Lundi 22 juin 2009
    

Lerchernauer See

 

                          La plaine du Pô, entre Boretto et Brescello. Une grosse villa, un cube de couleur ocre jaune, deux étages sous un toit à quatre pentes, typique de la Reggio Emilia.

                         Dans un salon, au premier étage, une fenêtre ouverte. Un gamin de quatre ou cinq ans debout sur le rebord tient à la main un immense parapluie noir ouvert! Une jeune femme entre dans la pièce: « Umberto!  Nooo! » Trop tard! Gamin et parapluie viennent de disparaître....

                         Un parapluie n'est pas un parachute. L'atterrissage dans les épines d'un buisson de roses fut brutal et douloureux. Umberto en resta marqué dans sa chair et dans son esprit!...

                         Les routiers sont rarement gens craintifs. Ils savent, quand il le faut, agir sans barguigner! Umberto a des copains, des collègues, pas d'amis. C'est pourtant un garçon honnête, sympathique, serviable, bon chauffeur, mais son caractère pusillanime rebute les plus compréhensifs! Il craint le danger et, réminiscence du passé, se dérobe systématiquement devant les risques...

                        Mois d'Octobre! La barrière de la douane d'Aachen se lève, le gros Mack noir et jaune pointe son nez carré sur l'autobanh de Kôln. Umberto adresse un geste de remerciement au douanier!

                        « Bene Scarpa! Andiamo... » (Bien Chaussure... Allons-y...) Ces paroles s'adressent a l'occupant le deuxième siège: un chien marron et blanc, gentil bâtard à poils ras de trois ou quatre ans.

                        L'homme et l'animal se rencontrèrent sur le terre-plein en bord de mer qui, à San-Rémo, sert de parking pour la douane! Umberto finissait un ''panino con prosciutto'' et, d'un geste machinal, lança le dernier morceau du sandwich au toutou qui se trouvait là! Morceau attrapé au vol, avalé tout rond.

                       Portière ouverte, en deux bonds comme s'il eut toujours fait cela, Scarpa s'installa sur la couchette Depuis deux ans il s'y trouve bien!

                       L'autoroute étire son long ruban monotone! Quatorze heures de route jusqu'à Munich! « On n'est pas encore arrivé, mon vieux Scarpa... Et en plus il fait un temps de chien... » Sourire: « Oups! Je ne voulais pas dire ça... » Quand Umberto parle le regard du chien se fait attentif. Oreilles dressées, penchant sa bonne tête sur le coté, à droite puis à gauche il semble dire:  « Je ne comprends pas ce que tu dis, tant pis, pour moi l'important c'est ta voix! »....

                      « Drei tage starker kalte und unser kran im schadem ist! » (Trois jours de grand froid et notre grue est en panne!) Le client est désolé. « Vous devrez attendre jusqu'à demain... »

Lassallestrasse, une voie bordée par un grand parking qui longe le lac de Lerchernauer See. Un lieu de promenade et de pique-nique très prisé en été mais un peu isolé l'hiver! Idéal pour laisser Scarpa se dérouiller les pattes!

                      Les mains dans les poches de son blouson, le col relevé, Umberto déambule, paisible avec son chien qui court et lève la patte à chaque troncs d'arbres, à chaque buissons! Le paysage est plaisant! Le lac, presque entièrement pris par la glace, ne garde qu'une mince bande d'eau libre dans son milieu. Quelques canards s'y ébattent encore. L'un d'eux s'est même aventuré près de la rive... Cette boule de plumes qui se dandine sous son nez est irrésistible pour Scarpa!

                      Le canard, claudiquant aussi vite qu'il le peut, tente de rejoindre l'eau libre poursuivit par le chien qu'Umberto appelle en vain. Près de la terre la glace est épaisse mais va en s'amincissant vers l'eau libre... sous le poids du chien la mince couche cède, avec un aboie craintif Scarpa disparaît dans l'eau glacée!

                      Affolé le routier cherche des yeux une aide possible: « Aïuto!... Hat die Hilfe!.. » (A l'aide... au secours!) Personne ne réponds a ses cris... Là-bas le chien s'accroche à la glace et gémit doucement! Alors Umberto, ce dégonflé, ce peureux, ce couard qui n'a jamais pris un risque depuis son saut en parapluie, se lance sur la glace!

                      Celle-ci oscille comme un radeau mal arrimé. Pour mieux répartir son poids le maître de Scarpa s'allonge et, s'aidant des pieds et des mains, commence une lente progression vers le chien! Petit à petit, malgré les craquements sinistres qui se font entendre, il approche de l'animal frigorifié qui n'a même plus la force de gémir!

