DI NAPOLI FINO ALLA CASA

Publié le par Alain

camion voleBoeuf et cambrioleurs!
       

       Jeudi. Nous entamons le troisième jour de grève. Les allemands, qui ont un correspondant à Naples, sont partis en laissant leurs remorques.

         Je suis allé trouver les grévistes pour avoir un tuyau, je n'ai pas obtenu de franche réponse: « Il sciopero è come una farfalla, si porsi qui e si fermi qua! Perche non oggi! » ( La grève est comme un papillon, elle se pose ici et s'arrête là! Pourquoi pas aujourd'hui!)

            Les ouvriers avec qui nous avions sympathisé nous ont indiqué un petit restaurant devant lequel il est possible de garer un tracteur. Le patron, un homme grand et sec au visage sévère, vêtu de noir, est un ancien légionnaire nommé Gianni qui parle bien français et qui a plaisir à nous recevoir.

            Nous nous inquiétons un peu pour Jésus et Ruis le portugais. Le change ne les avantage pas, si la grève dure trop ils vont avoir des soucis. Hier soir, sous le prétexte de l'anniversaire d'Henri, nous les avons invités à dîner.

            A midi Double-mètre avait pris sa première leçon d'italien. Gianni était venu à notre table quand un pauvre bougre de serveur laissa tomber une pizza, déclenchant l'ire de son patron: « Porca miseria! Asino, imbecille, stupido idiota! » un silence puis l'insulte suprême: « Bue! »

             « J'ai, dit Double-mètre, tout pigé sauf ''Bue''. C'est quoi? » Gianni a déjà oublié sa colère. « Ca veut dire boeuf » « Boeuf? C'est pas une insulte ça! » « En italien si! Mais l'explication n'est amusante que dans notre langue! » « Dites toujours, on va voir si je comprends. » « Bene! écoutez: bue perche lui é lento e pesante, sua moglie é vacca, é cornuto e senza... ballottes! ». ( Boeuf parce qu'il est lent et pesant, sa femme est vache, il porte des cornes et il n'a plus de...bijoux de famille!)

             Double-mètre a compris. Il éclate de rire et nous dit: « Celle-là je la ressortirais! » On peut lui faire confiance.

             La matinée se passe sans changements. La grève est tranquille et les ouvriers jouent aux cartes. A l'heure du déjeuner nous allons chez Gianni.

            Averti de certaines ''coutumes napolitaines'' Henri s'était inquiété d'éventuelles visites indésirables à son tracteur. L'ex-légionnaire l'avait rassuré: « Vous êtes chez moi. Ici on respecte mes invités!»

             Nous prenons le café quand Henri s'aperçoit qu'il n'a plus de cigarettes. Un saut à sa réserve au tracteur.... Il revient presque aussitôt! « Tout volé, ils m'ont tout volé, ma cabine est vide...» Gianni intervient: « On a pillé ton camion?» « Oui, tout a disparu, même la radio! Même mon duvet, heureusement que j'avais pris mon portefeuille! Il faut que j'aille à la police... ».

              Gianni l'interrompt, il est pâle de colère, une colère qui n'a rien a voir avec celle qu'il a eu contre son serveur: «Pas de police chez moi! Attends! Moi, j'ai a faire. Je vais revenir! Va t'asseoir, prends un café où ce que tu veux...». Subjugué par le ton presque brutal Henri s'exécute.

             Deux heures s'écoulent. Henri déprime. Gianni revient, il pause sa main sur l'épaule de notre copain: «Je suis désolé de ce qui vient de se passer, c'est une déplorable erreur! Va voir ton camion.» Henri se précipite, nous le suivons. Il ouvre sa portière, monte à bord puis redescend: « C'est pas croyable! Tout est en place même la radio...»

           « Non, il va te manquer dix paquets de cigarettes... Ils étaient déjà distribués, les Gauloises sont chères à Naples! Tu fumeras des Nazionali!» « Comment avez-vous réussi? ». « Assez facilement!». Il sourit et déclare en italien: « Non permetto che si rubi i miei amici!». (Je ne permets pas qu'on vole mes amis!)

           A voir comment il a réagit je pense que je n'aimerai pas être dans la peau des "svaligiatori". (cambrioleurs)

          Rassérénés nous regagnons l'usine après avoir bien remercié l'ex-légionnaire. Le parking est vide, le gardien nous fait de grands gestes, la grève est finie!

        Jésus et Ruis sont déjà au déchargement. Nous nous empressons de faire de même! Ils ont finis avant nous. Au revoir, ce sont des copains que nous reverrons avec plaisir, un jour, quelque part en Europe.

          Le lendemain nous sommes dans la banlieue de Rome pour charger nos bahuts de papier toilette et de couches-culottes pour notre dépôt de Sogaris à coté d'Orly!

En route pour la maison: Genova, Vintimiglia, Nice etc...Nous retrouvons la pluie. Un peu avant Le Muy je décide de faire une pause et mes deux compères suivent.

        Installés au comptoir nous commandons des cafés. « Très chauds» réclame Double-mètre. En le servant le garçon renverse le breuvage brûlant sur sa main. Double-mètre s'énerve et crie: « Espéce de...» un silence puis dédaigneusement il laisse tomber: « Boeuf!».

 

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Caro 27/06/2009 15:06

Incroyable! J'ai fait 2 années d'italien en 1900trèsvieux et j'ai réussi à comprendre avant de lire la traduction. Comme quoi, rien n'est perdu!
Biz du Pays d'Auge
Caro

Louis 09/12/2007 21:46

Je viens de lire une troisième histoire, et vraiment vous savez raconter. C'est superbe. Dans les années 70, je travaillais sur les wagons postaux et j'ai connu les halles la nuit. Le pied de cochon (trop cher, chez Marinette...Souvenirs

Ralbol! 12/11/2007 18:52

c'est bien joli ces récits... dit m'sieur l'papa, tu pourrais pas les faire plus souvent... plus souvent...

Naturella 12/11/2007 18:45

Incroyable, cette histoire de vol de camion... Heureusement que tout est revenu comme par ...miracle ^-^
Et voilà que j'ai aussi appris des insultes en Italien !! bien fait de venir te voir moi !
Merci pour le visite chez moi, je te fais de grosses bises
Naturella

Francis 04/11/2007 10:42

En parlant de routier je ne peux m'empêcher de penser au sketche de Jean Yann, qui se fait lire du Peguy pour ne pas s'endormir lol