Dans le temps les écrits restent... parfois; les hommes passent... toujours!
Dans le temps les écrits restent... parfois; les hommes passent... toujours!
''C'est tout bon!''
« Mais si! C'est magnifique! Je t'assure, tu vas apprécier... » Ancellin se fait persuasif! Les autres chauffeurs rigolent: « Fais gaffe, si tu l'écoutes il va te vendre le massif de la Meige ou le glacier Blanc... ».
J'aime bien Ancellin, c'est un bon collègue et un bon routier, amoureux sans réserves de son coin des Alpes. En ce moment il veut me convaincre d'aller faire du ski dans ''son pays''!
...J'ai toujours été d'un tempérament sportif. Mon grand-père, inconditionnel du Stade Vélodrome, du Tour de France, lui-même ancien cavalier émérite, m'avait plongé très jeune dans le monde du muscle!
Interne, au collège comme au lycée, j'avais joué au foot durant les récréations (au grand dam des ''pions'' et des vitres des salles de classe!) et dans l'équipe locale le dimanche!
A Dol-de-Bretagne, notre prof d'E.P.S offrit une récompense à ses meilleurs éléments: un voyage à Paris. Visite du Parc des Princes, spectacle à la ''Cipale''* et soirée initiation à la patinoire de Saint-Ouen! J'en étais...
…Un vestiaire humide, un sol de tapis en mousse. Je chausse des bottines nanties de lames de couteau sensées permettre à un équilibriste aguerri de filer sans heurts sur la glace!
A voir évoluer les patineurs, la chose paraît facile... Sauf que, une fois sur la glace, mes membres inférieurs prennent leur indépendance et moi un billet de ''par terre''! Mon arrière-train a quelque peu à souffrir de la dureté du sol!
Plusieurs essais de station verticale se terminent de façon identique. « Tenez-vous à la balustrade, faites le tour de la patinoire... Ça ira mieux! » Le conseil, donné par un glisseur compatissant, me semble judicieux. Je me lance, agrippé au rebord. Les premiers pas sont vacillants, très vacillants...
Mais progressivement, équilibre maintenu grâce à mon solide support, vient l'assurance! J'ose me lâcher, parviens à faire quelques mètres en glissant...(en avant et en ligne droite!). Le temps passe, je me sens plus à l'aise, je m'enhardis, m'éloigne du bord...
« Les Dolois, au vestiaire, vite... le train n'attendra pas! ». Le Prof nous appelle... Seulement toute la patinoire me sépare de la sortie. Pas le temps de faire le tour! Je me lance: une énergique impulsion, la vitesse qui augmente, l'équilibre qui se fragilise!
Penché vers l'avant je fais trois ou quatre pas rapides et involontaires! Démonstration de vol libre avec atterrissage sur le menton... Bruit de fruit mûr qui éclate! La patinoire vainqueur par K.O!...
« Tu ne risque rien de pareil avec des skis... » Ancellin se veut rassurant: « Tu as les pieds bien à plat, sur des planches longues et solide! Tu gardes un bon équilibre... Allez viens! Tu ne le regretteras pas! ».
Il a raison. Il fait un grand soleil, la région des Ecrins est splendide! Sur une petite déclinaison bien damée que termine une grande place neigeuse, je m'initie, sous la direction de mon copain, à l'art du chasse-neige et du ''planté de bâton!''.
Fin de matinée! « Tu vois! Tu te débrouilles bien ». Nous déchaussons devant la terrasse du ''Bar des Pistes''. « Tu ne vas pas continuer sur cette pente! Tu vois cette grande descente derrière toi? » « Ça va pas! Là-dessus. Tu veux ma mort assassin? ».
Ancellin éclate de rire: « Mais non! Çà c'est la piste rouge! Tu vois ou arrive et tourne le télé-siège? Juste en dessous c'est le départ de la piste verte! » Un silence: « Une piste facile. Pour enfants et débutants. Tu pourras y glisser tranquille »...
…Descente du télé-siège. Je m'empêtre avec mes skis, mes bâtons, mes lunettes glissent sur mon nez... Mon voisin, sportif accompli, dissimule mal un sourire goguenard! Quelques pas! Sur ma gauche, la piste rouge, sur ma droite, la piste verte! Unique plate-forme de départ!
Je plante mes skis dans la neige. Me décontracter un instant avant de m'équiper. Chausser les planches n'était pas facile à cette époque: étriers à ressort, lanières, etc... à mettre en place sans les gants. Les skieurs exercés font ça en une minute. Le débutant se gèle les mains!
Ski attaché, je tends la main pour saisir l'autre! Geste maladroit. Heurté, il vacille, tombe, spatule vers la pente! Il hésite un instant, m'échappe, mes doigts gourds n'arrivent pas le saisir, prend de la vitesse... Je crie: « Attention... Arrêtez-le... Arrêtez-le! ». En vain! Les skieurs regardent passer le fuyard sans tenter un geste... D'instinct je me lance à sa poursuite... Réflexe idiot, oubliés la piste rouge, le ski unique, l'équilibre précaire!... Résultat? Les champions de la glisse se détournent pour rire à l'aise!
Au bas de la descente, à mon arrivé, l'évadé est là depuis longtemps, n'ayant par chance blessé personne. Il a traversé la fin des pistes, renversé quelques paires de skis posés sur une barrière pour aller se fracasser sur le soubassement de la terrasse du ''Bar des Pistes''.
