Vendredi 3 juillet 2009

Pour une erreur....

 

                                    Je ne sais pas comment j'ai pu me tromper de cette lamentable façon!

                           Honte à moi, mais la photo du lac qui illustre mon dernier billet n'est pas celle du lac munichois de Lerchernauer See!

                                   J'ai pique-niqué plusieurs fois sur ses rives et j'en garde de très bons souvenirs...

                                    Il me semble juste de vous montrer ce si joli coin de verdure bavaroise...



PS: IL y a aussi un nouvel article sur mes "Farfeluseries"

 

 

 

 

Par Alain
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Lundi 22 juin 2009
    

Lerchernauer See

 

                          La plaine du Pô, entre Boretto et Brescello. Une grosse villa, un cube de couleur ocre jaune, deux étages sous un toit à quatre pentes, typique de la Reggio Emilia.

                         Dans un salon, au premier étage, une fenêtre ouverte. Un gamin de quatre ou cinq ans debout sur le rebord tient à la main un immense parapluie noir ouvert! Une jeune femme entre dans la pièce: « Umberto!  Nooo! » Trop tard! Gamin et parapluie viennent de disparaître....

                         Un parapluie n'est pas un parachute. L'atterrissage dans les épines d'un buisson de roses fut brutal et douloureux. Umberto en resta marqué dans sa chair et dans son esprit!...

                         Les routiers sont rarement gens craintifs. Ils savent, quand il le faut, agir sans barguigner! Umberto a des copains, des collègues, pas d'amis. C'est pourtant un garçon honnête, sympathique, serviable, bon chauffeur, mais son caractère pusillanime rebute les plus compréhensifs! Il craint le danger et, réminiscence du passé, se dérobe systématiquement devant les risques...

                        Mois d'Octobre! La barrière de la douane d'Aachen se lève, le gros Mack noir et jaune pointe son nez carré sur l'autobanh de Kôln. Umberto adresse un geste de remerciement au douanier!

                        « Bene Scarpa! Andiamo... » (Bien Chaussure... Allons-y...) Ces paroles s'adressent a l'occupant le deuxième siège: un chien marron et blanc, gentil bâtard à poils ras de trois ou quatre ans.

                        L'homme et l'animal se rencontrèrent sur le terre-plein en bord de mer qui, à San-Rémo, sert de parking pour la douane! Umberto finissait un ''panino con prosciutto'' et, d'un geste machinal, lança le dernier morceau du sandwich au toutou qui se trouvait là! Morceau attrapé au vol, avalé tout rond.

                       Portière ouverte, en deux bonds comme s'il eut toujours fait cela, Scarpa s'installa sur la couchette Depuis deux ans il s'y trouve bien!

                       L'autoroute étire son long ruban monotone! Quatorze heures de route jusqu'à Munich! « On n'est pas encore arrivé, mon vieux Scarpa... Et en plus il fait un temps de chien... » Sourire: « Oups! Je ne voulais pas dire ça... » Quand Umberto parle le regard du chien se fait attentif. Oreilles dressées, penchant sa bonne tête sur le coté, à droite puis à gauche il semble dire:  « Je ne comprends pas ce que tu dis, tant pis, pour moi l'important c'est ta voix! »....

                      « Drei tage starker kalte und unser kran im schadem ist! » (Trois jours de grand froid et notre grue est en panne!) Le client est désolé. « Vous devrez attendre jusqu'à demain... »

Lassallestrasse, une voie bordée par un grand parking qui longe le lac de Lerchernauer See. Un lieu de promenade et de pique-nique très prisé en été mais un peu isolé l'hiver! Idéal pour laisser Scarpa se dérouiller les pattes!

                      Les mains dans les poches de son blouson, le col relevé, Umberto déambule, paisible avec son chien qui court et lève la patte à chaque troncs d'arbres, à chaque buissons! Le paysage est plaisant! Le lac, presque entièrement pris par la glace, ne garde qu'une mince bande d'eau libre dans son milieu. Quelques canards s'y ébattent encore. L'un d'eux s'est même aventuré près de la rive... Cette boule de plumes qui se dandine sous son nez est irrésistible pour Scarpa!

                      Le canard, claudiquant aussi vite qu'il le peut, tente de rejoindre l'eau libre poursuivit par le chien qu'Umberto appelle en vain. Près de la terre la glace est épaisse mais va en s'amincissant vers l'eau libre... sous le poids du chien la mince couche cède, avec un aboie craintif Scarpa disparaît dans l'eau glacée!

                      Affolé le routier cherche des yeux une aide possible: « Aïuto!... Hat die Hilfe!.. » (A l'aide... au secours!) Personne ne réponds a ses cris... Là-bas le chien s'accroche à la glace et gémit doucement! Alors Umberto, ce dégonflé, ce peureux, ce couard qui n'a jamais pris un risque depuis son saut en parapluie, se lance sur la glace!

                      Celle-ci oscille comme un radeau mal arrimé. Pour mieux répartir son poids le maître de Scarpa s'allonge et, s'aidant des pieds et des mains, commence une lente progression vers le chien! Petit à petit, malgré les craquements sinistres qui se font entendre, il approche de l'animal frigorifié qui n'a même plus la force de gémir!

