Vendredi 11 janvier 2008
milan-looking-down-from.jpg

Une page qui se tourne..

 

Il était stoppé en pleine nature entre St.Maximin et Tourves. On ne laisse pas un copain, fut-il italien, sur le coté, surtout un vendredi! Il avait un petit ennui stupide sur sa semi, le genre de panne idiote que tu cherches trois jours avant de trouver et qui se répare en cinq minutes quand tu la connais.
Par chance (pour lui!) j'avais subi ce pépin deux où trois mois auparavant. Donc réparation rapide!
Il rentrait chez lui à Milan, moi je me hâtai
dauphine-2006-27-c.JPGlentement pour aller livrer le lundi à Rimini. Nous fîmes donc un bout de chemin ensemble. Nous prîmes notre dîner dans un Pavési prés de Génova
Paolo maîtrisant mal le français et moi mal l'italien le repas aurait pu être silencieux. Ce fut tout le contraire. Le sabir franco-italien que nous utilisâmes nous fit beaucoup rire. Les camions nous avaient rapprochés, le football,(calcio), en la personne de Sandro Mazzola, un joueur de l'Inter de Milan que nous admirions tous les deux fit presque de nous des frères! Une amitié venait de naître.
Après le « caffé », cérémonie italienne obligatoire, vint la séparation: Paolo vers la « Tengentiale » et Milano et moi vers Modena et Rimini.
Je le retrouvai au coin d'un orage à l'entrée d'un relais routier à Chateauroux. Cachée sous son blouson, sa tête heurta la mienne à l'abri sous ma veste: « mio amico!... », « mon collègue! »accolade, tapes dans le dos, rituel d'une rencontre véritablement amicale à l'italienne!
Devant un copieux petit déjeuner, on parle de tout, du foot, de la route, etc... en torturant nos vocabulaires respectifs (ce qui déclenche des crises de fous-rires incompréhensibles pour nos voisins.) et on parle surtout avec les mains. Mon ami m'apprend qu'il est le seul chauffeur de son père et patron!
Orage et déjeuner finis le travail reprend ses droits, une solide poignée de main, puis au moment de nous séparer Paolo me dit: « Perché non verrai a lavorare con me? ». (Pourquoi ne viendrais-tu pas travailler avec moi?). Il est déjà dans son camion avant que je puisse répondre. Par la portière il me lance: « pensi! ». (penses-y!). Il est parti.
Dans les mois qui suivirent, par le jeu des livraisons dans les mêmes pays, des attentes en douanes ou des arrêts dans certains relais, je rencontrais plusieurs fois Paolo, toujours avec le même plaisir partagé. Et à chaque fois la même proposition: « vienni a lavorare con me! ».
J'avais beau lui expliquer que l'on ne s'exilait pas comme ça, sur un coup de tête, dans un pays, certes agréable, mais dont on ne maîtrisait ni la langue ni les coutumes et que le Vieux était un bon patron....
Depuis quatre mois rien ne va plus! Le Vieux est malade et son gendre le remplace. Seulement « Monsieur Gendre » n'a pas la carrure du Vieux. Tout marche mal. Il ignore délibèrement les conseils de Papé Blanchot. Chargements stupides (ferrailles en vrac en bâché ou denrées périssables en plateau! au chauffeur de se dem.... pour éviter les dégâts.), kilomètres à vide inutiles et surtout retours à la maison devenus aléatoires, ce que certains copains ayant famille apprécient peu!
Ce samedi au bureau l'atmosphère est tendue. Je viens d'apprendre que Papé Blanchot a donné sa démission et que Martini, qui n'était pas rentré depuis quinze jours, avait été absent pour la naissance de son premier petit-fils.
Quand à moi voilà trois week-end que je n'étais pas revenu à la boite! Tout mon linge est sale, ma cabine en piteux état, je ne vaux pas mieux! Je remets mes documents à Mademoiselle Pingeon quand Monsieur Gendre m'interpelle: « Vous! Vous irez livrer cet après-midi à Marseille! » La réponse est nette: « Non, le bahut n'est pas en état et moi non plus! » « C'est moi qui vous paye, vous ferez ce que je vous dit! »
Sur le pas de la porte Martini s'arrête, stupéfait. Jamais le Vieux n'aurait parlé ainsi à un chauffeur. Je ne réagis pas. Plus je suis en colère, plus je reste calme. Je n'explose que pour des bêtises.... Je sors, traverse la rue,entre au petit café de Gégé.
Téléphone en Italie: « Pronto, vorrei parlare con Paolo! Ciao mio amico! Lei sempre mancanza che io lavorero con lei? » (.... tu veux toujours que j'aille travailler avec toi?) « Certamente! arrivi del che lei vuole. » (Arrive quand tu veux.).
Au retour Martini m'arrête: « Tu nous quittes? » « Oui, et tu devrais en faire autant! » Il me sourit: « J'ai débuté avec le Vieux après la guerre! On a bouffé pas mal de vache enragée tous les deux... » J'ai compris. Tant que le Vieux sera vivant Martini restera: c'est son honneur à lui!
Ignorant Monsieur Gendre furieux, je règle mon départ avec Melle Pingeon. Je fais un tour dans la cour. Au revoir aux amis avec une grosse boule dans la gorge! Henri et Double-mètre ont décidés de rejoindre la Flèche Cavaillonnaise. Nous nous reverrons au hasard de la route! Un dernier regard à mon camion!... Adieu mon collègue!
En une semaine tout est en ordre! Le jeudi j'entasse mes affaires dans ma vieille ''Dauphine''... Cavaillon s'éloigne... Italie me voici!