                     Quelques centimètres, encore un peu... un peu. Le sauveteur tend la main, attrape le collier, tente de tirer! Le chien, lourd, sans forces, est un poids mort!. Mal placé Umberto ne peut faire d'efforts... Alors il reste là, immobile, soutenant son chien. Il sent le froid saisir sa poitrine, sa main s'engourdir, ses doigts se tétaniser... Il ne lâche pas...

                     Les yeux fermés, tout à sa lutte il n'a pas entendu la sirène des pompiers alertés par des passants. Un canot pneumatique, des mains qui l'empoignent lui et le chien... De retour à terre, réchauffé, Umberto serre contre lui Scarpa encore frissonnant!

                    Un pompier s'adresse à lui: « Vous êtes fou d'avoir risqué votre vie pour sauver un chien! » Umberto le regarde et dans son allemand primaire répond: « Nicht ein hund sein... kein hund... Das ist MEIN hund! » (Pas être un chien... pas un chien... C'est MON chien! »

 

 

Par Alain
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Commentaires

Magnifique! frissons dans le dos moi avoir! ;0)
Commentaire n°1 posté par Planeth le 23/06/2009 à 08h49
Très bien raconté ! Merci.
Commentaire n°2 posté par Loïs de Murphy le 23/06/2009 à 10h03
Toujours aussi beau, mais pour la photo, tu aurais pu te raser et aller chez le coiffeur !!!
Commentaire n°3 posté par louis le 23/06/2009 à 12h47
Très belle histoire !
Commentaire n°4 posté par Mifa le 23/06/2009 à 13h54
On est parfois étonné par la réaction de ceux que l'on croyait timides ou lâches. Encore une magnifique histoire, merci Alain.
Commentaire n°5 posté par BBK.mel le 23/06/2009 à 21h43
Je lis ton histoire avec la clim qui me tombe sur le dos, je m'y croirais ;-)
Commentaire n°6 posté par Francis le 24/06/2009 à 12h41
Planeth: Parfaite tournure de phrase teutone!
Loïs: Merci à toi!
Louis: Je sens comme un parfum d'ironie dans ce commentaire!
BBK: Il faut vraiment aimer pour oser!
Commentaire n°7 posté par Papa de Lili le 24/06/2009 à 20h49
Mifa: Merci!
Francis: Attention aux rhumes...
Commentaire n°8 posté par Papa de Lili le 24/06/2009 à 20h50
Les larmes aux yeux c'est normal ??? quelle belle histoire !!!
Commentaire n°9 posté par Anne-France le 25/06/2009 à 13h03
Jolie histoire de toutou !
la photo me fait penser à l'illusion parfois
quand un chien est assis à l'avant d'une auto et
donne l'impression que c'est lui qui conduit !
c'est quelqu'un mon chien ! disait Devos
amitiès
Commentaire n°10 posté par ventdamont le 28/06/2009 à 10h39
... de toute façon, le parapluie lui aurait été inutile... il a bien fait de le laisser dans la haie de rosiers...
snif, j'dis des b"étises pour cacher mes larmes d'émotions*.
tu en as rencontré bien des gens
non c'est pas ça
mais plutot des gens biens !
bisous et douce journée à toi
Commentaire n°11 posté par rsylvie le 29/06/2009 à 16h21
Quel plaisir de retrouver le temps de venir te lire à nouveau! Que tu racontes bien! Merci Alain!( et bisous à fifille)
Commentaire n°12 posté par Laurence le 02/07/2009 à 21h57
Magnifique et réconfortante histoire, très bien racontée comme toujours
Commentaire n°13 posté par Edith le 03/07/2009 à 19h04
Bonjour alain,
Tes histoires sont toujours aussi chouettes, tu sais. Ça faisait un bail que je n'étais pas venue, manque notoire de temps, mais je suis cintente de te retrouver !
Mille bises
Naturella
Commentaire n°14 posté par Naturella le 06/07/2009 à 11h48
Y a de quoi avoir des frissons...l'histoire se finit bien mais il s'en est fallu de peu pour voir disparaître le pauvre petit chien..
Biz du Pays d'Auge
Caro
Commentaire n°15 posté par Caro le 12/07/2009 à 21h31
Quelle belle histoire et que tu racontes toujours aussi bien avec beaucoup de sensibilité et d'humanité ! Amicalement !
Commentaire n°16 posté par Jill.C le 17/07/2009 à 15h49
Quelle belle histoire et si bien racontée que j'appréhendais la fin. Mais elle finit bien.Scarpa, que je prononce avec l'accent italien, vous en est sûrement reconnaissant. Bonne soirée. pimprenelle
Commentaire n°17 posté par pimprenelle le 17/07/2009 à 22h25
Voilà longtemps que nous n'avons pas eu de tes nouvelles. J'espère que tout va bien pour toi. Amitiés.
Commentaire n°18 posté par BBK.mel le 24/08/2009 à 13h40

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