                     Quelques centimètres, encore un peu... un peu. Le sauveteur tend la main, attrape le collier, tente de tirer! Le chien, lourd, sans forces, est un poids mort!. Mal placé Umberto ne peut faire d'efforts... Alors il reste là, immobile, soutenant son chien. Il sent le froid saisir sa poitrine, sa main s'engourdir, ses doigts se tétaniser... Il ne lâche pas...

                     Les yeux fermés, tout à sa lutte il n'a pas entendu la sirène des pompiers alertés par des passants. Un canot pneumatique, des mains qui l'empoignent lui et le chien... De retour à terre, réchauffé, Umberto serre contre lui Scarpa encore frissonnant!

                    Un pompier s'adresse à lui: « Vous êtes fou d'avoir risqué votre vie pour sauver un chien! » Umberto le regarde et dans son allemand primaire répond: « Nicht ein hund sein... kein hund... Das ist MEIN hund! » (Pas être un chien... pas un chien... C'est MON chien! »

 

 

Par Alain
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Lundi 8 juin 2009


Petits portraits!

 

                          Au fil de mes voyages, le temps a déposé les alluvions de l'amitié au long des routes d'Europe. Des amis aussi sincères que différents.

                         Mes voyages en Ibérie se placèrent systématiquement sous le signe de la ''poisse espagnole''!*. Je n'ai jamais fait un trajet dans ce pays sans qu'il ne m'arriva un pépin quelconque!

                        Destination Puertollano! En parfait malchanceux, je me perds dès la sortie de Barcelone! Journée de galère dans une chaleur torride sous le ''regard ironique'' des moulins de la Mancha par des routes abominables. Le réseau routier espagnol était, à cette époque, déplorable et très mal balisé!

                       A dix-neuf heures je retrouve enfin le bon chemin. Je suis épuisé. Un petit parking, une baraque en bois entourée d'arbres, une enseigne: ''Cantina''. J'ai soif, j'ai faim!.... stop!

                      Une fraîche salle basse, quelques tables, un homme corpulent, en tablier bleu, épaisse moustache noire, mal rasé, s'active derrière un long comptoir. Il salue mon entrée d'un retentissant: « Buenas tardés! Que quière? » (Bonsoir! Que voulez-vous?) N'ayant rien compris je réponds: « Bonjour... » Il fronce le sourcil qu'il a fourni: « Francés? » « Si! » Il appelle: « José! José! » Un gamin d'une quinzaine d'années apparaît : « Mi hijo!... habla un poco francès! » (Mon fils, il parle un peu français!). « Monsieur bonsoir! Vous vouloir désirer quoi? »... Avec son français approximatif ce jeune garçon, brun de peau et de poil, aux yeux noir, au grand sourire, est courtois et prévenant...

                      Les espagnols dînent tard! En grignotant des ''tapas'' avant le repas nous bavardons. Le français lui vient de sa mère née à Perpignan! Il m'initie à certaines coutumes de son pays, je lui parle des camions, des voyages, des différents pays visités... Je repars sur une cordiale poignée de main! Je promet de lui envoyer quelques cartes postales!

                   Je tiendrais parole! Une par mois en moyenne durant plusieurs années. Il m'en remerciera régulièrement. J'irai, en touriste, lui rendre plusieurs fois visite, je serai toujours accueilli en frère! Parfois je songe à l'ironie de la chose! Mon premier ''ami international'' est originaire du pays ou j'ai vécu le plus de péripéties désagréables!...

                    Papa Milezzoni, pour développer la société, avait pensé étendre nos activités à l'est! C'est vers la Pologne qu'il dirigea nos camions! Avec le transit par la RDA ce n'était pas des voyages agréables.

                    Peur, pauvreté... Impressions dominantes ressenties à la vue de la triste population qui se hâte devant des vitrines aux miteux produits factices! A notre passage les piétons baissent la tête, évitant soigneusement de nous regarder pour ne pas donner à penser qu'ils pourraient communiquer! On peut se retrouver en prison sur ce simple soupçon! La confiance n'est pas la qualité première des ''vopos'' (Volkspolizeï. Police Populaire) de RDA.

                    Passée la frontière le climat est moins lourd! La Pologne n'est pas riche mais sa population accueillante! Dans les rues les passants souriants n'hésitent pas à parler aux étrangers! Bien qu'omniprésente la Milice reste relativement discrète!

                   Pour mon premier voyage, j'hérite d'un entrepôt dans la banlieue de Warszawa (Varsovie!) Petit matin... Dans les rues, des gens qui se hâtent vers leur travail. Un uniforme! J'appelle: « Monsieur! Monsieur... » Le policier se retourne!...

                   Rencontrer Janek (Prononcer Iaaneke) c'est rencontrer King-Kong .Il est haut, large, impressionnant de musculature, le cheveux noir, court et dru sur une face carrée au menton volontaire bleu de barbe!.

                    « Vous français? Je peux aider? » Le grand sourire de cette force de la nature est bougrement sympathique! Le fait qu'il parle français renforce cette impression! Comme mon client, niché dans un dédale de petites rues, n'est pas facile à trouver, Jenek accepte de m'accompagner! Les ouvriers ne se précipitent pas vers mon camion: « Entreprise d'état, dit mon guide, camion vide en une heure où en une journée, eux payés pareil! »...

