Jeudi 23 août 2007 4 23 /08 /Août /2007 12:17
bavarois.jpg

Autoroute où autobahn?

              Ca fait quelques semaines que le Vieux me fait tourner en France. Il a prit confiance en moi et aujourd'hui il m'annonce que je dois me rendre en R.F.A. du coté de Munich.
                 Il en faut de la paperasse pour aller livrer loin de la « Mère Patrie! ». Je ne peux plus fermer ma sacoche.
                Pour aller à Munich depuis Cavaillon je dois passer par Sarrebruck! Mystère douanier non élucidable par un « pékin » ordinaire.
               Me voici donc à la « Goldene Bremm », poste de douane franco-allemand ou je débarque en débutant absolu. (Honnêtement je ne me sens pas fier!) Par chance un camion se range à coté de moi: c'est un routier marseillais, je lui parle de mon problème, il m'assure de son aide, je le suis et comme par miracle, (Merci, ô Bonne Mère!), tout se passe bien, même avec le gas-oil que j'ai en trop dans mes réservoirs. (En ce temps là, on ne pouvait pas entrer en R.F.A. avec plus de 50 litres de carburant, sinon il fallait payer une amende. Pas de Marché Commun qui tienne! Amitié entre De Gaulle et Adenauer oui, accord entre gas-oil français et gas-oil allemand nein!)
             Le douanier allemand veut bien considérer à mon air, que je suis un bleu, (Ca me passera mais cette fois ce fut bien utile: par précaution j'avais fait le plein juste avant la frontière!) et il se montre sympa! Il m'applique le tarif minimal,( ça fait déjà pas mal de marks! fâcheuse impression!) Le gabelou me tend ma facture pour la caisse et me lance: « Foila, Pon Foiyache, monzieur! ». Le sourire est si symphatique et le ton si sincère que je remercie d'un geste. Mon collègue a fini ses papiers, remerciements, poignée de main et il me quitte. A la « kässe », je paye, je démarre, Germanie me voici!
               Mon Magirus ronronne sagement et l'autobahn est gratuit, (ou gratuite! va savoir!) tout va bien! je me familiarise avec la signalisation allemande, pas trop de difficultés. La ville ou je me rends s'appelle Freising. J'y arrive vers 16h. Maintenant trouver la douane locale.
              Je viens d'entrer dans une zone industrielle, je me gare le long d'un trottoir. Je descends et arrête le premier passant venu: « Bitte,zoll? » Il me regarde et rèpéte « Zoll! zoll!...Ach! Dzoll! Ja,ja! » (Pour oreilles françaises: Arrrr.... comme pour chasser le chat de votre gorge! et dddzoll, avec au moins trois D.... Ya ,ya!) Il a compris malgré mon allemand succinct et il se lance dans des explications avec force linxe, rex, ampéle, (Links: gauche, Rechts: droite, Ampel: feux de signalisation!) et pour me faire mieux comprendre en vient même à parler avec les mains! (Un exploit pour un allemand, ce qui prouve sa gentillesse!)   Hélas! au troisième linxe je suis perdu! Il s'est donné tant de mal que je n'ose pas le lui dire, je le remercie, « Danke! danke! » Il m'a dit de tourner à droite à la première rue: j'obtempère, après on verra! C'est tout vu: à la deuxième bifurcation je suis complètement « paumé » et le soir tombe!
             Je navigue au hasard qui cette fois ne fais pas bien les choses. Au énième carrefour je tourne à gauche, hélas! la rue dans laquelle je glisse mon 35 tonnes se révèle être une charmante petite allée bordée de jolies villas devant lesquelles stationnent Mercédes, B.M.W. et autre Opels dans les tons de vert, de gris et de noir, il y a même une Simca rouge: un original sans doute!
            Je m'avance un peu, et là je le vois: debout sur son perron, c'est le Bavarois tel qu'on l'imagine en France, il est grand, corpulent mais pas gros, vêtu d'une chemise à carreaux, d'une culotte bavaroise et de chaussettes qui s'arrêtent aux genoux,le cheveux blond coupé en brosse, il fume une énorme pipe en porcelaine et son oeil bleu s'arrondit de surprise en me voyant passer.
            Impossible de tourner, je suis parti pour une marche arrière de luxe.( Ne pas écorner les belles voitures.) A mon re-passage, mon bavarois m'arrête d'un geste, s'approche et m'interpelle, au ton interrogatif je comprends qu'il veut savoir ce que je cherche. Je répond « Zoll », et comme j'ai bien mis les trois D avant le Z, je suis compris! « Ach! Zoll, Ja,ja! » (Voir plus haut!)
            Il me fait signe de reculer et dit: « Eine moment, bitte! ». (Ca, je comprends!). J'attends peu, il réapparait dans une Opel verte et me crie: « Folgen sie mir! » puis, croyant peut-être (à tord!) que je comprends mieux l'anglais que l'allemand il ajoute: « Follow me! ». Et bien: Suivons-le dans les deux langues!
          Il prend bien soin de m'attendre aux carrefours et aux feux tricolores, (Ampel!) et après dix minutes nous nous arrêtons à coté d'une grande place, nous descendons respectivement de voiture et de camion et d'un geste large il me désigne un bâtiment jaunâtre en disant: « Zoll! ».
         Comment lui faire comprendre que je lui suis très reconnaissant? Comme merci je ne connais que: « Danke! danke! ». Je montre un petit café proche: « Eine biére? ». Le mélange franco-germanique le fait sourire, mais il décline en me montrant sa bouche, sa montre, et en disant: « Madam! ». J'ai pigé: c'est l'heure du souper et sa femme l'attend. Une solide poignée de main, le voilà parti avec un: « Auf wiedersehem! » (Pour oreilles françaises: Aoûf viderzenne! ». Au revoir!...)
       L'Opel disparaît et je m'avise alors que je ne connais ni son nom, ni son prénom et que je serais bien incapable de retrouver sa rue. Je le regrette! c'était un type bien. J'aurai aimé, de retour en France, lui envoyer une carte postale de remerciements. Il ne saura jamais que je n'ai pas oublié sa serviabilité! Mais peut-être s'en doutera-t-il!
 
