L'HERITIER 3!

Publié le par Alain


Tout feu, tout flamme...



                   A dix-huit ans Jean-Michel est devenu un solide gaillard. Le gamin anxieux et vindicatif a fait place à un adolescent sportif, studieux, qui se prépare a intégrer la promotion des bacheliers de l'année 1978!

                  Passager à chaque fois qu'il l'a pu, il a acquit au fil des voyages avec René, Williams où moi une expérience précieuse! Lui a décidé au cours du premier voyage de m'appeler ''Tonton''!... Je suis fier de ce garçon comme si j'étais son père!

                Giuseppe vient de m'inviter à Milan pour ses cinquante ans! Renouer, ne fut-ce qu'un moment avec l'Italie est une grande joie! Jean-Michel ayant choisi l'italien comme deuxième langue, je décide de l'emmener, il pourra s'essayer à la langue de Dante.

                C'est une grande joie de revoir mes amis! Depuis la naissance d'Anna-Maria, Paolo a retrouvé le rire de sa jeunesse qui rappelle tant de bons souvenirs. Quand à Giuseppe, toujours fana de l'Inter de Milan, il trouve en Jean-Michel, grand amateur de foot, un auditeur attentif.

                Papa et Mamma sont présent! Grande émotion partagée! Le lendemain nous faisons un passage au ''Caffé Marcello''*. A notre entrée il se fait un silence puis soudain: « Per Giove! Vedete! E il nostro francése che ritorna vederli! » (Par Jupiter! Regardez! C'est notre français qui revient nous voir!) Je suis ému, ces braves gens ne m'ont pas oublié.

               Une dernière soirée avec mes amis! Pendant que nous bavardons des éclats de rire nous font lever la tête! Anna-Maria et Jean-Michel jouent à cache-cache...

Retour vers Montpellier le coeur léger, le temps passe, l'amitié perdure! « Tu sais Tonton, ça devait être sympa de travailler avec Paolo et Giuseppe... » Il se fait pensif: « Elle est marrante la petite Anna-Maria! »...

               Le travail reprend et les semaines succèdent aux semaines. Les Transports Colombe se sont fait une réputation de régularité de livraison. Nos clients apprécient. Octobre, mercredi, vingt-trois heures entre Strasbourg et Saint-Claude. Court trajet mais pénible. Les routes du Jura sont étroites, vallonnées, sinueuses!

              Tunnel de Saint-Marie aux Mines. « L'est pas bien large! » me fait remarquer Jean-Michel. Je n'aime pas passer par cette galerie assez mal entretenu.** Aprés Sainte-Marie la route s'étire dans une forêt de sapins. Sous la pleine lune le massif du Jura montre des paysages grandioses.

              « Tonton, tu veux un café? » Jean-Michel brandit le thermos! « Pas tout de suite! » Un virage à quatre-vingt dix degrés marque l'entrée d'un petit lieu-dit, je passe la courbe et... « Nom d'un chien! »... Sur la gauche de la route la dernière maison du hameau est en flamme!

              Camion stoppé, nous nous précipitons! L'incendie ravage l'étage du petit pavillon. Il y a là quelques badauds: des vieillards, des femmes. Et l'une d'elles crie: « Mon bébé! Sauvez mon bébé... Vite... Mon bébé! » Je questionne: « Ou? » « La chambre... au fond... » Je vais vers la porte mais Jean-Michel agit avec plus de promptitude et d'intelligence que moi! D'un seul geste il saisit le plaid qui recouvre mon siège, s'en enveloppe, pénètre dans la maison ainsi qu'un un petit chien noir.

              Je vais pour le suivre mais du toit tombe une pluie de bardeaux incandescents qui me fait reculer! Dans la maison, des bruits sourds, des craquements, j'appréhende que le plafond s'écroule! Deux minutes passent qui semblent des heures! Le petit chien, quelques poils roussis, précède Jean-Michel serrant contre lui un paquet de couvertures!

              La mère se précipite: « Mon bébé...mon bébé! » et arrache le paquet des bras de mon ''neveu''. Toutes les femmes présentes entourent la maman! Jean-Michel se débarrasse du plaid plein de brûlures: « Allez! viens tonton, on s'en va! » « Tu pourrais attendre qu'elle te remercie! » « La façon dont elle m'a arraché le bébé des bras est le meilleur des merci! »

             Un grondement, un craquement énorme, le plafond vient de s'effondrer, l'incendie redouble, la chaleur s'accroît forçant tout le monde à reculer. On discerne au loin une sirène de pompiers! Tous ont les yeux tournés vers la maison en flamme!

             Jean-Michel réitére: « On s'en va? » « Tu devrais attendre les félicitations des pompiers, tu les as bien méritées! » « Les félicitations ne se mangent pas en salade! Viens! Si c'était toi tu n'aurais pas attendu! Nous avons un client et nous livrons toujours à l'heure... »...

              ...L'incendie s'éloigne. Dans le rétroviseur je vois des gens qui nous font de grands signes... « Tonton, tu veux un café? » « Oui! » Nous dégustons le breuvage très chaud, très sucré! Bien installé coté passager Jean-Michel, tasse en main, se détend.

               Quelques heures plus tard. L'aube éclaire bien la route. Nous approchons de Saint-Claude. Jean-Michel somnole, paisible: ''Les félicitations ne se mangent pas en salade!''

               Bon! Hé bien! Nous serons à l'heure chez notre client!



* Voir ''Milano''

** Depuis le tunnel a été réhabilité de belle façon.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Caro 12/07/2009 00:03

On sent qu'il a du caractère ce petit et il n'est pas du genre à se mettre en avant pour la gloire! C'est quelqu'un qui a déjà le sens des valeurs et qui se sent complètement impliqué dans l'entreprise vu son souci de la livraison!
Biz du Pays d'Auge
Caro

Coumarine 12/05/2009 21:46

ben oui, je suis également impressionnée...

ventdamont 29/04/2009 09:32

Elle est bien belle cette histoire
amitiès

rsylvie 28/04/2009 09:19

beaujour alain
tu vois ton article date un peu,,,
(pas qu'il soit moisi ou autre inconvenient du au temps)... mais 'oups j'm'enlise !!!
bref tout cela pour dire qu'il est malgré tout d'actualité, car dans le61 on a fait un bon feu
.....
de cheminée vu la baisse de température !!!
allé douce journée à toi
bises

rsylvie 20/04/2009 10:54

je disais, il est bien ce petit,,,, mais je pense qu'il était à bonne école ! ouf,,, ouf,,, ce fut périlleux d'imprimer aujourd'hui. bises