 

par Alain
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Commentaires

Une grande famille le transport routier...
La Flèche ! je connais bien,je vendais du matos et connaissais bien le directeur technique.
Peut-être ai-je connu ta boite ?
Amitiés
commentaire n° : 1 posté par : Maky (site web) le: 12/01/2008 01:28:56
Salutations Alain.
Tout plaquer de temps en temps est quelque chose qui permet de relativiser. Faire le vide pour recommencer..... hum ! Voilà quelque chose qui me plait.
Bon, devant l'inquiétude des lecteurs, et surtout suite à ton billet précédent, j'ai tout de même réouvert mon blog pour que vous puissiez avoir accès aux billets. Il fallait également que je récupère certaines adresses et données.
Affaire à suivre donc.
commentaire n° : 2 posté par : Le Parcheminé (site web) le: 12/01/2008 09:56:01
Alain vivement la suite de ce texte (t'ai envoyé un e-mail via le formulaire de contact de ce blog)
Parcheu en cliquant sur ton lien pour accéder à ton blog je tombe sur une erreur H400 truc bidule ?
commentaire n° : 3 posté par : Loïs de Murphy (site web) le: 12/01/2008 10:54:54
Maky: Nous étions à l'opposé de La Flèche c'est à dire pas très loin du MIN
Parcheu, Loïs: Je ne sais pas pourquoi mais je ne reçois pas vos mails alors que je suis envahi par des pubs.
commentaire n° : 4 posté par : papa de Lili (site web) le: 12/01/2008 13:31:38
Moi aussi j'attends la suite. Une saga Italienne ? Hum!!!
Encoe bavo
commentaire n° : 5 posté par : louis le: 12/01/2008 13:33:05
Vi, c'est une erreur d'adressage !
C'est corrigé....
commentaire n° : 6 posté par : Le Parcheminé (site web) le: 12/01/2008 16:06:43
Regarde dans ton filtre anti-spams pour voir s'il n'est pas perdu dedans ? sinon donne-moi ton e-mail chez loisdemurphy[at]hotmail.fr si tu veux.
En fait je faisais un commentaire avec une remarque désobligeante (ouais je sais je vais pourrir en enfer avec du goudron et des plumes). Je disais ceci :

"Salut Alain, J'adore ton texte, j'ai hâte que tu lui donnes une suite. Sais-tu qu'avec tes phrases bilingues je suis à deux doigts de m'acheter un bouquin pour apprendre l'italien ? (vieux rêve) Juste un bémol qui n'engage que mon avis subjectif, cet extrait de ta nouvelle : "Paolo avait un petit pépin stupide sur sa semi, le genre de truc idiot que tu cherches trois jours avant de trouver et qui se répare en cinq minutes quand tu le connais. Par chance,(pour Paolo!), ayant subi ce sale truc deux ou trois mois auparavant le dépannage fut vite fait!"

