FLAMAND ET DANOIS

Publié le par Alain

dogue-thelia2004.jpgUn chien "Alle Klein"
 
              Je marchais vite en lisant des paperasses diverses et tournant le coin d'un bâtiments de la douane d'Aachen, (prononcez Aaren où Aix-la-Chapelle au choix!), je percutais un bloc de granit.

               Rude choc! Le souffle coupé je fis deux pas en arrière, perdis l'équilibre et prit un contact brutal avec le bitume! A moitié sonné je vis se pencher vers moi une foisonnante barbe rousse, un grand sourire au dents blanches, des yeux bleus candides et tandis qu'une main grosse comme une patte d'ours m'empoignait par le bras pour me relever, une voix paisible disait: « Verontschuldiugt, Mijheer, ik zich niet had gezien! ». (Excusez-moi, Monsieur, je ne vous avais pas vu!). Encore secoué je répondis au colosse qui me faisait face: « C'est moi qui ne regardais pas ou j'allais! ». « Voî! vous français! je flamand et moi je parler français aussi! Je être Jeff van Rikj! »

             Nous attendions l'autorisation de poursuivre nos routes quand deux douaniers allemands vinrent nous demander notre aide. Ils désiraient utiliser nos remorques, qui n'étaient pas plombées, pour entraîner leurs chiens détecteurs de drogue. A certaines personnes on ne saurai refuser un service surtout pour la bonne cause!
            Les leurres mis en place, les maîtres-chiens lancèrent leurs toutous à l'assaut de nos camions! Des bergers allemands splendides qui n'ayant pas été dressés pour l'attaque se montrèrent amicaux. Ils acceptèrent sereinement mes caresses, mais firent mille démonstrations de joie à celles du paisible flamand.
           Exercice fini et réussi, les douaniers nous remercièrent, (ça fait bizarre d'être remercié par un douanier...!) et s'éloignèrent avec leurs toutous. Jeff me dit: « Chiens gentils! Moi aimer chiens! »
           Hendaye, cinq mois plus tard, je retrouve Jeff. Nous chargeons diverses denrées d'origines espagnoles. J'ai plaisir de bavarder avec ce sympathique et calme flamand. Remorques chargées nous décidons de faire un bout de route ensemble! Direction Bordeaux par la R.N.10. Au niveau de Labouheyre j'éprouve le besoin de faire un arrêt, je guide le camion sur l'aire de repos suivi par Jeff. A l'instant ou nous allons stopper, une 2CV, garée en lisière de la forêt, démarre laissant voir un pauvre chien qui, lié à un arbre, se débat et dont, malgré le bruit des moteurs, nous entendons les hurlements. Jeff réagit avec une promptitude incroyable pour lui! Il me crie: « Toi! chien! Attendre! Je revenir... », et il fait rugir les 340 CV de son Volvo.
           C'est un chiot qui est attaché. En me voyant il cesse de crier, se recroqueville autant que ses liens le lui permettent et se met à trembler. Il est maigre, son pelage souillé de terre et de boue et une fois libéré vacille et tombe. Je le prend dans mes bras pour le porter au camion, et fichu le t-shirt jaune à fleurs phosphorescentes, (c'est l'époque du peace and love, mon frère!
).