                      « J'ai travail, je reviendrais voir tout à l'heure! » Vers midi, alors que le déchargement n'a guère avancé, il est de retour. J'envisage le repas! « Ou trouver un restaurant? » « Au centre ville! Pas ici... » Il s'interrompt: « Pas loin j'habite, ma femme contente d'avoir un invité! Viens maison! »

                      Un petit logement dans un immeuble collectif. Une charmante jeune femme qui me reçoit avec un « Witaj Pan! Ciesze sie na towj wisita! » (Bonjour Monsieur! Je suis heureuse de votre visite!)

                      Pendant qu'elle s'affaire à préparer le repas, Janek me fait l'honneur d'un petit balcon joliment fleuri.« Seulement fleurs des champs! Ici pas beaucoup de graines et très chéres... En bas.. », il me montre les parkings, « c'est béton, pas d'herbe... ni fleurs! »...

                     Comment ne pas repartir avec le souvenir de cet accueil cordial? Six semaines plus tard je retourne à Varsovie. Le camion chez le client, je téléphone à Janek. Je lui apporte des semences, trois grands bacs plastiques et un pied de rosier! Devant ces modestes présents, il rayonne!

                     Son petit balcon s'orne maintenant de plantes et de couleurs! Et chez lui, jardinier doué, ou chez moi, qui n'ai pas la main verte, pousse avec constance et opiniâtreté, la belle et sincère fleur de l'amitié!

 

*Voir ''Ballade Espagnole''

Par Alain
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Vendredi 29 mai 2009
  Ben...

Des problèmes divers, familiaux et fortement ennuyeux viennent perturber mon univers habituellement paisible! Je n'ai plus guère le temps d'écrire. J'ai pourtant un article en chantier, mais j'ai la sensation qu'il ne présente que peu d'intérêt! Dans six à huit jours si tout se passe bien! A bientôt. Amitiés à tous.

Par Alain
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Mercredi 20 mai 2009

Le fait du prince...

 

Dans notre beau pays crier à quelqu'un qu'on le voit c'est faire un '' tapage diurne troublant la tranquillité d'autrui '' Plus question dans les cours de récréation de jouer à cache-cache, ça pourrait coûter trop cher (100 euros) si une oreille flicarde et lèche-cul venait à passer par là!

Si on ne peut plus crier, on peut encore écrire! L'encre ne fait pas de bruit, donc pas de tapage. Mais, la sagesse populaire le dit: « Les paroles s'envolent, les écrits restent! ».

 

Derrière les usines délocalisées, Sarkosy je te vois!

Derrière les ouvriers méprisés et désespérés, Sarkosy je te vois!

Derrière trois millions de chômeurs, Sarkosy je te vois!

Derrière les retraités fouillant les poubelles pour manger, Sarkosy je te vois!

Derrière les médecins hospitaliers soumis à la rentabilité forcée, Sarkosy je te vois!

Derrière les chercheurs dévalués, Sarkosy je te vois!

Derrière les enseignants mésestimés, Sarkosy je te vois!

Derrière les C.R.S matraquant les sans-logis, Sarkosy je te vois!

Derrière les sans-papiers pourchassés comme des bêtes, Sarkosy je te vois!

Derrière les immigrés pas choisis expulsés comme vile marchandise, Sarkosy je te vois!

Derrière les banlieues à nettoyer au karcher, Sarkosy je te vois!

Derrière la grande distribution qui ruine les petits producteurs, Sarkosy je te vois!

Derrière la grande distribution qui abuse ses clients, Sarkosy je te vois!

Derrière le bouclier fiscal protégeant les plus riches, Sarkosy je te vois!

Derrière les lois ineptes votées par les valets de l'U.M.P, Sarkosy je te vois!

Derrière l'odeur fétide qui émane de ce gouvernement, Sarkosy je te vois!

Derrière la télévision lèche-bottes, Sarkosy je te vois!

Derrière le népotisme régnant, Sarkosy je te vois!

Derrière les chats-fourrés aux ordres, Sarkosy je te vois!

Derrière la France abaissée devant l'OTAN américain, Sarkosy je te vois!

Derrière l'impudence, l'orgueil, le dédain, la vanité, la gloriole, l'arrogance, le mensonge, la méchanceté, la vindicte, Sarkosy je te vois!

                      Derrière le peuple méprisé, Sarkosy je te vois!

Par Alain
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Lundi 18 mai 2009

Quand un ''ami'' disparaît...

 

                          Mercredi.Temps magnifique, la Dordogne resplendit sous le soleil de ce mois d'Octobre.... René, Williams et moi, ainsi qu'un autre chauffeur nous chargeons à la poudrerie nationale de Bergerac!

                        Ce beau temps est une bénédiction. Remplir nos camions de tonnelets de poudre noire est à priori sans danger car, en cas de flamme, la poudre brûle sans explosion! Mais, réflexe un peu idiot, nous préférons que le chargement se fasse en plein air!

                         Au moment de partir je déclare à mes collègues: « Je passe devant! Marseille n'est pas loin! Avec vous deux je n'ai pas envie de faire le voyage ''tout debout sur les pédales''! Commence à être trop vieux pour ça! ». René rigole: « Mais oui, digne vieillard, on te laissera le temps de boire ton café... » Le lendemain à huit heures le ''convoi'' pénètre sur le quai d'Arenc.