Il y a la répétition du mot truc qui n'est déjà pas un mot très riche, et de "Paolo" à "sur sa semi", on a des "p" et des "s" plein la bouche, même en lisant dans sa tête :o)
Me frappe pas tout de suite je suis une peste, mais j'ai relu ton texte deux fois et ce passage n'est pas mon préféré, donc je te le dis quand même :o))
Bon week-end,
Loïs"
commentaire n° : 7 posté par : Loïs de Murphy (site web) le: 12/01/2008 16:46:18
Tout à fait exact, je plaide coupable, mais je ne fait que suivre les exemples célèbres:
Eugène Sue: "Il vit le lit vide et le devint..."
Victor Hugo: " Il sortit de son lit comme un vieillard en sort..."
et autres joyeusetés dues à la non-relecture par un scripteur légèrement négligent!
commentaire n° : 8 posté par : papa de Lili (site web) le: 12/01/2008 18:00:31
Alain ta culture m'épuise :o)
Troisième lecture de ton texte et je goûte la nouvelle crème du cru du viellard maniaque.
commentaire n° : 9 posté par : Loïs de Murphy (site web) le: 12/01/2008 23:06:59
Ciao bello !! Mi piace molto la tua storia... Quando potremo leggere la seguita per favore... Pronto lo spéro ;-)
Et oui, c'est bien moi... je suis une Cigale bilingue en plus d'être de Provence lol et j'adore parler Italien...
La suite.... la suite.... la suite....
Bon dimanche !
commentaire n° : 10 posté par : Cath la Cigale (site web) le: 12/01/2008 23:51:21
Je suis tombé tout à l'heure par hasard sur ton blog. Je vois que les Messieurs "Gendre" sont une espéce trés répandue, aussi bien au Sud qu'au Nord de la France. Bonne chance et bonne route dans ton nouveau boulot.
commentaire n° : 11 posté par : Mandrin45 (site web) le: 13/01/2008 00:29:44
Cath: Ciao la mia cicala di Provence, la continuazione viene, ma mitemento, mi sento un piccolo accidioso al momento...
commentaire n° : 12 posté par : papa de Lili (site web) le: 13/01/2008 17:37:28
Quelle belle vie de routier, riche de rencontres et d'amitiés, même si je me doute que tout n'a pas toujours être dû être aussi facile !
commentaire n° : 13 posté par : Caroline (site web) le: 13/01/2008 19:27:26
Ces changements de job non calculés, non prémédités, fondés sur l’instant, ou sur une connivence m’ont toujours fait rêver. Au delà d’une autre époque, ils s’apparentent presque à un autre monde
commentaire n° : 14 posté par : ralbol le: 14/01/2008 14:56:24
Pfiou, que de culture dans ces commentaires ! Moi qui ne maitrise pas l'italien et qui suis loin d'avoir la culture de Alain et Loïs, je me sens un peu ridicule, là ! En tout cas, super histoire !
commentaire n° : 15 posté par : BBK.mel (site web) le: 14/01/2008 17:08:36
C'est terrible ce genre de récit, on arrive à la fin et on se dit mais où est la page suivante, et pis, vala, on est là, tenus en haleine, grrrr !
Beau récit ;-)
commentaire n° : 16 posté par : Fanette (site web) le: 14/01/2008 17:44:34
Tu as quitté Cavaillon et ses melons pour Aoste et son jambon ? Belle "entrée" en matière pour le prochain chapitre. Ciao et buona fortuna !
commentaire n° : 17 posté par : Francis (site web) le: 15/01/2008 15:10:16
Premier passage pour ma part chez toi. J'ai commencé à lire ton histoire et quand est arrivée la fin, je me suis demandé où se trouvait la suite. Alors j'ai cherché et je l'ai pas trouvée!Va donc falloir que je revienne pour connaître la suite!C'est futé c'est futé!;o)
Bravo pour ce récit captivant et émouvant!:o)
commentaire n° : 18 posté par : Minipoucine (site web) le: 17/01/2008 22:43:04
C'est chouette, ces rencontres et ces retrouvailles !!! :-)))
Je l'aime déjà, le Paolo, mais le Gendre, pfff, quel nul !!
commentaire n° : 19 posté par : Profette (site web) le: 20/01/2008 07:44:47
Et alors ami routier on roupille ? J'espère que tu vas bien (déjà que Rohic n'écrit plus!!!)et j'attends la suite.
commentaire n° : 20 posté par : louis (site web) le: 24/01/2008 23:33:12
Vi moi aussi j'aimerais bien connaître la suite! Comment on fait pour partir comme ça sur un coup de fil! Ou alors tu étais suffisamment jeune pour être suffisamment inconscient? ;0)
Je dis ça parce que pour ma part, ces départs intempestifs pour ailleurs, ça s'est un peu calmé vers 27-28 ans, mais je reconnais que j'adorais ça.

La suiiiite!!
commentaire n° : 21 posté par : planeth (site web) le: 26/01/2008 14:45:55
Tes histoires me font toujours une émotion spéciale, tu sais, j'ai plaisir à te lire même si les choses n'ont pas dû être faciles pour toi.
Amitiés, Naturella
commentaire n° : 22 posté par : Naturella (site web) le: 26/01/2008 22:52:35
Et... on pourrait avoir la suite, siouplait, M'sieur ?
commentaire n° : 23 posté par : Profette (site web) le: 29/01/2008 06:38:40
Dis donc le routard sympa ? Quoi que tu fiches ?
commentaire n° : 24 posté par : Loïs de Murphy (site web) le: 29/01/2008 15:00:52

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