                Je le dépose du coté passager (Aïe, aïe, mon beau tapis ciré!) et dans mon sac de linge attrape deux serviettes de toilettes. Une sur le siège ou j'installe le chien, l'autre au sol. Je lui tend un récipient plein d'eau qu'il lape avec avidité, répandant du liquide et de la bave tout autour de lui! Je lui parle et à force de caresses je le calme. Dans ma glacière portative il n'y a qu'un saucisson! La première rondelle est avalée plus que mâchée et de rondelles en rondelles le saucisson disparaît. Repu, rassuré le chiot s'endort. Il a à peine trois mois et des pattasses énormes, ça promet d'être un gros toutou!
            Jeff revient. J'interroge: « Alors? » « Moi rattraper voiture, dire chauffeur pas correct ce qu'il a fait! Mais lui crier après moi. Maintenant avoir du mal a rentrer chez lui! » « Jeff, tu as cassé sa voiture? » « Pourquoi? Voiture avoir rien fait! Mais pour lui difficile conduire avec yeux fermés! Que fait chien? »....Je souris. « Il dort le chien, il a salopé ma cabine, sali deux serviettes moelleuses, il a bouffé un saucisson et une boite de pâté et maintenant il dort! »
J'ouvre la portière. «Voï! Devoir nettoyer! Quoi faire du toutou? » « Je ne peux pas le garder. A Bordeaux je le laisserai à la S.P.A. » « Ca fourrière? » « Heu! Oui! » Un silence! « Je peux prendre! A Oostende minj ouders (mes parents) avoir villa et jardin, chien bien! »
            Il porte le chien dans son camion. Un arrêt sur une aire de service avant Bordeaux. Jeff pour des achats et moi pour refaire une cabine propre. Quelques câlins au chiot, au revoir à mon ami flamand qui poursuit sa route. Nous nous reverrons un de ces jours!
           Deux ans passent et à la douane de Vintimille j'aperçois la barbe rousse de mon collègue. « Jeff! comment vas-tu? » Il me répond placidement comme si nous nous étions quittés la veille: « Ca va bien, sais-tu! » « Et le chien? » « Voï! Alle Klein (Tout petit) devenu bon gros chien! Papa, mama en vacances! Alors lui avec moi! Tu veux voir? » « Oui. » Il va chercher « Tout petit » et revient avec un énorme danois gris clair taché de noir.
           Le chien m'aperçoit et s'arrête dans la posture du chien de chasse qui vient de voir un lièvre. Son mufle se tend, ses narines palpitent et tout soudain il s'élance. Pas le temps de faire un geste, en deux bonds il est sur moi, pose ses pattes sur mes épaules et me renverse.

              Le sol italien est aussi dur à mon dos que le sol allemand. Au dessus de mon visage je vois un nez frémissant, une gueule grand'ouverte avec des dents blanches et acérées, je songe que je vais finir là, croqué par le chien comme le saucisson l'a été par le chiot! Mais allongé sur moi «Tout petit », d'une langue râpeuse et mouillée, me lave consciencieusement le visage tandis que j'entends Jeff rire de bon coeur.
             Quand j'arrive à me relever Jeff me dit: « Danois avoir mauvaise vue mais souvenirs par goût et odeurs, « Tout petit » te reconnaître aux caresses et saucisson! »
En flattant de la main la bonne tête du danois je réponds: « C'est possible, mais je suis sur que son ancien maître lui te reconnaîtrais.... à la vue!».
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Caro 27/06/2009 14:03

En voilà une histoire qui finit bien!!! Celà fait plaisir de savoir qu'il y a de bonnes âmes qui sont sensibles à des comportements irresponsables et qui sauvent la vie de chiots sans défense... Il y aura toujours des abrutis qui prennent et qui jètent n'importe quel animal quand ils s'aperçoivent que ça les embête dans leur vie quotidienne: réflèchir avant d'agir? Ce genre d'individu ne connaît absolument pas ce concept...
Biz du Pays d'Auge
Caro

Caroline 01/10/2007 19:33

Super belle histoire, merci !
J'ai découvert votre blog grâce à Lois de Murphy et je suis devenue accro !

Cathy 30/09/2007 19:06

belle histoire
bien écrite et tellement drole

Le Parcheminé 24/09/2007 14:08

Ouahou ! La N10, je ne sais pas ce que cela donnait à l'époque, mais aujourd'hui c'est une sacré galère (comme beauoup de route de France d'ailleurs).
Une belle histoire, j'ai été beaucoup amusé par ce texte. Bravo à toi.

planeth 24/09/2007 07:18

Génial! ça me rappelle les histoires invraisemblables que me racontait mon frère! j'avais toujours du mal à le croire, je vais bien être obligée maintenant!