O.V.N.I SOIT QUI...

Publié le par Alain

 

ovni


J'ai dit curieux? Moi? Comme c'est bizarre!

 

                   Durant trois ans je fus, au collège de la Ferté-Macé, le copain de Joseph. Ses condisciples, tous normands de bonne souche, l'avaient baptisé ''pirotte'', surnom que les paysans du cru donnent à l'oie femelle qui, d'après eux, est l'animal le plus fouineur de la ferme.

                  Pirotte était d'une curiosité insatiable. Non une curiosité malsaine, mais le désir irrépressible de tout savoir avant tout le monde! Pas une porte fermée qu'il ne voulut ouvrir, pas une conversation privée qu'il ne voulut écouter...

                  Je fus envoyé au collège de Dol-de-Bretagne et Pirotte devint un souvenir. Le hasard nous mit face à face dans un bureau de douane: « Alain! Tu es routier aussi? Que deviens-tu? Ou habites-tu? Tu es marié? Tu as des enfants? Allez! Dis moi!... ». En dépit des années, Pirotte n'avait pas changé!...

                   L'hiver 1962-63 fut remarquable pour deux raisons. Le froid fut particulièrement rigoureux. Les apparitions d'ovnis se multiplièrent.

                   De Dunkerque à Biarritz, en de nombreux endroits la côte était prise par les glaces.

                   Le mois de Février ne facilita pas le travail des routiers. Peu importe la météo: les marchés, les magasins, les usines ont besoin d'être livrés. Voilà pourquoi les camions, malgré le froid, le verglas, les congères tentent de passer malgré tout!

                  Entre Narbonne et Carcassonne, je galère sur la N.113. Intempéries toute la journée, des chutes de neige dignes de la haute montagne. Vers dix-huit heures devant moi deux camions stoppés.

                 Un embranchement! La route de Narbonne n'est plus visible. Sur la droite, amorçant une légère descente une petite voie encaissée se devine encore! Elle doit desservir un village dont les fumées s'aperçoivent au-delà d'un rideau d'arbres noirs et dépouillés... Dégagé, un panneau indique: MOUX 1Km

                 Progressivement d'autres bahuts arrivent, la file s'allonge... Nous sommes bientôt une trentaine, perplexes. Que faire? La radio ne nous est d'aucun secours; elle annonce seulement que la tempête pourrait bien durer toute la nuit!

                 Pour en savoir plus trois courageux décident, malgré la neige et le froid, de se rendre au village. « Je suis curieux de savoir ce qu'ils vont apprendre! ». Un seul homme peut parler comme ça! « Pirote! » « Oui! Dire que je croyais qu'il faisait toujours beau dans le sud! En atendis q'va falliau s'en débétiller... » (En attendant faudra s'en débrouiller.)*...

                  Un bruit poussif de moteur. Un tracteur tirant une remorque nous ramène nos trois émissaires! Pas très bonnes les nouvelles: « Au mieux la route ne sera pas dégagée avant demain dans l'après-midi! Le maire a fait ouvrir une salle communale pour la nuit. La cantine de l'école peut fournir des repas chauds! Ceux qui le veulent peuvent descendre avec le tracteur! »

                   Pirote déclare: « Oû bouot le bouot! (A la grâce de Dieu!)* Tu viens? » « Non! J'ai mon webasto,** tout ce qu'il faut pour manger et pour le café! On verra demain. » En fait je n'aime pas laisser mon camion seul!...

                  Au matin Pirote me réveille. La neige a cessée de tomber, il règne un petit jour grisâtre! Coté route c'est le statu-quo.

                  « Je vais aller au village. Il faut que je préviennes le Vieux! » « D'accord, je reste avec les camions... Dis donc, c'est quoi ce truc là? » Il me montre, à cent où cent-cinquante mètres sur ce qui aurait du être la route, une tige d'aspect métallique qui sort de la neige.

                  « Sais pas, on dirait l'antenne radio d'une voiture abandonnée!... Bon! Je descends téléphoner, à tout de suite. » « Pendant ce temps j'irai voir ce... cette chose! ». Curiosité quand tu nous tiens!

                   A Moux, au bout du fil Papé Blanchot me confirme: « Presque tous les bahuts de la boite sont bloqués... ». Deux heures plus tard je suis de retour.

                  Surprise! Je retrouve Pirotte affalé sur le marche-pied de mon camion, les yeux dans le vague, une énorme bosse sur le front! « Qu'est-ce qui c'est passé? » Il a un geste flou en direction de l'antenne: « Je suis allé là-bas, » « Alors? » « Y avait un renflement sous la tige. J'ai voulu savoir, j'ai creusé... J'ai trouvé une espèce de vitre, lisse, noire! C'était pas une voiture... » Il s'interrompt songeur! « Me suis appuyé contre pour mieux voir... et je suis passé à travers! ».

                   « Je me suis retrouvé assis dans une grande salle sombre, presque sans lumière! Des ombres bougeaient, avec des sons insolites. J'ai eu la frousse, une voix a dit: ''n'ayez pas peur!''. En me levant brusquement, mon front a heurté avec force je ne sais quoi! Après! Sais plus... Me suis réveillé ici! ». Je rigole: « Mon bon Pirotte, tu étais fatigué, tu t'es endormi, tu as rêvé et tu t'es cogné en glissant! »

                  Je me tourne vers l'antenne. Elle a disparue... mais la trace des pas de Pirotte est bien visible dans la neige... La trace du trajet, la trace de l'aller... une trace bien nette... une trace UNIQUE!

 

*Patois normand.

**Chauffage indépendant du moteur monté en série sur les Magirus.

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Deborah 14/09/2009 11:35

Je signe ma visite Alain et te souhaite une belle journée.
Deborah

Papa de Lili 12/09/2009 00:49

Louis: Comme tu es un homme du nord (né dans ces terres glaciales au dessus de Montélimar!)je te pardonne ce commentaire mais apprend "ô septentrional maladif" que dans le Midi on ne ment pas: on enjolive... Non mais!

louis 11/09/2009 17:38

Évidemment que c'est vrai.Alain ne ment jamais, jamais !!!

Chriz 04/09/2009 12:40

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Tu m'as inspiré avec ta note ufologue.
J'ai publié un billet sur le sujet.
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Laurence 03/09/2009 22:45

Wouah! Elle est belle ton histoire! Et comme d'habitude, rudement bien racontée. Sacré talent!