Mardi 28 octobre 2008

Tout ne se passe pas toujours bien!


         Mes deux premiers voyages en Espagne n'avaient pas été exempts de problèmes. J'avais eu l'impression qu'une gitane malicieuse s'était amusée à mes dépends.*
        Le hasard ensuite m'avait projeté sur des routes plus septentrionales, vers l'Allemagne, la Hollande et autres pays du froid...
         Il serait faux de croire que les chaussées des routiers (fussent-ils internationaux) ne sont construites qu'avec des pavés dorés. Pour quelques rares et agréables rencontres de copains, d'amis, voire de quelques charmantes demoiselles, combien de contacts (parfois rugueux) avec des affreux de toutes catégories...
        Chargé de trente-huit tonnes de lessive en poudre à livrer à Renteria j'aventure pour la troisième fois mes roues en Ibérie. Dix heures et demi. Passage de la Bidassoa! Je me gare dans le parking de la douane et, documents en main, je pars à la recherche de mon transitaire. Ou le trouver dans la pagaille créée par les chauffeurs, les commissionnaires, les douaniers...
        Je finis par le dénicher, un grand hidalgo brun de poil, de peau et de regard. Qui m'arrache presque les papiers des mains et, comme je ne bouge pas, me demande grossièrement: « Vous attendez quoi? » « Il y en a pour longtemps? » « Ne me cassez pas les pieds! Je n'en sais rien! Ca dépend des banques et de la douane ». Et un peu aussi de la diligence du transitaire! Aimable personnage!
        A vingt heures, pas de nouvelles! J'enrage. Depuis ce matin, ce diable d'ibère n'a pas réussi à dédouaner alors que mon client est à peine à quelques kilomètres! En bavardant avec un collègue espagnol, j'allais comprendre pourquoi je subissais la mauvaise humeur du senior Lopez.
        « Il n'est pas toujours comme ça. C'est à cause de sa femme ». « Sa femme? » « Je t'explique: Lopez est né du côté de Barcelone. c'est un catalan pur sang. Son épouse est native de San Sébastian, une basque convaincue... D'ou, parfois, quelques tensions dans le couple! Surtout en période électorale... Se sont les tiers qui en font les frais... Faut pas lui en vouloir! »
        Je ne partirai que le lendemain. Sans un mot d'excuse. Il paraît qu'il y a des élections a venir au ''Pais Vasco''. (Pays Basque). Mauvaise humeur ''élective'' et sorcière espagnole étaient au rendez-vous!
        Au port du Havre diverses marchandises s'entassent dans ma semi, direction Wiesbaden.
        La ''Goldene Bremm'', frontière franco-allemande!** Les douaniers y sont tous plutôt aimables. Tous? Non pas! Hans Stein fait figure d'épouvantail. Les allemands l'ont surnommé ''Le Kaiser'' et les français ''Père la Rogne'' (Il s'agit là des deux surnoms les plus anodins)
        Grand, la panse du buveur de bière, la nuque rasée, cheveux en brosse courte et yeux bleus, il a le visage d'un Torquémada teuton ignorant le sourire. Il est suffisement gradé pour que son action retarde où accélère le temps de transit des camions!
        J'ai eu à faire à lui et, comme beaucoup, je n'en garde pas un bon souvenir! Interminables vérifications de documents, attentes injustifiées, fouilles sans objets... etc, etc!
        Comble d'hypocrisie il parle le français avec un épais accent germanique, tout en prenant bien soin de faire croire qu'il l'ignore. C'est, comme on le voit, un homme tout à fait charmant et de bonne compagnie, à éviter le plus possible!
        La petite ville de Sarrebruck mérite une visite. Ruelles de la vieille ville et place St. Johann sont touristiquement à voir. Si je le peux je vais y faire quelques achats les prix étant attractifs.
        Il est quinze heures! Je suis en train de flâner quand, devant moi, j'aperçois la silhouette du ''Kaiser''. Quel démon, ce jour-là, m'incita à le suivre? Marchant d'un pas raide et militaire, il bouscule des passants sans un mot d'excuse.
        Arrivé à la périphérie de la ville, il entre dans un grand parc arboré. Au dessus des imposantes grilles d'entrée ouvertes un bandeau indique: ''Genesungsheim fur kranke kinder'' (Maison de repos pour enfants malades)
        La curiosité me pousse. Une légère hésitation. J'entre à mon tour, fais quelques pas et, au détour d'un massif de fleurs, je découvre un grand bac à sable, des gosses qui jouent en poussant des cris, le ''Kaiser'' assis au milieu d'eux! Il me faut quelques secondes avant de réaliser que tous ces enfants sont trisomiques!
        Le ''Kaiser'' lève les yeux, son visage ne marque aucun sentiments, aucune surprise: « Buisque tu es là, fiens aider! ». Pendant deux heures, jusqu'à ce qu'une infirmière vienne chercher les enfants pour le goûter, nous allons jouer et les amuser! Je remarque que, quand elle caresse leurs cheveux, la main teutone se fait douce!
        Nous sortons du parc. Le regard froid se pose sur moi: « Zi chamais tu ragondes za à quelqu'un, tu meddras beaucoup de temps afant de basser la frondière... Verstanden? » (Compris?) Il se détourne et s'éloigne sans autres commentaires!
       Non! Les routes des transporteurs ne sont pas toutes construites en pavés dorés...


