BON VIEUX TEMPS!

Publié le par Alain

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Chèques-party!

 

           Sur la table, que j'appelle pompeusement ''mon bureau'', s'aligne une centaine de petits carnets de tous formats, de toutes couleurs. Ils contiennent, plus ou moins bien griffonnés, une vingtaine d'années de souvenirs routiers!

           En les relisant je me dis parfois que, dans ces temps quasi-préhistoriques, la vie était moins facile mais plus amusante...

          Quand le Vieux décida de me garder dans son équipe, Mademoiselle Pingeon, notre secrétaire-dragon-cinquantenaire-comptable, me fit ouvrir un compte en banque. Démarche peu courante dans un prolétariat qui, pour ses économies, faisait surtout confiance au bas de laine, voire à la lessiveuse!

          J'allais m'inscrire dans une banque qui n'avait pas encore le bon sens près de chez moi. En échange de mon salaire mensuel le banquier, jeune homme bien sous tous rapports, sobre costume-cravate, soigneusement coiffé, sourire ''émail-diamant'', me fit cadeau d'un carnet de chèques!

          Que l'on eu le droit de payer ses achats avec ces bouts de papier, je le savais! Que les commerçants les acceptassent était moins sur! Même les rares grandes surfaces faisaient grise mine devant cet argent virtuel! En fait il fallait être connu pour que la moue dubitative du vendeur se transforma en sourire...

         Joinville-le-Pont. Février très froid! Je poireaute dans une cour déserte devant des entrepôts fermés. Onze heure, mon client arrive, décontracté, au volant d'une rutilante ''Chambord''. « Désolé! Je n'ai personne pour vider le camion avant cet après-midi. » « Vous auriez pu me prévenir! » « Il n'y a pas de téléphone ici... J'ai averti votre patron, vous devez continuer d'après votre programme! » (Pas de ''planning'', le ''franglais'' étant peu usité au sein de la classe laborieuse.)

         Vie moins facile d'accord, mais on était peu ''stressés''. Le monde tournait moins vite!

         J'ai faim! Le froid m'incite à demander: « Savez-vous où je pourrais manger une choucroute? ». « La Brasserie Alsacienne, chez Bofinger, à la Bastille! ». Le métro, lombric génial, me véhicule vers la colonne au Génie. J'ai du mal à trouver l'entrée, petite et en retrait, de ce que j'ignore être la plus vieille brasserie parisienne.

         En poussant la porte le provincial que je suis s'imagine trouver une ordinaire salle de restaurant! Nenni! Je suis happé par un maître d'hôtel habillé en pingouin, costume noir, plastron blanc, air compassé: « C'est pour le bar, Monsieur, ou pour déjeuner? » « Pour déjeuner! » Il m'indique: « Prenez l'escalier, Monsieur, bon appétit! ». Mon client ne doit pas fréquenter le même genre de cantines que moi!

         Un peu de luxe ne pouvant me faire du mal, j'escalade, me retrouve dans une splendide salle à manger que coiffe une impressionnante coupole. Les murs sont couverts de tableaux signés d'artistes célèbres qui furent des clients. Un autre pingouin, serviette blanche sur le bras gauche et courbette obséquieuse m'intercepte: « Un couvert, Monsieur? Par ici... ». Il fait signe à un garçon déguisé en alsacien d'opérette: petit gilet rouge, nœud papillon, pantalon noir et tablier blanc! Commande! Choucroute délectable, profiteroles moelleuses, café savoureux...

       « Combien vous dois-je? » C'est à partir de cette question que les choses vont tourner à l'horreur. Je n'ai que quelques dizaine de francs dans mon porte-monnaie. Le principal de mon viatique se trouve dans ma sacoche laissée au camion. Grand moment de solitude... jusqu'à ce que je trouve, (que diable fait-il là?) mon carnet de chèques dans la poche de ma veste!

       « Je suis désolé, Monsieur, la maison n'accepte pas les chèques! ». C'est la totale! En fonds, je n'aurai pas insisté, là, il ne me reste qu'une solution, je hausse le ton: « Comment cela... Dites tout de suite que je suis un escroc! » Attiré par le bruit le pingouin rapplique: « Que se passe-t-il?... Ah! Non Monsieur pas de chèques... » J'augmente la production de décibels. Des têtes se tournent vers nous! Ultimatum! « Vous prenez ce chèque où vous appelez la police! »

         ''Le mot police éclata si fort que le pingouin devint verdâtre et que le loufiat fit un pas en arrière... Ne laisse pas de pourboire dit mon flair!''...

          Je me dirige vers l'escalier, avant de descendre je jette un œil sur le maître d'hôtel. Il tient mon titre de paiement à deux mains et le regarde comme s'il avait le pouvoir de le faire disparaître! Je me retire très digne... Sur le trottoir j'avise un taxi: « Je peux vous régler par chèque? » Le chauffeur me répond avec l'accent pointu du ''parigot'': « Pas question mon pote! Veux pas m'embêter avec ces bouts de papier! ».

        J'éclate de rire. Direction le métro! Sur! La vie était moins facile mais on s'amusait plus!

 

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Commenter cet article

mon chien aussi 08/01/2010 08:12


L'anecdote est amusante, l'ambiance bien campée... Et j'ai beaucoup aimé le français que vous écrivez. Un français comme on l'écrit peu, un joli français qui se perd... Populaire et cultivé. Je
n'arrive pas à le dire autrement.


Edith 04/01/2010 15:02


Eh bien, au moins vous vous êtes régalé ! Quant aux chèques, je suis étonnée qu'ils aient suscité tant de suspicion. Je ne suis pas jeune (57 ans), mais je ne me souviens pas d'épisode de ce genre.
Ce souvenir date de quelle année ? En tout cas, toujours contente de vous lire et de rattraper mon retard. Vos histoires sont captivantes et merveilleusement racontées.


Jill.C 23/12/2009 16:04


Hereux Noël à toi alain, à Morgan et à tous ceux que tu aimes. je l'espère joyeux et amusant , chaleureux aussi comme "ceux d'autrefois" :-) Amitiés


louis 21/12/2009 21:25


Voilà Alain, tu fais des excès, fais gaffe la cataracte te guette !!!


Laurence 19/12/2009 23:13


C'est quand même rudement chouette que tu sois revenu! Gros bisous Alain et bonnes fêtes de Noël...avec fifille?