                         Le port de Marseille est parfaitement équipé en matériel de manutention. Le problème vient de ceux qui sont chargés de les mettre en oeuvre! Certains élévateurs, certaines grues sont conduits par un personnel docker, d'autres par les ouvriers des sociétés extérieures! Il en résulte parfois des tensions qui conduisent jusqu'à des mouvements de grève!

                        C'est le pépin que nous avons à avaler à notre arrivée... D'entrepôts en hangars des hommes en bleu de travail palabrent paisiblement ou ''tapent une petite belote''.

Les camions en attente sont le dernier de leur soucis! Personne ne peut nous dire quand prendra fin cette intense ''période de surmenage!''.

                       Pas question, avec nos chargements, de quitter les quais. « C'est la poisse, dit René, je n'ai pas envie de rester ici ce week-end! » « Montpellier n'est pas loin ajoute Williams. On trouvera bien un collègue pour nous ramener! ». « Prenons l'air accablé, plaisante René, la paupière triste ça marche! Regarde les cockers! » Il simule la fuite devant son copain!. « Ho! Hé! Non! J'ai pas dit dockers.  »...

                       Un jeune chauffeur qui rentre sur Narbonne accepte de nous rapatrier. On s'entasse à cinq dans l'étroite cabine de son douze tonnes. Arrêt souper au relais routier à Vergéze à deux pas de la source Perrier.

                       La salle est presque pleine. Brouhaha de conversations ponctuées de rires, dans un coin une télévision s'efforce de se faire entendre de quelques attentifs! Repas copieux comme toujours dans ce routier.

                      Mes copains bavardent en dégustant leur dessert. Je les écoute distraitement, à la télé un journaliste débite les nouvelles du jour... « ...nous venons d'apprendre le décès de Georges Brassens... ». J'ai, d'un coup, l'impression d'être plongé dans un bain glacial! Dans la salle personne ne semble avoir entendu. Une grosse boule s'installe au creux de mon estomac.

                     J'ai envie de crier: « Vous n'avez pas compris, Georges Brassens est mort! » Je quitte la table, regard interrogateur de mes amis: « Je reviens! ». J'ai besoin d'être seul. Je sors, sur le parking j'allume une cigarette.

                     Pourquoi cette tristesse? J'ai déjà vu disparaître des artistes célèbres: Fernandel, Luis Mariano d'autres encore... Je les ai regretté mais jamais avec cette intensité! Je comprends alors qu'ils n'étaient pas de ma génération, ils appartenaient au temps de mes parents. Mais Brassens c'est mon vécu, il appartient à mon univers!

                    Sa disparition me fait franchir une frontière, celle de l'âge. Mon monde me paraissait un bloc, il vient de se fissurer, de perdre de lui-même! La nostalgie monte en moi! ''L'Avergnat'' est mort et j'ai quarante-deux ans... Je me trouve dans la position du coureur cycliste qui vient de passer la flamme indiquant les derniers kilomètres et qui se dit: « Allons, ce qui reste à faire est moins long que ce qui a été fait... »

                     Il fait frais. Je jette mon mégot qui éclate en étincelles. Le ciel est piqué d'étoiles. Une nouvelle vient de s'allumer ce soir! Je sens deux larmes rouler sur mes joues que le vent sèche!

                   Georges Brassens est parti, mon ''ami'' le poète s'en est allé guitare sous le bras vers son ''petit coin de paradis''!

                 Je rentre. Du seuil je regarde les dîneurs. Presque tous sont plus jeunes que moi. Ils rient en bavardant. L'avenir leur appartient tout comme il m'appartenait quand j'avais leur âge. Tout est bien! Tout est dans l'ordre... Je peux sourire, j'entame le début de mon éternité!

Par Alain
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Mardi 28 avril 2009

Les ''pistes'' de l'étoile!


                        C'est de curieuse façon que Toussaint Napoléon Charlemagne M'Boué dit Charlot fut recruté par les frères Cabassol de Manosque.

                       Ses vingt ans l'amenèrent de Dakar à Forcalquier dans les bagages d'un dirigeant du club de football local. Charlot rêvait de devenir un grand gardien de but et il en avait les capacités.

                       Une fois réglés les détails annexes comme le logement, le travail, le salaire et autres bêtises de la vie courante, il put revêtir le maillot rouge (« Ca va bien avec mon teint! » disait-il) apanage du dernier défenseur de l'équipe. Charlot, talentueux, toujours de bonne humeur, avait le rire communicatif! En deux saisons il devint la vedette incontestée du stade...

                       Dernier match de la saison. Match décisif! Crucial! Une résultat nul suffit pour que le club accède à la division supérieure. Les supporters sont plus qu'excités... La partie approche de son terme. Zéro à zéro! Il reste à peine une minute à jouer quand l'arbitre (un traître!) siffle un penalty contre l'équipe de Charlot.

                       Protestations, bousculade, les joueurs se pressent autour de l'arbitre. Cris et insultes fusent des tribunes! Au milieu de cette agitation seul Charlot semble garder son calme. Un geste pourtant indique sa nervosité: il jette, d'un mouvement brusque, sa casquette au fond des filets! L'homme au sifflet maintient sa décision.

                       Le tireur prend son élan, shoote... Bond de fauve! Charlot parvint à bloquer la balle... Le stade explosa! Ses coéquipiers se précipitèrent! Fier, souriant, le héros du moment se dégagea des étreintes, puis calme, d'un pas ferme, assuré, ballon sous le bras, il entra dans le but pour ramasser sa casquette...

                       S'il ne fut pas lynché ce soir là, il le dut à sa vitesse de course et à la camionnette des frères Cabassol venus voir le match en voisin! L'ainé des Cabassol l'y découvrit le lendemain, endormi sous une bâche.

                       Pour éviter d'éventuelles représailles et aussi l'embarras de se trouver devant ceux qu'il avait condamnés à la défaite Charlot resta à Manosque. Délaissant ses rêves de gloire footbalistique, il devint routier. Par un ballon bloqué, le petit lutin hasard donna un chef d'entreprise au Sénégal!*

                      Chez le Vieux nous avions immédiatement sympathisé. Ce jour là nous étions chez le même client qui, pour une raison indéterminée, avait fermé son atelier. Il ne nous restait qu'à faire ''contre mauvaise fortune, bon coeur...'' et à passer la soirée dans la joyeuse cité de Sedan!

                       En quête d'un restaurant, une affiche attira l'attention de Charlot! « Tu as vu! Le cirque Pinder est ici! On se paye une séance après le repas? »

                       J'aurai du me douter qu'une soirée au cirque avec Toussaint Napoléon Charlemagne ne pouvait pas être une soirée normale! J'achetais nos places quand la voix de Charlot dominant le brouhaha ambiant s'éleva: « Prends une loge! Je veux bien voir, moi! »

                         « Attends-moi! »... Même dans la foule un colosse noir léchant, avec des mines de chatte gourmande, une grande sucette multicolore ne passe pas inaperçu! Pas plus que son rire tonitruant durant le numéro des clowns!

                         A l'entracte les garçons de piste ont installés la cage ou le dompteur Gilbert Houcke va officier. Ce célèbre belluaire fut l'un des premiers partisans du dressage en douceur! Les lions et les tigres sautent, tournent, feulent ou rugissent à la demande! Puis le dresseur fait sortir quelques animaux. Dans la cage ne restent plus que trois lions.

                          « Mesdames, Messieurs! » Monsieur Loyal aboie dans le micro: « Le cirque Pinder offre une prime au spectateur qui osera pénétrer dans la cage avec Gilbert Houcke pour participer à la fin du numéro! »

                          Pas le temps d'intervenir, d'un bond Charlot est debout: « Moi! »... Dans la cage le dompteur, avec un grand sourire, installe mon copain sur un tabouret avec quelques conseils: « Pas de gestes brusque! Ne criez pas... » Les lions, soigneusement guidés, passent, repassent frôlant Charlot.

                         Le plus gros des fauves, bien dressé, rugit régulièrement à la manière du lion de la Métro Goldwin Meyer, découvrant des crocs impressionnants! Je remarque que la moue de Charlemagne est un rien figée et que son teint a prit une couleur tirant sur le gris...

                         L'exhibition se termine. Sortie des animaux. Tandis que Gilbert Houcke fait applaudir son aide improvisé, au micro, Monsieur Loyal félicite le « ...courageux spectateur gagnant de la prime... » Mon ami vient se rasseoir. Un clown se précipite avec une poignée de grands billets de la Sainte Farce qu'il dépose sur ses genoux sous les rires du public!...

                         Retour aux camions. Charlot affiche un air maussade. « Tu veux prendre un dernier café? » Il me jette un regard... noir! « Non merci! Bonne nuit. » Il monte dans sa cabine, claque la portière, disparaît derrière les rideaux!

                        Lever au petit matin! Mon pote a les traits tirés. « Toi, tu as mal dormi! C'est ta ''prime'' qui te fait ça? » « Mais non... M'en fout la prime! C'est ce fichu lion! » « Le lion? Pourquoi le lion? » « Parce que ce maudit bestiau, cette nuit... il m'a bouffé au moins dix fois.... »


* Voir ''Le tiercé selon Charlemagne''

PS: Un petit hommage à Gilbert Houcke partisan de dressage en douceur, qui fut l'un des premiers, sinon le premier, à traiter humainement les animaux, préférant s'en faire aimer plutôt que de s'en faire craindre!.

Par Alain
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Samedi 11 avril 2009

Tout feu, tout flamme...



                   A dix-huit ans Jean-Michel est devenu un solide gaillard. Le gamin anxieux et vindicatif a fait place à un adolescent sportif, studieux, qui se prépare a intégrer la promotion des bacheliers de l'année 1978!

                  Passager à chaque fois qu'il l'a pu, il a acquit au fil des voyages avec René, Williams où moi une expérience précieuse! Lui a décidé au cours du premier voyage de m'appeler ''Tonton''!... Je suis fier de ce garçon comme si j'étais son père!

                Giuseppe vient de m'inviter à Milan pour ses cinquante ans! Renouer, ne fut-ce qu'un moment avec l'Italie est une grande joie! Jean-Michel ayant choisi l'italien comme deuxième langue, je décide de l'emmener, il pourra s'essayer à la langue de Dante.