*Voir ''Ballade Espagnole''

**Voir ''Gut Morgen''

>
Par Alain
Ecrire un commentaire - Voir les 18 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Commentaires

Pourquoi les gros durs ont-ils toujours peur de montrer qu'ils sont des êtres humains sensibles ?
Commentaire n°1 posté par BBK.mel le 28/10/2008 à 19h47
Mais Alain, tu inventes non ? Tu as vécu tout cela ? C'est beau, c'est grand, c'est....Ouais bon, j'arrête. Amitié
Commentaire n°2 posté par louis le 28/10/2008 à 20h56
un gentil Kaiser en somme !
Commentaire n°3 posté par kty le 28/10/2008 à 22h20
Ch'aime pien gomment du égris aveg l'agcent allemand lol
Commentaire n°4 posté par Francis le 28/10/2008 à 23h39
Tu parles un allemand impeccable, bravo ! :o))
Commentaire n°5 posté par Loïs de Murphy le 29/10/2008 à 09h09
C'est touchant, j'ai beaucoup aimé.
Commentaire n°6 posté par Profette le 29/10/2008 à 22h00
Salut Alain. Merci de m'avoir pris en stop, le bruit du camion me manquait. A quand en librairie, le récit de tes voyages ? Une question : Est-ce que tu sifflais La Marseillaise pour ne pas t'endormir ? Salut ami...
Commentaire n°7 posté par Crabillou le 30/10/2008 à 06h36
Je signe ma visite et te souhaite une excellente journée Alain. Deborah
Commentaire n°8 posté par Deborah le 30/10/2008 à 09h45
Comme disait mon père quand il était encore chauffeur routier international (maintenant en retraite) : "les douaniers ont reçu un vaccin pour devenir con, en particulier pour passer la frontière berlinoise !". Mais en fait, il a eu pas mal de copain douanier qui le faisait rapidement, très rapidement ; du vin, de la bière, des cigarettes et tout va pour le mieux.
Commentaire n°9 posté par acharat le 30/10/2008 à 10h10
BBK: La crainte de se montrer faible? Louis: Pas d'invention, la vie ordinaire d'un homme ordinaire! Kty: Valait mieux pas trop si frotter quand même! Francis, Loïs: N'est-ze bas? Ch'est pien abbris les lezons! Crabillou: Pas de quoi! La cabine est grande. Avant la librairie il faudrait un éditeur et c'est une denrée rare! Serais-tu passé par mes "farfeluseries"? Acharat: C'est fou comme je passais rapidement les douanes belges quand je livrais les fraises du Périgord!
Commentaire n°10 posté par Papa de Lili le 30/10/2008 à 14h41
Chacun avait ses raisons... Pour l'un, une femme, pour l'autre...un enfant ! Des hommes, en quelque sorte... Amitié
Commentaire n°11 posté par Maky le 31/10/2008 à 01h31
Tes récits me manquaient... Amitiés
Commentaire n°12 posté par Anne-France le 01/11/2008 à 19h19
Il semble qu'il n'avait pas un mauvais fond tout compte fait, non?:o)
Commentaire n°13 posté par Minipoucine le 01/11/2008 à 22h00
Tu ne peux pas t'en empêcher hein, laisser croire que ce type était si mauvais c'était juste pas possible! Romantique va (mais on aime ça ;0))
Commentaire n°14 posté par planeth le 02/11/2008 à 20h07
J'espère qu'il n'a pas internet ton Kaiser ! parce que sinon t'es pas prêt de la passer cette frontière la prochaine fois ! Amitiés :-)
Commentaire n°15 posté par jill.C le 07/11/2008 à 07h38
pst,,,,,, dans l'61 tu es taggé !
Commentaire n°16 posté par rsylvie le 07/11/2008 à 18h09
beausoir alain et bien,,,, quand le loup de la bergerie est doux et tendre comme un agneau. une belle rencontre. douce nuitée à toi
Commentaire n°17 posté par rsylvie le 08/11/2008 à 22h55
Effectivement, les rencontres ne sont pas toujours toutes merveilleuses...surtout quand on doit subir les humeurs de certains!
Biz du Pays d'Auge
Caro
Commentaire n°18 posté par Caro le 28/06/2009 à 22h47

Présentation

Recherche

Derniers Commentaires

 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés