LA COCCINELLE... A MILAN!

Publié le par Alain

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Le Bibelot!


            Service militaire exécuté et porte-feuille quasi vide, je trouvais un boulot de manutentionnaire. Pas reluisant mais utile. Le premier jour me trouva muni d'un bleu de travail et d'une carte de pointage!
         



Journée de travail finie, le contre-maître, petit bonhomme chafouin à béret, moustache façon Adolf et blouse grise demanda des volontaires pour finir une commande.Je restais. Une heure de plus...
           Matin suivant: « Vous avez quatre minutes de retard... C'est intolérable, les tire-au-flanc on n'aime pas ici! Vous... » Je ne laisse pas le petit clown terminer. Colère... en un instant je jette le bleu de travail à ses pieds... « Je me tire! Vous fait cadeau de la journée d'hier... » Fauché mais fier! Encore que: en slip et t-shirt au milieu de l'atelier de mécanique...
          Je vais pour partir quand: « Attends-moi!... » La voix vient du fond de l'atelier. Arrive un grand gaillard de presque deux mètres, air placide, visage sympathique, des yeux marrons pétillants de malices, le tout surmonté d'une abondante chevelure châtain qui boucle sur ses épaules!
         Son bleu va rejoindre le mien. Se tournant vers moi: « J'aime pas non plus me faire engueuler pour rien! » A demi nus mais dignes, nous nous dirigeons vers le vestiaire. C'est ainsi que je fis connaissance avec Jean-Claude...
         Commune sortie théâtrale, commune recherche de boulot! Galère... puis embauche chez ''le Vieux'', tandis que Jean-Claude se retrouvait chauffeur-livreur sur les départements du Sud-Est.
          L'imprévu guette partout le long des routes. Après le col d'Izoard, la descente vers Briançon est dangereuse: chaussée en mauvais état, lacets nombreux et serrés, la prudence est de mise.
          Prudence qu'un usager oublie un instant en dépassant, trop vite, le camion. Entrée du virage, coup de frein violent, la voiture, une Aronde Simca, glisse, échappe au contrôle de son conducteur, dérape et s'immobilise au bord du ravin, deux roues dans le vide, deux roues sur le bas-coté... Équilibre précaire que le moindre mouvement des passagers menace de rompre!
          D'un regard Jean-Claude a jaugé la situation. A la volée il quitte sa cabine, se précipite et, à l'instant ou la Simca va basculer, empoigne le pare-choc! Son corps faisant contrepoids stoppe le mouvement. La voiture tire sur ses bras, l'acier entame ses paumes!
          Tétanisés par la peur, les passagers n'osent bouger, Jean-Claude fatigue... Heureusement d'autre voitures arrivent. En veston, en manche de chemise, en ''marcel'', les conducteurs viennent prêter main forte. Tous s'accrochent! Un élan concerté, l'Aronde recule et quitte sa périlleuse position! Les rescapés s'empressent de remercier leurs sauveteurs, principalement le premier d'entre eux!
          De cette journée là, Jean-Claude a gardé un souvenir vivace et une cicatrice dans la paume de sa main droite qui lui fit dire: « Dorénavant je prendrai des gants pour sauver quelqu'un! »
          Notre commune galère de recherche d'emploi avait créée un solide lien de camaraderie qui subsista en dépit de l'éloignement. Lassé des fatiguantes livraisons régionales, il opta pour les longues distances. Au fil des années nos routes se croisèrent plusieurs fois, rencontres impromptues mais toujours chaleureuses.
          Vendredi après-midi, barrière de péage de Milan. En compagnie de Paolo je rentre à Monza quand j'aperçois Jean-Claude dans un camion voisin! Imprévue et joyeuse rencontre!
           Mes deux copains ne tardent pas à sympathiser! Jean-Claude avoue: « Je suis content de te rencontrer! Je fais la douane à Concorezzo, tu pourrais m'indiquer le chemin? » Paolo éclate de rire: « Bien trop compliqué! On va t'accompagner... »
           Le convoi se forme... Un feux tricolore, Paolo passe mais Jean-Claude doit s'arrêter. Je suis à environ six voitures en retrait. Nous devons tourner à droite. Pour pouvoir tourner sans monter sur le trottoir, (les semis coupent beaucoup dans les virages!) il s'écarte un peu sur la gauche.
           Dans cet étroit intervalle se glisse imprudemment une ''Coccinelle'' Wolkswagen. Placée à cet endroit Jean-Claude ne peut la voir. Au feu vert il avance, la coccinelle tarde à démarrer... Le premier essieu monte sur le capot qui ne résiste pas, la Wolkswagen s'aplatit comme un brave toutou qui espère un os!
           C'est par la portière gauche qu'une jeune et brune italienne, très en colère, se précipite vers un Jean-Claude atterré. Face à lui, dressée sur la pointe des pieds, bras tendu, elle agite un index menaçant en criant: « Espèce de... Espèce de... » On sent qu'elle cherche un mot définitif: « Espèce de... de bibelot! »
            Puis ses nerfs lâchent. Elle retombe sur ses talons et, sanglotante, s'écroule sur la poitrine de son écraseur! Lequel, très gêné, ne sais que dire: « Allons... Allons! » en caressant d'une main qui se veut apaisante, les longs cheveux noirs. Les badauds italiens qui sont des sentimentaux se mettent à applaudir.
           Paolo et moi avons assisté à la scène. Je lui fais remarquer: « Bibelot pour Jean-Claude? Cette jeune fille aurait besoin de quelques leçons de français... » Paolo a un grand sourire: « Ho l'impressione che Jean-Claude è parfettamente capace di darglieli! » (J'ai l'impression que Jean-Claude est tout à fait capable de les lui donner!) Dois-je dire qu'il avait raison?

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Deborah 20/08/2008 09:32

BOnjour Alain,
Ton boycott des JO est tout à fait honorable dans la mesure où tu affirmes tes convictions.
D'un autre côté, les sportifs ne sont pas responsables du régime chinois fort contestable.... C'est pourquoi, j'ai choisi de suivre autant que possible les exploits des athlètes.
Bises
Deborah

senioretjournal 20/08/2008 09:01

Bonjour Alain,

Ben oui quoi un gros bibelot mais précieux!! Belle rencontre!
il faudrait dire et redire aux automobilistes et 2 roues, de ne jamais se placer dans l'angle mort d'un camion.
Si seulement nous comprenions tous que la route se partage, la vie routière serait pljus simple!

Profette 19/08/2008 16:50

"A demi nus mais dignes"
J'ai adoré cette phrase !! :0036:
Et adoré imaginer la scène, aussi. ;-)

Et chapeau pour le suspense du titre, aussi, j'imaginais tout sauf ça ! ;-)

Francis 17/08/2008 19:16

Encore une chouette histoire. Je ne sais pas si les voitures d'aujourd'hui, on pourrait les chopper par le pare-chocs. Il n'y a plus aucune prise tellement elles sont aérodynamiques :-)

Crabillou 17/08/2008 06:28

Sympa la vie des routiers sympas !
Quitter le bleu en plein milieu de l'atelier....J'ai fait la même chose quand j'étais enfant de choeur, moi non plus je n'ai pas supporté une injustice !
Et Jean-Claude, il a fait un constat à l'amiable avec la belle brune ?
Salut et à bientôt....