                C'est une grande joie de revoir mes amis! Depuis la naissance d'Anna-Maria, Paolo a retrouvé le rire de sa jeunesse qui rappelle tant de bons souvenirs. Quand à Giuseppe, toujours fana de l'Inter de Milan, il trouve en Jean-Michel, grand amateur de foot, un auditeur attentif.

                Papa et Mamma sont présent! Grande émotion partagée! Le lendemain nous faisons un passage au ''Caffé Marcello''*. A notre entrée il se fait un silence puis soudain: « Per Giove! Vedete! E il nostro francése che ritorna vederli! » (Par Jupiter! Regardez! C'est notre français qui revient nous voir!) Je suis ému, ces braves gens ne m'ont pas oublié.

               Une dernière soirée avec mes amis! Pendant que nous bavardons des éclats de rire nous font lever la tête! Anna-Maria et Jean-Michel jouent à cache-cache...

Retour vers Montpellier le coeur léger, le temps passe, l'amitié perdure! « Tu sais Tonton, ça devait être sympa de travailler avec Paolo et Giuseppe... » Il se fait pensif: « Elle est marrante la petite Anna-Maria! »...

               Le travail reprend et les semaines succèdent aux semaines. Les Transports Colombe se sont fait une réputation de régularité de livraison. Nos clients apprécient. Octobre, mercredi, vingt-trois heures entre Strasbourg et Saint-Claude. Court trajet mais pénible. Les routes du Jura sont étroites, vallonnées, sinueuses!

              Tunnel de Saint-Marie aux Mines. « L'est pas bien large! » me fait remarquer Jean-Michel. Je n'aime pas passer par cette galerie assez mal entretenu.** Aprés Sainte-Marie la route s'étire dans une forêt de sapins. Sous la pleine lune le massif du Jura montre des paysages grandioses.

              « Tonton, tu veux un café? » Jean-Michel brandit le thermos! « Pas tout de suite! » Un virage à quatre-vingt dix degrés marque l'entrée d'un petit lieu-dit, je passe la courbe et... « Nom d'un chien! »... Sur la gauche de la route la dernière maison du hameau est en flamme!

              Camion stoppé, nous nous précipitons! L'incendie ravage l'étage du petit pavillon. Il y a là quelques badauds: des vieillards, des femmes. Et l'une d'elles crie: « Mon bébé! Sauvez mon bébé... Vite... Mon bébé! » Je questionne: « Ou? » « La chambre... au fond... » Je vais vers la porte mais Jean-Michel agit avec plus de promptitude et d'intelligence que moi! D'un seul geste il saisit le plaid qui recouvre mon siège, s'en enveloppe, pénètre dans la maison ainsi qu'un un petit chien noir.

              Je vais pour le suivre mais du toit tombe une pluie de bardeaux incandescents qui me fait reculer! Dans la maison, des bruits sourds, des craquements, j'appréhende que le plafond s'écroule! Deux minutes passent qui semblent des heures! Le petit chien, quelques poils roussis, précède Jean-Michel serrant contre lui un paquet de couvertures!

              La mère se précipite: « Mon bébé...mon bébé! » et arrache le paquet des bras de mon ''neveu''. Toutes les femmes présentes entourent la maman! Jean-Michel se débarrasse du plaid plein de brûlures: « Allez! viens tonton, on s'en va! » « Tu pourrais attendre qu'elle te remercie! » « La façon dont elle m'a arraché le bébé des bras est le meilleur des merci! »

             Un grondement, un craquement énorme, le plafond vient de s'effondrer, l'incendie redouble, la chaleur s'accroît forçant tout le monde à reculer. On discerne au loin une sirène de pompiers! Tous ont les yeux tournés vers la maison en flamme!

             Jean-Michel réitére: « On s'en va? » « Tu devrais attendre les félicitations des pompiers, tu les as bien méritées! » « Les félicitations ne se mangent pas en salade! Viens! Si c'était toi tu n'aurais pas attendu! Nous avons un client et nous livrons toujours à l'heure... »...

              ...L'incendie s'éloigne. Dans le rétroviseur je vois des gens qui nous font de grands signes... « Tonton, tu veux un café? » « Oui! » Nous dégustons le breuvage très chaud, très sucré! Bien installé coté passager Jean-Michel, tasse en main, se détend.

               Quelques heures plus tard. L'aube éclaire bien la route. Nous approchons de Saint-Claude. Jean-Michel somnole, paisible: ''Les félicitations ne se mangent pas en salade!''

               Bon! Hé bien! Nous serons à l'heure chez notre client!



* Voir ''Milano''

** Depuis le tunnel a été réhabilité de belle façon.

 

Par Alain
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Vendredi 20 mars 2009

Petites causes...

                                  « Comment je suis? » « Mais absolument impeccable mon vieux! Je ne t'ai jamais vu si beau! »

                                  En chemise blanche, cravate et costume gris, oeillet blanc à la boutonnière, Pascal, tétanisé, ne voit rien des gens qui l'entourent. Il perçoit la réflexion d'un de ses voisins: « Hé oui! Petites causes... grands effets! »

                                  Sourire. Voilà une phrase qui lui remet en mémoire événements et aventures qui l'ont, en partie, conduit à cette belle matinée de printemps!....

