureuse lui fait trouver la chose amusante: « Mon collègue, dans le cas présent, une paire d'ailes et un pilote auraient pu aussi être utile! » Un silence! « Allez! Remettons ce bahut sur le droit chemin! ». Manœuvre rapidement exécutée.

              « O.K! Je te rends ta cabine, fin des soucis! » « Tu peux pas repartir comme ça! Merci c'est pas assez pour le soulagement que j'éprouve!... Je te propose un bon repas! » « Pourquoi pas! » « Ce soir! Au ''Moulins de Mougins''! Vingt-et-une heures! D'accord? »...

              Attablés devant un apéritif dans ce restaurant renommé, les deux routiers font connaissance... Le serveur s'approche menus en main! Denis déclare: « Je te préviens, j'ai bon appétit et je suis gourmand... » « Pas de problèmes! »...

Commande passée Denis demande: « Tu as toujours eu le vertige? » « Oui! Normalement pour un routier c'est pas grave! » Antoine a un sourire: « Toi aussi peut-être... On sait jamais! » « Ca m'étonnerait! »... « On va vérifier! » « Comment? ».

               Le garçon apporte le premier plat! Antoine s'adresse au serveur: « Vous pouvez remporter la commande de Monsieur... Il ne mangera rien ce soir! ».

Denis s'insurge: « Comment ça je ne mangerai rien? Non mais ça va pas? J'ai faim... » Devant le visage ahuri de son confrère, Antoine éclate de rire: « Tu vois! Je te l'avais dit... Regarde ton assiette! Toi aussi tu as eu ''peur du vide!'' ».

Par Alain
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Commentaires

Excellente chute!!! Et heureusement ce n'est pas celle que je craignais...
Biz du Pays d'Auge et bonne semaine!
Caro
Commentaire n°1 posté par Caro le 30/05/2010 à 23h09
Et un vieux de la vieille qui ne craint pas d'affronter ses "faiblesses", c'est beau!
Je connaissais Coaraze dans les Pyrénées, plutôt humide t avec le bruit du torrent, pas le sec et ensoleillé! ;0)
Commentaire n°2 posté par Planeth le 31/05/2010 à 10h37
Dis dont, pauvre routier, ce n'est pas la première fois que tes héros finissent dans un grand resto ! Sarko aurait donc raison : les travailleurs Français sont trop payés ???
Toujours au top mon "pote"
Commentaire n°3 posté par louis le 31/05/2010 à 10h40
Ha ha ha ! La méchante blague !
Commentaire n°4 posté par Francis le 31/05/2010 à 10h55
Bonjour
La difficultée de ces tournées ce comprends facilement...
Mais le dernier épisode est pour moi étonnant, c'est vrai je n'aurai jamais pensé à une telle difficultée, et juste pour livrer un vélo !!!
sincèrement
Jean
Commentaire n°5 posté par Jean le 31/05/2010 à 14h15
excellente chute pour quelqu'un qui n'etait pas dans son assiette !
Commentaire n°6 posté par Ydel le 31/05/2010 à 19h14
@ Caro: J'ose le dire, Antoine préfère le ''trou normand''!
@ Planeth: Coaraze is not Coarraze!
@ Louis: A cette époque Sarko n'était pas là pour piquer les sous des prolétaires!
@ Francis: N'est-ce pas?
@ Jean: La route est souvent imprévisible!
@ Ydel: Splendide résumé...
Commentaire n°7 posté par Papa de LiliCoucou le 31/05/2010 à 20h51
j'ai eu le vertige rien qu'en te lisant !!! héhé
la morale est très bonne ! j'espère quand même que Denis aura eu son plat !
bisous
Commentaire n°8 posté par Anne-France le 31/05/2010 à 20h58
Mais quelle histoire. J'en ai eu le vertige jusqu'à la fin.
Mais heureusement, la chute de l'histoire n'est pas la chute que je craignais.
Encore une belle histoire.
Amitiés. Flo
Commentaire n°9 posté par pimprenelle le 31/05/2010 à 22h43
Je pique sans honte l'exclamation de Caro : quelle chute !
Commentaire n°10 posté par BBK.mel le 31/05/2010 à 23h35
Heureusement pour moi, les routes sont moins vertigineuses et la direction bien assistée sur le Master.Merci pour l'histoire.
Commentaire n°11 posté par CHARLEXPRESS le 01/06/2010 à 04h59
beaujour mon ami alain
toujours aussi plaisant et instructif.
mais quel maitrise pour ces conducteurs de bahuts sans direction assistée !
mon dieu ! quand on y pense
je vois trés bien l'image du vide,,,, j'ai eu cette sensation en montant dans le VAR !
oups et j'avais trés peur !
oui trés peur.

dis moi alain, à quand un reccueil de toutes tes p'tites histoires ?
douce journée à toi
bises
Commentaire n°12 posté par rsylvie le 01/06/2010 à 09h42
OOOOOh j'ai eu le vertige pour lui...imaginer la cabine au dessus du vide! j'ai déjà les jambes qui tremblent! C'est une drôle de maladie que je connais depuis des années, hélas et malgré mes efforts, je n'arrive pas vraiment à en guérir. Bisous cher Alain et bravo pour ce récit.
Commentaire n°13 posté par Michèle Laurence le 01/06/2010 à 22h15
superbe récit bien écrit on est content de la chute sans chute !hou le vertige je connais, celui de l'assiette vide aussi, je pars preparer de quoi remplir celle du patron et la mienne.
merci de ton passage du coté de chez moi!
bises
Commentaire n°14 posté par josette le 02/06/2010 à 18h15
@ Anne-France: Les gourmands sont toujours servis!
@ Pimprenelle: Non! Rien de grave en somme. Peut-être une petite indigestion!
@ BBK: Dans un éclat... de rire!
@ Charles: C'est plus facile aujourd'hui. Mais ton boulot reste quand même un des plus pénibles de la route!
Commentaire n°15 posté par Papa de LiliCoucou le 02/06/2010 à 20h47
@ Sylvie: Coaraze est très proche des collines du Haut-Var!
@ Laurence: C'est un mal qui ne se guérit pas!
@ Josette: Je serai passé plus tôt siu, honte à moi, je n'avais égaré ton adresse!
Commentaire n°16 posté par Papa de LiliCoucou le 02/06/2010 à 20h55
@ Tous: Coucou après ma signature, c'est pas moi qui l'ai écrit!
Commentaire n°17 posté par Papa de LiliCoucou le 02/06/2010 à 22h03
hihi, bonne chute !
Commentaire n°18 posté par Kty le 02/06/2010 à 22h28
Mouahaha ! bien joué !
Commentaire n°19 posté par Anna de Sandre le 03/06/2010 à 16h10
@ Kty, Anna: N'est-il pas? Une assiette vide c'est terrible, surtout si elle est creuse...
Commentaire n°20 posté par Papa de Lili le 03/06/2010 à 16h54
Bonjour
Je suis bien d'accord avec toi....
Et il y a de quoi s'inquiéter...
Bon week-end
jean
Commentaire n°21 posté par Jean le 04/06/2010 à 13h39
Ouf, tout est bien qui finit bien !!!
Ces gros bahuts ne se conduisent pas aussi facilement qu'ils en ont l'air si le chauffeur a le vertige. J'ai vu une fois une émission sur les routes afghanes et vertige ou pas, il y a vraiment des épreuves où il faut aux chauffeurs beaucoup de cou..rage.
Bonne journée !
Commentaire n°22 posté par kéline le 07/06/2010 à 08h56
Le Moulin de Mougins ! Mazette ! Antoine est un seigneur...
Commentaire n°23 posté par Edith le 07/06/2010 à 15h41
Coucou, PapadeliliCoucou ! ;-)
(pour info, tu as dû une fois signer ce nom pour rigoler et le logiciel te met automatiquement ce nom en première proposition lorsque tu commentes ici ou ailleurs. Il te suffit normalement de le modifier une fois et ce sera bon...)

Comme toujours, tu nous fais partager des moments forts de cette vie, moi j'ai eu le pied qui a tremblé en lisant la montée !!!

Bisous tendres.
Commentaire n°24 posté par Profette le 08/06/2010 à 10h38
On aurait pu avoir une mauvaise chute d'Antoine, on a eu une bonne chute d'Alain!
Commentaire n°25 posté par pichenette le 02/07/2010 à 01h38

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