NOSTALGIE D'HIER ET D'AUJOURD'HUI!

Publié le par Alain

Quand un ''ami'' disparaît...

 

                          Mercredi.Temps magnifique, la Dordogne resplendit sous le soleil de ce mois d'Octobre.... René, Williams et moi, ainsi qu'un autre chauffeur nous chargeons à la poudrerie nationale de Bergerac!

                        Ce beau temps est une bénédiction. Remplir nos camions de tonnelets de poudre noire est à priori sans danger car, en cas de flamme, la poudre brûle sans explosion! Mais, réflexe un peu idiot, nous préférons que le chargement se fasse en plein air!

                         Au moment de partir je déclare à mes collègues: « Je passe devant! Marseille n'est pas loin! Avec vous deux je n'ai pas envie de faire le voyage ''tout debout sur les pédales''! Commence à être trop vieux pour ça! ». René rigole: « Mais oui, digne vieillard, on te laissera le temps de boire ton café... » Le lendemain à huit heures le ''convoi'' pénètre sur le quai d'Arenc.

                         Le port de Marseille est parfaitement équipé en matériel de manutention. Le problème vient de ceux qui sont chargés de les mettre en oeuvre! Certains élévateurs, certaines grues sont conduits par un personnel docker, d'autres par les ouvriers des sociétés extérieures! Il en résulte parfois des tensions qui conduisent jusqu'à des mouvements de grève!

                        C'est le pépin que nous avons à avaler à notre arrivée... D'entrepôts en hangars des hommes en bleu de travail palabrent paisiblement ou ''tapent une petite belote''.

Les camions en attente sont le dernier de leur soucis! Personne ne peut nous dire quand prendra fin cette intense ''période de surmenage!''.

                       Pas question, avec nos chargements, de quitter les quais. « C'est la poisse, dit René, je n'ai pas envie de rester ici ce week-end! » « Montpellier n'est pas loin ajoute Williams. On trouvera bien un collègue pour nous ramener! ». « Prenons l'air accablé, plaisante René, la paupière triste ça marche! Regarde les cockers! » Il simule la fuite devant son copain!. « Ho! Hé! Non! J'ai pas dit dockers.  »...

                       Un jeune chauffeur qui rentre sur Narbonne accepte de nous rapatrier. On s'entasse à cinq dans l'étroite cabine de son douze tonnes. Arrêt souper au relais routier à Vergéze à deux pas de la source Perrier.

                       La salle est presque pleine. Brouhaha de conversations ponctuées de rires, dans un coin une télévision s'efforce de se faire entendre de quelques attentifs! Repas copieux comme toujours dans ce routier.

                      Mes copains bavardent en dégustant leur dessert. Je les écoute distraitement, à la télé un journaliste débite les nouvelles du jour... « ...nous venons d'apprendre le décès de Georges Brassens... ». J'ai, d'un coup, l'impression d'être plongé dans un bain glacial! Dans la salle personne ne semble avoir entendu. Une grosse boule s'installe au creux de mon estomac.

                     J'ai envie de crier: « Vous n'avez pas compris, Georges Brassens est mort! » Je quitte la table, regard interrogateur de mes amis: « Je reviens! ». J'ai besoin d'être seul. Je sors, sur le parking j'allume une cigarette.

                     Pourquoi cette tristesse? J'ai déjà vu disparaître des artistes célèbres: Fernandel, Luis Mariano d'autres encore... Je les ai regretté mais jamais avec cette intensité! Je comprends alors qu'ils n'étaient pas de ma génération, ils appartenaient au temps de mes parents. Mais Brassens c'est mon vécu, il appartient à mon univers!

                    Sa disparition me fait franchir une frontière, celle de l'âge. Mon monde me paraissait un bloc, il vient de se fissurer, de perdre de lui-même! La nostalgie monte en moi! ''L'Avergnat'' est mort et j'ai quarante-deux ans... Je me trouve dans la position du coureur cycliste qui vient de passer la flamme indiquant les derniers kilomètres et qui se dit: « Allons, ce qui reste à faire est moins long que ce qui a été fait... »

                     Il fait frais. Je jette mon mégot qui éclate en étincelles. Le ciel est piqué d'étoiles. Une nouvelle vient de s'allumer ce soir! Je sens deux larmes rouler sur mes joues que le vent sèche!

                   Georges Brassens est parti, mon ''ami'' le poète s'en est allé guitare sous le bras vers son ''petit coin de paradis''!

                 Je rentre. Du seuil je regarde les dîneurs. Presque tous sont plus jeunes que moi. Ils rient en bavardant. L'avenir leur appartient tout comme il m'appartenait quand j'avais leur âge. Tout est bien! Tout est dans l'ordre... Je peux sourire, j'entame le début de mon éternité!

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Caro 12/07/2009 20:09

Que d'émotions mais comme tu le dis, tout est dans l'ordre...
Biz du Pays d'Auge
Caro

Chriz 15/06/2009 18:40

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Je n'avais pas beaucoup de temps pour mon dernier com... occupé et préoccupé par un blog au contenu "douteux", mais l'affaire est classée...

Quand j'étais au lycée, certains de mes potes aimaient le chanter, mais j'appréciais que moyennement...
J'ai aimé Brassens plus tard, vers la trentaine passée, en écoutant les chansons où il parle des femmes et de l'amour...
Je me retrouvais dans ses idées et ses mots...
Quand je l'écoute, pour moi, c'est un ami qui chante...
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Chriz 15/06/2009 16:09

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Très émouvant le portrait de Brassens...
Je le prends... ;-)

Mon beau-père était routier, et quand j'étais gosse parfois je montais avec lui. J'aimais bien la position en hauteur...

A plus...
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Edith 21/05/2009 20:56

Ce très beau texte me va droit au coeur. Je me souviens aussi très précisément du moment où j'ai appris la mort de Georges Brassens et de la tristesse que j'ai ressenti alors.Certains artistes ou écrivains aident à vivre et font partie de notre vie. Cette vraie tristesse, je ne l'ai éprouvée que pour Brassens et plus tard Ferré.

acharat 20/05/2009 11:00

J'ai ressenti la même chose quand Carlos est mort. Pourtant je n'ai que 29 ans, mais il représentait une grande partie de mon enfance.