                                  Un relais routier juste à la sortie de Dijon! Le semi-remorque s'insinue sur le parking. Le chauffeur, les traits tirés, en descend difficilement, tombe à genoux... Le second conducteur, un tout jeune homme, fait le tour de la cabine: « Antoine, lève toi!... Ah! Nom d'un.... ». Il se précipite vers le relais: « Vite! Un docteur... ».

                                   « Oui patron! Antoine est à l'hôpital... Appendicite aigüe. Je suis avec lui! Qu'est-ce je dois faire?... » « On va s'occuper de lui. Continue le voyage! Te voilà routier en titre. Prend la suite Pascal, bonne route! ». Vingt-deux ans, tout juste trois mois d'expérience et, pour une ''petite cause'', chauffeur titulaire... Un bon souvenir, l'opération de son collègue s'étant bien passée!

                                    Trois années se sont écoulées. A Saint-Malo, dans un hangar plein de poussière et de bruit, Pascal et un routier allemand chargent des tonnelets d'engrais azotés pour le port de Kiel. Mille trois cent kilomètres plus loin et trente-huit heures plus tard les camions entrent sur les quais.

                                     « Bleiben sie nicht auf dem Weg! Arden sie entlang des Kais!... » (Ne restez pas sur le chemin! Rangez vous le long du quai!) « On va venir s'occuper de vous... » Le responsable du déchargement, débordé de travail, les parque un peu au hasard. Pascal se serre au bord du quai, le long camion-remorque allemand se place sur une rampe de mise à l'eau, le dernier essieu de la remorque en partie dans le plan incliné!

                                    Pascal avise, à une centaine de mètres, une saucisserie: « Si on allait déjeuner? » Sandwichs en main ils reviennent vers leurs véhicules d'où s'approche un gros docker en cotte bleue et casque jaune! Juste devant le bahut teuton l'homme s'arrête, éternue, pose la main sur la cabine... Poussée infime. Frein de parking défaillant, la lourde remorque, soudain déséquilibrée, commence à reculer...

                                    Course inutile du chauffeur allemand qui en a lâché sa saucisse. La remorque s'enfonce dans la mer, entraîne une partie de la cabine. Les portes s'ouvrent... Des tonnelets se mettent à dériver sur l'eau noire du port!

                          ''Petite cause!''... Pascal se réfugie derrière sa semi pour ne pas rire ouvertement devant l'ire toute germanique du chef docker!

                                    Chaunay, R.N.10. Une roue crevée oblige Pascal à un arrêt sur un parking au bord de la route à quelques pas d'une petite villa

                                    Avec un soupir résigné, Pascal sort cric, barre, manivelle et se met en devoir de changer la ''dégonflée''. Pas facile. Sa semi est une trois essieux à roue unique. Ces roues, très lourdes, sont de manipulation difficile.

                                    Retirer, remplacer, revisser le nouvelle roue, remettre tout en place demande un gros effort! Pascal, même s'il est solide n'est pas un hercule! Travail terminé il se laisse choir au sol, yeux clos, le dos appuyé sur un pneu! La chaleur de Juin accentue la fatigue.

                                    « Vous voulez boire un sirop bien frais? » Pascal sursaute, ouvre les yeux! Devant lui, souriante, une jeune fille, longue chevelure châtain, en tee-shirt et jeans, tient un pichet et des gobelets de carton.

                                   « Je vous ai vu depuis le jardin! » Elle désigne la villa voisine. « Mon père aussi conduit un camion! » Pascal se rafraîchit: « Merci c'est vraiment gen.... » il s'interrompt! « Vous avez entendu? » « Non! Quoi?... » Un geste de la main, Pascal saute dans le fossé qui borde le parking.

                                  Il en ressort avec ce qui fut un sac de sport, le pose au sol, l'ouvre!

Au fond du sac, gémissant, deux chiots s'agitent faiblement! « Ooh! Pauvres bêtes... Venez à la maison! Vite... »

                                  Peu après, les chiots, petites boules de poils qui déjà lèchent et mordillent le doigt qui les caresse, sont installés dans un panier douillet! « J'aimerai bien en avoir un! Mais ils sont bien petits » déclare Pascal « Je vais les élever. Revenez en chercher un, je garderai l'autre! » « Entendu! Je m'appelle Pascal! » « Et moi Blandine! ».

                                  Pour voir grandir son chien Pascal est revenu... souvent, très souvent! Ce qui a fait dire au père de Blandine: « Quand ce garçon vient voir son toutou, il devrait apporter un os plutôt que des fleurs! ».

                                  ....Pascal, perdu dans ses souvenirs, sent qu'on le pousse. Il prend alors conscience du costume gris et de l'oeillet blanc, de l'endroit ou il se trouve, les amis, les collègues, son patron... La future mariée de blanc vêtue... Il se dirige vers le grand bureau ou trône un gros homme ceint de tricolore... « Pascal voulez-vous épouser Blandine ici présente?... »

                                   ''Petites causes!...'' Au fond de la grande salle deux petits chiens remuent frénétiquement la queue! Il s'entend répondre: « Oui!... »

Par Alain
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Mardi 10 mars 2009












Ce que voulait le Capitaine!


                        Le camion de René vient de franchir la barre des huit cent cinquante mille kilomètres! Celui de Williams et le mien s'en approchent. Si nous ne voulons pas passer plus de temps sur le bas-côté que sur la route leur remplacement s'impose.