Perclus, fatigué, écœuré, je trouve sur place un Ancellin hilare: « Bravo! Ce fut un beau spectacle! Pour un débutant... Je vais m'occuper de tes skis! On a ramassé ceux qui sont tombés. » Il s'interrompt: « La coutume veut que tu paies le champagne à leurs propriétaires... ».
Anorak douillet, après-ski fourrés, pieds bien au chaud, installé dans un transat, terrasse du ''Bar des Pistes'' avec un thé bouillant et odorant... C'est ainsi que je conçois les sports d'hiver! Le champagne coute vraiment trop cher à la montagne...
*La Cipale: Vélodrome mythique du Bois de Vincennes, Porte de Charenton.
L'impromptu de l'été!
Départ inattendu! Vacances imprévues et immédiates en Cornouailles! Magnifique région du sud britannique ou histoire et légende se côtoient à chaque paysage!
Pas un seul petit morceau d'ordinateur à me mettre sous les doigts! En attendant que je reprenne le cours de mes souvenirs je remets en ligne ce petit texte que certains ont peut-être déjà vu sur ''Farfeluseries''.
Après tout rappeler à notre République, inauguratrice de mosquée, qu'elle n'est pas seulement démocratique mais aussi laïque n'est pas inutile.
Phrase prononcée par un certain Nicolas S... dit Mini-Minus 1er, président, entre autres activités, d'une République démocratique et laïque qui aurait déclaré: « ...l'instituteur ne vaudra jamais le curé, le rabbin où l'imam! ».
Ensuite deux oiselles pomponnées, ''Pas institutrices... professeurs des écoles!'' qui à la question: « Quel Empereur a franchi le Rubicon? » s'écrièrent d'une même voix: « Napoléon! »...
Alors j'ai revu mon vieux maître, le brave Monsieur Meynard avec son béret et sa blouse grise, se frottant les yeux de son pouce et de son index, dans ce geste las qu'il avait si l'un de ses élèves lui faisait une réponse particulièrement stupide.
Il commençait ses cours en notant au tableau, dans une belle écriture ronde, le jour et la date! « Prenez vos cahiers de morale! ». Et d'Instruction Civique! Nous apprenions l'honnêteté, le respect de l'autre, de la parole donnée, la beauté du travail bien fait, mais aussi la République, la démocratie, la laïcité, nos droits... et surtout nos devoirs. Nous y apprenions la France, la Patrie...
C'était l'école communale, ''la primaire'', la classe du Certif' avec la règle de trois et les intérêts composés, (Enseignés aujourd'hui, ils ruineraient les escrocs des prêts revolving!) Les dictées de textes de V.Hugo où de Zola. L'Histoire: de la Révolution de 89 à la fin de la Grande Guerre de 14-18, en passant par les Trois Glorieuses et la séparation de l'Eglise et de l'Etat!
Monsieur Meynard, ''le père La Meyne''! Ce n'était pas un curé gallican, ce n'était pas un rabbin kasher, ce n'était pas un imam mahométisé! Ce n'était pas une oiselle, pomponnée et ignare, ''Professeur des Ecoles''! C'était plus, beaucoup plus: un brave homme dévoué aux gamins turbulents qui lui étaient confiés. Son but étant d'en faire, si possible, des hommes!
Il ne venait pas d'un I.U.F.M pompeux! Il sortait de l'Ecole Normale de la République! Monsieur Meynard, mon maître! UN INSTITUTEUR LAÏC!
Week-end... particulier!
''Il y a plus de choses dans le ciel et sur la Terre Horatio, que n'en rêve...''.
Unique pensée qui me vient en tête devant l'incroyable scène qui s'est déroulée devant mes yeux, sous les frondaisons du Schwarzwald Natürparck . (Parc naturel de la Forêt Noire)... Mais il vaudrait mieux peut-être, pour éclairer cette réflexion, que je commence par... le commencement!
Vendredi, dix-huit heures. Je viens, après pas mal d'avatars retardateurs, d'arriver chez mon client. Gsod!, un chemin de terre en impasse, un joli chalet, une petite scierie entourée par les majestueux arbres de la Forêt-Noire! Je viens y livrer des grumes de pins des landes.
« Sie kommen sehr spät an... (Vous arrivez bien tard!) Je suis seul mais... wenn sie mir helfen (si vous m'aidez) on peut décharger à deux! ». Deux heures plus tard, avec l'aide de mon client, grand gaillard sympathique, le camion est vide! « Freut mich fertig! » (Content d'avoir fini!).
Bon! Mais me voilà bloqué en Allemagne jusqu'au lundi. Les fonds sont en baisse, ce coin de forêt agréable. Il y a la place de garer le camion entre une haie et le chemin. Je demande: « Est-ce que je peux passer le week-end ici? » « Oui! Bien sur! Vous ne serez pas le premier! Sie werden ruhig hier! » (Vous serez au calme ici!). Ce brave homme me montre le vestiaire des ouvriers. Une douche, un lavabo! « Vous pourrez faire un peu de toilette! ». Confort total!
Samedi. La matinée est bien avancée quand je quitte ma cabine. Un café pour finir de me réveiller! Grand beau temps chaud qu'une petite brise vient tempérer! Reposé, décontracté je me lance dans une ballade en forêt! Ce repos en pleine nature ne sera pas désagréable.
Après-midi! Assis dans l'herbe à l'ombre du camion, le dos appuyé contre un pneu, je lis distraitement ''L'art d'être grand-père''! Un gamin s'approche, douze, treize ans. Mince, presque fluet, châtain, visage attrayant, des yeux bleus foncés attentifs.
« Bonjour! ». Il ne répond pas, s'assied. Un instant de silence puis il me montre le livre. Je le lui tend. Il refuse de la tête. Désigne encore le volume. Je comprend, il veut que je lise: « C'est en français! Tu ne vas pas comprendre! ». Je me mets à lire, un sourire éclaire son visage! Joie visible. Non! Il ne comprend pas, mais le rythme et la musicalité des vers semblent le combler de bonheur.
« Hans! Oder bist du? » (Ou es-tu?). Depuis une demi-heure je joue le lecteur. J'ai soif, je voudrais m'arrêter mais il y a tant de plaisir sur son visage... L'arrivée de son père est bienvenue. « Il ne vous a pas trop ennuyé? » « Non! » Le garçon se lève! « Hans n'est pas comme les autres... Les docteurs le disent attardé... Er spricht nicht! Er mag hören! (Il ne parle pas! Il aime écouter!) ». Les yeux bleus me fixent, souriants... Un petit geste en s'éloignant...
La soirée apporte un peu de fraîcheur. Portière ouverte, j'écoute la radio en sourdine! Un son bizarre m'attire derrière la semi. Près de la haie Hans a ramassé une boule de piquants: un hérisson! Surpris je l'entends pousser de petits cris inarticulés, modulés. Sorte de langage musical. L'animal se déplie, son fin museau renifle les paumes qui le soutiennent, sans aucuns signes de peur!
Hans en souriant me tend le hérisson. D'un doigt précautionneux je caresse la tête soyeuse qui ne se dérobe pas. Son petit oeil semble me dire: ''tu es avec mon ami, alors je n'ai pas peur de toi!'' Le gamin le pose dans l'herbe. La minuscule bestiole nous jette un regard puis, sans se presser, disparaît dans la haie! Un frôlement sur ma main! Hans se sauve vers sa maison.
Le Dimanche promet d'être beau et chaud! Installé au soleil je déguste mon café du matin. « Wir gehem zum tempel (Nous allons au temple), voulez vous venir avec nous? ». Le père de Hans m'interpelle. Je remercie. Toute la famille s'éloigne...
Vers dix-huit heures Hans vient me trouver. En souriant il me fait signe de venir, se dirige vers la forêt! Sous-bois touffu! Le jeune garçon suit une sente presque invisible, tourne la tête, s'assure de ma présence. Une vingtaine de minutes de marche, une trouée dans les arbres! Hans s'assied, un geste: faire de même...
Il se met à ''parler'', deux, trois minutes! Bruits de branches cassées, écrasées, les fourrés s'écartent... une grosse bête brune émerge des buissons: une laie suivie par ses marcassins! J'ai un mouvement de retrait, l'enfant tend ses mains, paumes ouvertes vers l'animal... qui vient y poser sa tête tandis que le babil continu.
Les doigts fourragent dans le pelage rêche des joues de laie qui semble y trouver plaisir. Ses grognements font écho aux petits cris de Hans. Un marcassin s'approche de moi, je pose ma main sur son dos. Il a un sursaut mais ne se dérobe pas à la caresse. J'ignore combien de temps dura cette rencontre...
Je ne sais pas comment la laie et les marcassins se sont retirés! Les taillis se sont refermés sur eux! Un signe, il est temps de rentrer. Arrivé au camion, Hans pose sa main sur mon bras, me regarde les yeux brillants, un geste, il se dirige vers le chalet de ses parents.
J'ai la sensation d'avoir vécu un moment magique... Le soir tombe. Je lève les yeux vers le ciel, les premières étoiles s'allument... ''Il y plus de choses dans le ciel et sur la terre, Horatio...''
On ''ferme''... Non!
Montpellier. Juillet. Samedi matin. Dans la cour des Transports Colombe René* s'occupe de son camion. En silence! Lui, le bavard impénitent toujours la blague au coin des lèvres, est étrangement muet! Un pli soucieux marque son front...
« Mais qu'est ce que tu as? ». Williams* s'inquiète. René semble sortir d'un rêve. « C'est l'héritage... » « Héritage? » « De mon oncle! Une ferme. En Charentes... ». « Et alors! C'est plutôt bien? » « Tu me vois dans une ferme? Jouer ''Routier et Paysan''! »...
Sainte-Sévère, joli petit bourg à proximité de Cognac. Prés herbeux où paissent des moutons, de petites haies végétales, paysage de bocages verdoyants. « S'il-vous-plait! La ferme de Monsieur B......? » « Ha! La ferme du Bon Dieu!... Prenez la route de Lencourty puis le petit chemin sur la droite. Pouvez pas la manquer, c'est la seule! »
Une grosse bâtisse isolée, couverte de lierre, précédée d'une cour où somnole un gros chien roux! René et Williams s'approchent de l'entrée: « La ferme du Bon Dieu!... On va visiter? Le notaire ne devrait pas tarder.». Le chien, un placide labrador au museau blanchit par l'âge, vient les renifler en remuant la queue.
Williams caresse la bonne tête du chien: « Les toutous c'est comme les agents des impôts, y en a pas s'il n'y pas d'os à ronger. Quelqu'un habite ici... Tu étais au courant? ». « Non! Voilà le notaire, il va nous expliquer... ».
« Monsieur René! »... Le tabellion, petit, rondouillard, tout sourire, jovial descend de sa rutilante voiture. Un homme l'accompagne. Sourire aimable de requin affamé. « Je vous présente Monsieur G... Il envisage d'acheter la ferme! ». Le chien avance sa truffe pour flairer les arrivants! Le regard du notaire se durcit: « Encore là ce sale cabot? » , il fait mine de donner un coup de pied à l'animal. Williams se renfrogne.
« Faisons le tour du propriétaire. Ensuite nous visiterons la maison! » Les quatre hommes font le tour de la bâtisse... Sur l'arrière, une autre cour, une grange. Contenus par un grillage des poules, des canards... Séparé de la cour par une barrière en rondins, une assez grande prairie où broutent et paissent quatre vieux chevaux, deux ânes miteux, une vache efflanquée...
Le notaire laisse éclater sa colère: « Ces bestiaux ne devraient plus être ici! Elle le sait. Je l'avais prévenue... » Il se tourne vers René: « Pas d'inquiétude! Au besoin les gendarmes se chargeront de la faire partir! » Surpris René répond: « Je ne suis pas inquiet, mais c'est qui ''elle''? ». « Allons à la ferme! Je vais vous expliquer! »...
Une grande pièce à poutres apparentes occupe tout le bas de la maison. Buffet, table, chaises. Un âtre immense! Tout est luisant de propreté. Le notaire pose sa sacoche sur la table, en tire des documents: « Les papiers concernant l'héritage! La promesse de vente pour Monsieur G... » René s'énerve: « Je vous ai demandé: c'est qui elle? »
« Votre oncle était un original. Porte ouverte a tous les gueux, à tous les affamés. La ferme ne rapportait pas beaucoup. Il y a épuisé sa fortune!. » Une moue désapprobatrice. « L'année dernière il a accueillit Mélie, une femme d'un certain âge. Elle sauvait de l'abattoir les vieux chevaux ou les bêtes devenues inutiles. Votre oncle lui a permis de les mettre dans sa prairie! ».
Williams déclare: « Je l'aime bien l'oncle, moi! ». René reste impassible.
Le notaire renchérit: « Je lui ai dit de partir et d'emmener ses bêtes! Elle n'en a rien fait! »... Des pas dans la cour, un aboie joyeux... « Elle est là! Je vais... » « Laissez la venir! ».
Une silhouette passe la porte. Une petite femme fragile, de noir vêtue, cheveux gris, une figure un peu terne, ridée! Un de ces visages dont on dit qu'ils ont vieilli avant l'âge... Un visage sauvé de la banalité par des yeux d'un bleu limpide, lumineux, des yeux d'enfant naïf, confiant, qui ignore la méchanceté!
René se tourne vers Monsieur G... « Qu'allez-vous faire de la ferme? » « Un gite rural pour les visiteurs des caves de Cognac! » « Vous voyez ça comment? » « Bétonner la cour pour faire un parking. Démolir la grange, construire une piscine! » « Et la prairie? » « Y mettre un golf miniature avec quelques jeux pour enfants. Pour amuser les familles des touristes! Bien géré on doit en tirer de bons bénéfices! » Le notaire intervient: « Le prix offert par Monsieur G... est très correct! »...
« Mélie vous avez un endroit où aller? » « Non! » « Vos animaux peuvent être abattus, vous le savez? » « Oui! » Les yeux bleus sont remplis de détresse! Williams et René échangent un regard! « Désolé Monsieur G... Maitre remballez vos papiers! La ferme n'est plus à vendre! J'irai vous voir pour régler la succession!»...
« L'oncle avait sa façon de voir les choses! Mélie je vous garde comme locataire! » « Monsieur je n'ai rien pour vous payer un loyer! » « Oh si, Mélie vous avez... Et je suis un propriétaire sévère! Je veux une douzaine d'œufs tous les six mois! »...
La voiture a reprit la route vers Montpellier. Williams interroge: « Tu n'as pas de regrets? La vente de la ferme t'aurai apporté un bon pactole! » Un silence puis René demande: « Tu sais ce que c'était le pactole? » « Euh! Non! » « C'était un fleuve qui charriait de l'or! » « Et alors? » « Alors? L'eau est passée... Il me reste la richesse! ».
* Voir ''L'héritier 2''.
*Attention! Ca tourne...
Le terme ''chauffeur-routier'' recouvre bien des métiers! Tous sont soumis à des contraintes variées. Mais au niveau fatigue certains sont plus pénibles que d'autres.
En particulier la livraison en messagerie régionale. Petits camions, longues journées! Les routiers longues distances, conducteurs de ''gros-culs'', ont tendance à se moquer gentiment des ''chauffeurs de trottinettes''... Et pourtant...
Cinq heures! Saint-Laurent-du-Var. Dans l'entrepôt, sous la lumière crue des néons, Antoine charge son camion. Pas simple! Caser au mieux des colis de formes et de poids divers dans l'ordre de la tournée. Un vrai puzzle à mémoriser: un carton pour tel client, les brouettes pour un autre, des barres d'acier pour un troisième, etc, etc... Comme disent certain chauffeurs: « Un vrai jeu! Oui! mais un jeu de c... » Six heures! Départ vers le premier destinataire, le plus lointain, à Bercelonnette! Trajet prévu pour arriver vers neuf heures à l'ouverture du client!
Il est bougon ce matin Antoine! Il n'a pas son bahut habituel mais un vieux Berliet de remplacement. Bruyant, sans direction assistée, boite de vitesses capricieuse et amortisseurs rigides, pas agréable à conduire sur les routes sinueuses des Basses-Alpes! Ses reins de cinquante-cinq ans, dont trente de grande route, s'accommodent mal de cet inconfort. De quoi regretter la suspension du Mercédes!...
...Vacances et repos! Dans le jardin ensoleillé de ses parents à Levens, Denis étire les vingt-six ans de sa grande carcasse! Oublié le camion, oubliée la route... Pour les quinze jours à venir une seule chose lui semble digne d'intérêt: les bons petits plats de sa mère! Et l'après-midi la partie de boules au village...
Antoine a pris le chemin du retour. Client après client la journée s'avance. La fatigue se fait sentir. Dernière livraison à Coaraze, le village du soleil! Longue montée vers le bourg. Sur sa droite le camion côtoie un ravin qui se creuse en précipice au fur et à mesure que la chaussée s'élève.
Avant-dernier virage, épingle très très serrée sur la gauche! Le rayon de braquage du vieux Berliet ne permet pas de le négocier en une fois. Sa direction directe ne facilite pas la manœuvre. Antoine s'engage, stoppe, contrebraque, recule, ignorant le ravin qui s'ouvre, béant, dans son dos! Repart en tirant dur le volant... Sur l'embrayage le pied gauche n'a pas tremblé! Le bahut reprend sa course en avant.
A dix-huit heures, Monsieur le Curé réceptionne avec plaisir le vélo noir avec sacoches que lui tend Antoine. Pour celui-ci, journée finie, retour à la maison. Avec le virage en épingle dans le sens descente... Le camion s'engage, tourne, s'arrête, pare-brise quasi au-dessus du précipice! Maintenant reculer en contrebraquant...
Mais au volant Antoine est immobile, tétanisé par le vertige. Une pensée: quitter la cabine! Vite! Frein à main! Descendu, réflexe de routier, caler la roue arrière! Jambes tremblantes, il s'éloigne du fossé dont le fond est déjà dans l'ombre!...
Reprendre son sang-froid! Le camion ne peut pas rester au milieu du virage! Trouver quelqu'un pour le sortir de là! Antoine se lance sur la route... Une villa, un homme qui jardine: « Monsieur! Vous savez conduire un camion? » Le jardinier regarde, surpris, son interpellateur: « Non! Pourquoi? ». Explication rapide. «A Levens! Un routier!... J'ai joué aux boules avec lui. Il est peut-être encore au café! Je vais donner un coup de fil! »...
Vingt minutes plus tard Denis retrouve Antoine près du camion. Sa nature heureuse lui fait trouver la chose amusante: « Mon collègue, dans le cas présent, une paire d'ailes et un pilote auraient pu aussi être utile! » Un silence! « Allez! Remettons ce bahut sur le droit chemin! ». Manœuvre rapidement exécutée.
« O.K! Je te rends ta cabine, fin des soucis! » « Tu peux pas repartir comme ça! Merci c'est pas assez pour le soulagement que j'éprouve!... Je te propose un bon repas! » « Pourquoi pas! » « Ce soir! Au ''Moulins de Mougins''! Vingt-et-une heures! D'accord? »...
Attablés devant un apéritif dans ce restaurant renommé, les deux routiers font connaissance... Le serveur s'approche menus en main! Denis déclare: « Je te préviens, j'ai bon appétit et je suis gourmand... » « Pas de problèmes! »...
Commande passée Denis demande: « Tu as toujours eu le vertige? » « Oui! Normalement pour un routier c'est pas grave! » Antoine a un sourire: « Toi aussi peut-être... On sait jamais! » « Ca m'étonnerait! »... « On va vérifier! » « Comment? ».
Le garçon apporte le premier plat! Antoine s'adresse au serveur: « Vous pouvez remporter la commande de Monsieur... Il ne mangera rien ce soir! ».
Denis s'insurge: « Comment ça je ne mangerai rien? Non mais ça va pas? J'ai faim... » Devant le visage ahuri de son confrère, Antoine éclate de rire: « Tu vois! Je te l'avais dit... Regarde ton assiette! Toi aussi tu as eu ''peur du vide!'' ».
Changement d'herbage...
réjouit les veaux. Changement de fournisseur d'accès réjouit mon fiston! Et me prive de mes amis pour presque un mois! Nous sommes passé d'Orange à SFR. Enfin il paraît que ça marche mieux, dixit fiston, comme c'est lui le spécialiste je le crois!...
Hier et demain...
Quai N°1, port de Marseille. Des dizaines de tonnes d'oranges, de dattes, de figues sèches sont chargées dans les camions au milieu de rires, jurons, cris ''avé l'assent''
Le coordinateur de quai, un gros homme surnommé César, propulse sa bedaine vers un camion: « Pitchoun, tu as fini? » « Oui! » « Sauve-toi, j'ai besoin de la place.. » Le ''pitchoun'' c'est Alex, vingt-trois ans, routier depuis peu avec, pour l'instant, un chargement d'oranges pour les Halles. Jeune mais pas tout à fait un débutant...
A seize ans, lycéen, désireux de se faire un peu d'argent de poche pendant les vacances scolaires il s'adressa à son oncle qui livrait deux fois par semaine les halles de Paris en fruits et légumes: « Tonton prends moi comme rippeur! ».
Dur travail! Trajets de nuit. Le rippeur sommeille. Vers une heure du matin, aux halles, rue Rambuteau, a lui le déchargement. Tout à la main. Monter dans la semi, tirer les cagettes en les faisant glisser(ripper) avec un long crochet de fer, descendre de la caisse (les palettes sont encore rares et les transpalettes quasi inexistants!), livrer le transitaire, enfin recharger les emballages vides. Le chauffeur en profite pour dormir!
Trois, quatre heures d'un boulot intensif. Alex à toutefois le temps d'observer autour de lui. Après quelques livraisons il commence à connaître certains habitués du quartier.
Les noceurs qui viennent à ''La Tête d'Or'' où ''Au chien qui fume'' pour terminer leur virée nocturne devant un pied de cochon grillé!. Mado, la vieille clocharde forte en gueule, qui traîne sa fortune dans une poussette d'enfant. Le marquis de S..... insomniaque, toujours de noir vêtu qui promène son caniche. D'une politesse surannée il salue un ''fort des halles'': « Bonsoir Le Quelliec! »
Le Quelliec, une masse d'os et de muscles, capable de porter sans broncher un quintal de viande, attend la venue du Marquis: « Bonsoir Mr. le Marquis. Est-ce que je peux?.... » « Bien sur, Le Quelliec, le temps de ma ''gratinée''..... » La laisse du caniche change de main. Tandis que Mr. le Marquis va déguster une soupe à l'oignon, Le Quelliec s'offre une pause et radieux va promener le toutou.
Cet homme fort, ce colosse, rêve d'avoir un chien, ce que son épouse refuse absolument. La ballade avec le caniche du marquis est une petite compensation. Petit monde qu'en sept ans, au fil des voyages, Alex a appris à connaître et aimer!...
...Dernière livraison dans cet univers particulier. Le départ des halles vers Rungis est proche. Le camion s'insinue dans un espace libre. Deux hommes recrutés pour livrer les agrumes...
Alex en profite pour se détendre un peu. Une cigarette, quelques pas, son regard se pose sur la foule disparate qui s'agite. Marchands des quatre saisons, épiciers, bouchers, restaurateurs qui viennent s'approvisionner. Noctambules, désireux de prendre un petit déjeuner gourmand! Dans cette multitude bigarrée, mouvante, bruyante, des habitués déambulent plus calmement.
Tirant la poussette qui contient tout son viatique, Mado se fraye, en grommelant, un chemin entre les cageots vides jetés en vrac sur la chaussée!
Mado c'est une figure des halles. Habillée d'un manteau qui connut ses heures de luxe, visage ridé, cheveux gris sous un chapeau aux fleurs aujourd'hui fanées, nul ne se souvient depuis combien de temps elle hante le pavé du marché: quinze ans, vingt ans, plus peut-être!
Elle ne se sent pas bien ce soir la vieille clocharde. Elle tire péniblement son chargement! Alex remarque son visage pâle, son pas hésitant... « Mado! Ça va? » La vielle femme lève vers lui un regard flou: « Oui mon p'tiot, oui... Merci! ». Puis, telle une poupée désarticulée, elle s'affaisse sur le carreau! Le chapeau roule vers le caniveau!
Alex se précipite: « Appelez les pompiers... Vite! » Des passants, des badauds s'approchent. Alex protège la malade avec son pull retiré à la hâte... Le grand Le Quelliec s'agenouille, sa grosse main soulève la tête de la vieille femme!
Le car de Police-Secours est le premier sur les lieux. Un brigadier se penche, regarde, secoue la tête: « C'est fini! Il n'y a plus rien à faire... Elle est morte! ». Le Quelliec, Alex, se redressent, un peu en retrait le marquis de S.... esquisse un signe de croix!
Les pompiers ont emmenés le corps sans vie. Les badauds se sont dispersés. Le Quelliec regarde Alex: « C'est peut-être aussi bien! Elle n'aurait pas supporté... les halles à Rungis. Ici c'était son univers! »...
Les oranges livrées, Alex reprend la route. Le camion déboite. Dans le rétroviseur il aperçoit la poussette de Mado, abandonnée, à demi écroulée contre le trottoirs. Dans quelques heures les balayeurs feront disparaître ce vestige d'hier! De Mado il ne restera qu'un souvenir. Qui s'estompera dans le temps. Une époque vient de se clore... Demain ouvrent les pavillons de Rungis!
De service aux urgences...
La Hollande est, en Europe, le seul pays qui corresponde à son image d'Epinal. Tout y est! Les canaux, les moulins, les champs de tulipes et... les cyclistes. Par centaines dans ce plat pays!
Pays différent dès la douane. Les gabelous belges avaient passé, peut-être pour impressionner le novice que j'étais, le bahut au peigne fin! Lisant dans sa guitoune, le douanier batave ne leva même pas la tête à mon approche. Un négligent signe de la main m'invita simplement à poursuivre ma route! Au cours des voyages j'appris à apprécier ces flamands placides, souriants et serviables!
Quatrième voyage. Direction Leeuwarden dans le nord hollandais. Le camion avale sans efforts les routes peu pentues bordées de jolies villas. Grandes baies vitrées sans volets laissant admirer des intérieurs confortables ou foisonnent des plantes vertes. Sur quelques kilomètres je côtoie de pachydermiques péniches glissant paisiblement sur un canal si près de la route que j'ai parfois l'illusion de conduire sur l'eau!
Chez mon client un télex m'attend, je dois aller recharger à Meppel! Court trajet, temps maussade. Une petite bruine vient mouiller le pare-brise. Midi! Je quitte la ville au milieu de nombreux cyclistes. Heureusement ils sont disciplinés! Sur le bord de la route, un grand gaillard avec une sacoche noire fait du ''stop''! La pluie m'incite à la clémence, je m'arrête!
« Goedendag! Bedankt veel! » (Bonjour! Merci beaucoup!) Celui qui vient de s'installer dans le siège de droite est mince, grand, mouillé, les cheveux blonds en bataille, les yeux très bleus sous des sourcils roux.
Je n'ai encore que de très vagues notions de néerlandais mais je comprends le salut. « Bonjour! Sale temps n'est-ce pas? » « Franse?(Français?) Je, un peu parle... Ou vous aller? » « A Meppel! Et vous? » « Un peu devant... Stad (Ville) Steenwijk! Vous peut m'y arrêter? Minj ouders (mes parents) habiter. »
Pas facile d'utiliser un manuel de conversation en conduisant! J'apprends pourtant que mon compagnon, étudiant en médecine s'appelle Johan et va passer des vacances chez ses parents
« Venir maison... boire café, juste eein moment! »... « Papa! Mama! Deze dienstvaardige vrachwagenchauffeur franse hier heeft geleid! » (Ce serviable routier français m'a conduit jusqu'ici!). « Endrez! Endrez meuzieur! Zoyez le bienfenu... Merzi d'afoir aidé mon fils!». L'accent est nettement germanique, les mots bien français. C'est le père de l'apprenti toubib qui me reçoit ainsi! Avec une légère exubérance quasi française. Dont j'aurai l'explication avec le café!
« J'ai été, pendant la guerre, réfugié quatre ans à Lapanouse en Cantal... Appris le français! Bon souvenir! Votre visite me fait plaisir... ». Début de conversation sympathique que je ne peux poursuivre longtemps, le travail ayant des droits... Retour en France! Je m'empresse d'adresser une carte postale à mes hôtes pour les remercier de leur accueil. Une correspondance s'en suivra et, en trois ans, le hasard des voyages me permettra de faire deux ou trois visites à ces gens accueillants. Et puis un jour...
« Alain! Quelqu'un pour vous!... ». Devant le bureau, cheveux en bataille, sourire joyeux, Johan venu en visite surprise... « J'ai réussi! Je suis ''doktor''! ». Pas de ''bonjour'', la joie de m'annoncer son succès lui a fait oublier sa politesse... Qui revient très vite devant l'excellente cuisine que ma logeuse nous a confectionné. « Je dois m'absenter un instant. Vous pouvez surveiller ma fille? » Madame Guy, mon hôtesse nous laisse en garde les huit ans de sa petite Suzie.
Pendant que nous conversons, la gamine joue dans une pièce attenante. Nous l'entendons chantonner. Cette enfantine musique, le grand soleil du midi, le panier de cerises carmin dans lequel nous piochons sans retenue, tout contribue à entretenir notre bonne humeur.
Moment de détente soudain interrompu par l'irruption d'un ''bout de chou'' affolé: « Monsieur Alain! Vite, vite... mademoiselle Pauline va avoir son bébé... Venez vite! » D'un bond le ''doktor'' est debout: « Ou? Montres nous... »
Nous suivons la gamine jusque dans un coin de la pièce voisine, d'un grand geste de la main elle nous désigne un panier ou une chatte rousse joue la parturiente... « Monsieur, faites quelque chose... » La gamine est inquiète! Johan éclate de rire! Il se tourne vers moi: « Bon! Ne reste pas planté là! Goed breng me warm water en doeken! » (Apportes moi de l'eau chaude et des torchons!)...
Quand Madame Guy revient, la maisonnée s'est agrandie de huit chatons déjà en train de téter. « C'est le monsieur qui a tout fait! » Suzie montre Johan. « Merci, c'est bien aimable de vous être donné cette peine... ». Le sourire de mon ami s'élargit: « Vous savez, c'est naturel! Un docteur ça peut aussi servir... à ''chat''! ».
Le Directeur est une bonne pâte de fruit
Sur la terrasse le vieux monsieur se balance doucement dans son fauteuil. Devant lui le Lot étale ses trésors de verdures, paysages apaisants, rassurants... Après-midi de juin plein de douceur. Il ferme les yeux...
Le camion s'avance lentement sur la bascule de la conserverie fruitière de B... sur Cére. Il faut freiner en douceur pour ne pas dérégler le mécanisme de pesage. Le chauffeur descend, se dirige vers la portière de droite, l'ouvre, prend dans ses bras une fillette de cinq, six ans, qu'il pose à terre. Suivi de cette petite poupée blonde qui babille, il se dirige vers le peseur...
Depuis la grande baie de son cabinet qui s'ouvre sur la cour de l'usine, Monsieur le Directeur sursaute: « Ah! Non... Pas une gamine dans l'usine! » Il se dirige vers son bureau, un appel à la réceptionniste: « Mademoiselle, veuillez dire au conducteur de venir dans le hall. Je désire lui parler! ».
Monsieur le Directeur a la cinquantaine bourgeoise en costume trois pièces. Visage halé aux U.V, cheveux châtains marqués d'argent aux tempes, air avenant mais sérieux. Le bureau est à l'image de l'homme. Sobre, parfaitement rangé, rien d'inutile n'y traine.
Seules deux photos apportent une note personnelle. Le portrait de son épouse trop tôt décédée puis le cliché d'une jeune femme en tailleur Chanel au maintient strict. Sa fille... ingénieur chimiste, toute à sa carrière là-bas au Canada et qu'il ne voit plus souvent...
« Je ne peux pas laisser entrer cette fillette dans l'usine! S'il y avait un accident? Vous n'auriez pas du l'amener! » Dans le hall le directeur s'adresse au chauffeur. « Sa mère est malade, je n'avais personne pour la garder... » « Je comprends. Exceptionnellement elle peut rester ici! Mademoiselle Annie la gardera! Comment s'appelle-t-elle? » « Sophie! » « Eh bien Sophie, tu seras sage? » La petite a un grand sourire: « Oh oui Monsieur! »...
Monsieur le Directeur retourne à son bureau. Dans le couloir, des présentoirs exhibent les différents produits de la fabrique: bonbons, sucettes, sucreries diverses... Le pas de Monsieur le Directeur se ralentit... s'arrête... Une idée vient de poindre dans un coin de son esprit. Pourquoi pas? Il a le temps! Il revient vers le hall.
« Sophie, aimes-tu les bonbons? Viens, allons voir si on peut en trouver! ». « Oui monsieur! » La gamine trottine en allant vers les ateliers. D'un geste naturel elle glisse sa main dans la main directoriale.
Vide, le camion stoppe avant la sortie. Le conducteur descend pour aller chercher sa fille. « Papa! Papa! Regarde ce que ''papy René'' nous donne! » La fillette court vers son père suivie par Monsieur le Directeur portant un grand carton: « Sophie est très gentille, elle a beaucoup aimé la façon dont on fabrique les bonbons! Ma fille aussi avait trouvé ça amusant... il y a longtemps! »
Il tend le colis. « Tenez! Un petit souvenir de la visite! » Le paquet contient un assortiment de friandises diverses, confitures, fruits au sirop, sucettes... « Il faudra la ramener! Je lui ferai voir comment on fait les confitures... ». D'un pas allègre Monsieur le Directeur retourne à son travail. Il se surprend à fredonner un très vieil air de folksong: ''Chim ba di youm! Chim ba di yé! C'est jour de fête, belle journée...''.*
Le travail d'un directeur est à temps complet. Commandes, factures, bordereaux, visites aux ateliers, etc, laissent peu de place à la distraction, les jours s'ajoutent aux jours. Quand il regarde son bureau Monsieur le Directeur a la sensation qu'il y manque une photo. La photo d'une gentille poupée blonde qui n'est pas revenue le voir...
Le village de Glanes, une petite maison au bout d'une impasse. Garé sur le coté un camion et sa remorque! Le soleil d'un matin de mai éclaire un jardin fleuri derrière une barrière peinte en vert. Une voiture noire s'arrête. « Bonjour! Vous êtes Madame B...? Je suis le... » Pas le temps de finir la phrase: « Papy, papy René! ». De la maison une bombe blonde se précipite vers le visiteur suivie par son père.
« Monsieur le Directeur! Pour une surprise!... » « Je me suis permis de m'inviter, vous et votre Sophie n'étant pas venus me voir! » « J'avais peur d'abuser... Entrez, entrez! » La fillette attrape la main de son ''papy''! « Vous resterez bien à diner? En toute simplicité. »
Pour Monsieur le Directeur une journée quasi magique. Une journée magique qui sera suivie de beaucoup d'autres... Qui se prolongeront au cours des années. ''Papy René'' verra une gamine blondinette se transformer en jeune fille avec, entre eux, une affection qui ne se démentira pas...
Sur la terrasse le vieux monsieur se balance doucement dans son fauteuil. Après-midi de juin plein de douceur... Il revoit la cérémonie de la veille, il ressent sa fierté en remontant la nef avec à son bras la future mariée, son émotion comme s'il s'agissait de sa fille... Puis les paroles du prêtre: « ...Sophie voulez-vous prendre pour époux... ».
Le fauteuil se balance, face au Lot qui étale ses trésors de verdures, paysages apaisants et sereins. ''Papy René'' ferme les yeux et s'endort pour une sieste paisible!
* Chanson du film ''Mélodie du Sud''
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