Par Alain
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Jeudi 23 août 2007 4 23 /08 /Août /2007 12:07
camionunic.jpg        Ca a commencé comme ça!

           Je suis devenu chauffeur routier après quelques avatars mineurs (ouvrier en usine, vendeur et même aide-agriculteur..) et j'ai bossé sur la route pendant plus de 20 ans. Au cours de ce bail j'ai vécu quelques aventures, rencontré quelques phénomènes dont les portraits me reviennent en mémoire. J'ai envie d'en parler comme pour mieux les graver dans mes souvenirs
         
C'était il y a bien longtemps, en ce temps là le permis poids lourd se passait au volant d'un petit camion de 3T5, l'examinateur vous faisait faire un kilomètre où deux, puis vous montrait quelques dessins ayant vaguement trait au Code de la Route et, si vous aviez fait preuve de politesse, il vous tendait un joli petit papier rose avec lequel le lendemain il était possible de conduire un semi-remorque de 35T. En voilà un beau conte pour endormir les gosses! ou pour les faire se tordre de rire. Et faire pleurer les « Routiers » d'aujourd'hui.
            Bon! Revenons à nos moutons comme disait le loup. J'ai envie de causer des « bizarres » que j'ai rencontré sur mes routes et le moins bizarre n'est pas mon premier bahut!
        Les Patrons routiers sont des hommes prudents, aussi après m'avoir embauché pour l'été pour convoyer des cageots de salade entre Cavaillon et Lyon et des cageots vides entre Lyon et Cavaillon, le Vieux, ancien routier lui-même, m'a confié un camion encore plus vieux que lui!
            Les Grands-Pères se souviennent peut-être des premiers Unics « cabines avancées », des engins avec une énorme cabine toute ronde! Ils pourront en parler aux curieux qui aiment bien tout savoir. Elle était immense cette cabine, les sièges, la couchette et le chauffeur se sentaient tout petit dans cet environnement, tout comme le tableau de bord réduit au minimum: compteur de vitesse, jauge et température moteur! Pas de compte-tours et encore moins de contrôlographe, cet appareil mouchard qui raconte tout au premier motard vêtu de bleu, ce que ne faisait jamais le carnet de route que les pandores de l'époque appelait d'ailleurs « le menteur! ».
           J'ose dire que ce bahut ne m'aimais pas. Il en est des choses comme des gens: on sait immédiatement avec qui on ne s'entendra pas.....il n'y a pas de raisons précises, c'est comme ça et c'est tout! Déjà cet engin ne dépassait pas 80km/h, et son moteur désirait très vivement prendre sa retraite! Donc, dans la vallée du Rhône quand soufflait le Mistral, le vrai, le dur, celui qui enrhumait le nez de Cyrano, je me traînais, de Cavaillon à Lyon, à 60km/h maximum, pied au plancher! Et par toutes les fissures de sa vieille cabine entrait un air glacial, (Si! Si! ou alors vous ne connaissez pas le Mistral! et surtout le Mistral de la vallée du Rhône au dessus de Montélimar!), et en pleines chaudes nuits d'été, je conduisais vêtu d'un gros pull et le nez protégé par un cache-nez en laine bleue, j'ai donc, au cours de ces voyages, attrapé quelques rhumes mémorables dont les éternuements faisaient dire au Vieux avec son meilleurs accent méridional : « Mon bon! C'est à croire que vous êtes allergique à Tambourin! »
           Car cette maudite mécanique avait un nom! Si j'ajoute que sa boite à vitesses était on ne peut plus rétive et que j'ai réveillé, avec les grincements de ses pignons, bon nombres de familles qui se croyaient au calme dans les paisibles villages que je traversais,( Il n'y avait pas d'autoroutes à cette époque.) et que son volant qui avait bien 70cm de diamètre m'a fabriqué de bons biceps tant la direction était directe.
       Sept heures de conduite dans cette antiquité valaient trois heures d'entraînement intensif en salle de gym! C'est avec cet horrible engin que pendant trois mois j'ai réussit à livrer mes salades, sans être en retard, fatigué, le nez coulant, mais cependant heureux car j'aimais cette sensation de liberté, de solitude et de responsabilité que ressentait un chauffeur à cette époque dés qu'il avait quitté le parking de son patron!
                Et c'est grâce à la régularité de Tambourin que le Vieux a décidé de me garder comme chauffeur, avec un bon camion cette fois. En disant; « Oui! », je savais pas que je venais d'épouser la route et que le mariage allait durer vingt >
Par Alain
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