                       Madame Colombe est d'accord. A l'idée de bahuts neufs, Jean-Michel saute de joie! Le personnel, chauffeurs, mécanos, comptable, dispatcher, secrétaire, l'apprenti et la patronne, (total cinq personnes) s'est réunit. Et décide de changer nos vieux Berliet G260 pour les récents Berliet TR280, faciles de conduite et d'entretien!

                       Trois années d'efforts commencent à payer et il ne faudrait pas que des problèmes mécaniques viennent tout gâcher! Nos couleurs, le bleu et le gris, deviennent synonyme de travail sérieux! Période laborieuse qui a soudé l'équipe.

                       René est le jeunot du groupe. Grand, mince à la limite de la maigreur, il fait preuve d'une résistance exceptionnelle! Il dépasse souvent les temps de conduite, plusieurs fois j'ai du le ralentir. En trois ans il n'a pas raté un seul voyage! Ni Williams, ni moi ne pouvons en dire autant! Avec ça toujours le rire au coin de l'oeil et la blague (de préférence idiote) à la bouche! Sa préférée: « Tu connais la dernière?... Non?... C'est celle qui est juste après l'avant-dernière!... ».

                      Pas de paroles inutiles pour Williams. Trapu, solide il parle peu et le samedi matin, pendant l'entretien des bahuts, au verbiage de René il ne répond le plus souvent que par des: « Ouais! » « Ehem!... » « Pas possible? » ces derniers mots ayant pour but de relancer encore plus le bavardage de son cadet. Pas causant mais assez ''pince-sans-rire'' quand même!

                      Faire une livraison avec l'un où avec l'autre n'est pas toujours de tout repos. Avec René les pauses sont réduites au minima! Pas question de dormir plus de quatre heures. Les repas sont avalés sur le même rythme et, quand je suis avec lui, il me tolère juste une tasse de café!

                     Williams n'a pas la même cadence mais il peut conduire vingt heures d'affilée et avaler mille bornes sans paraître fatigué! Mes reins de trente-huit ans ne supportent plus cet exercice. Le rappel à l'ordre est parfois douloureux!...

                     Entrepôts de Styropack Limited à Aberdeen! Notre chargement de plastiques n'est pas prêt. Une galère comme il en arrive quelques fois. Ce soir dîner tranquille. La télévision écossaise a un défaut: on y parle anglais! Avec une histoire de fantômes...

« Pas besoin de venir en Ecosse pour ça! » déclare mon copain, « J'ai eu mon revenant chez moi! » De tout autre que Williams, j'aurai pris ça pour une boutade. J'interroge: « Comment ça? ». Je sens qu'il cherche ses mots.

                     « Je partage l'appartement de ma soeur au rez-de-chaussée d'une villa qui appartenait à notre grand-oncle! Lui habitait au premier. Un ancien marin, capitaine au long-court, quatre-vingt-seize printemps! Juste quelque problèmes de locomotion. Ma soeur s'occupait de lui. Le soir nous l'entendions se déplacer: taptoc, le déambulateur, flop, flop, un pied, l'autre... taptoc, flop,flop... taptoc, flop,flop... Bruits devenus familiers. »

                     Il s'interrompt le temps d'une gorgée de thé: « J'allais parfois lui tenir compagnie. Il aimait feuilleter son album de photos et commenter ces souvenirs d'un temps enfui. En particulier son mariage à Auckland avec Selma, une jolie néo-zélandaise. Un mariage heureux durant plus de vingt ans jusqu'au drame. La disparition en mer de sa femme au large de Propriano ».

                     « Le Capitaine nous a quitté après une courte maladie. Autour de son lit, ma soeur, moi et César son chien, un bâtard poilu et affectueux! L'Oncle a prit ma main, a dit: '' Avec Selma... Avec ma femme!'' Et il a fermé les yeux... ». Williams prend le temps d'allumer une cigarette.

                     « Obsèques ordinaires! Crémation comme demandé! Rien de plaisant dans tout ça! Huit jours s'écoulent. Un vendredi soir. Nous dînons quand César qui dormait à nos pieds se lève, queue hérissée, oreilles dressées. Venant du premier étage nous entendons nettement: '' taptoc, flop,flop... taptoc, flop,flop...'' »

                    « Ce bruit nous allons l'entendre plusieurs jours. Toujours le soir! Il cesse quand je tente une incursion surprise. Il reprend quand je redescend! » Williams sourit: « Ma soeur en devenait un peu nerveuse! Ca l'a fait réfléchir: ''L'Oncle voulait aller avec sa femme, nous ne l'avons pas écouté! Il nous rappelle à l'ordre...'' »

                    Un silence: « On a prit les cendres du grand-oncle! Puis le bateau jusqu'à Propriano... Dans le golfe on a jeté l'urne à la mer! Nous n'avons jamais plus été dérangé par le: taptoc, flop,flop... et César dort tranquille! » Williams se fait pensif: « Tu vois, une simple histoire de fantôme... Ferai même pas peur à un enfant de cinq ans! »

                    Nous nous dirigeons vers nos camions. Williams a un geste du bras vers le large: « Les revenants français sont moins impressionnant que les écossais... mais le golfe d'Aberdeen ne vaut pas celui de Propriano! »


Par Alain
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